Faire le point, c’est déterminer exactement où l’on en est (selon la définition du dictionnaire).
Il est sans intérêt de le faire pour convaincre le Hezbollah, le grand patron de l’opposition, puisque celui-ci exécute les ordres émanant à partir de Téhéran, de « l’éminence du seigneur », wilayat al-Fakih. Ce fait, cité souvent dans les journaux des deux langues sans que cela gêne le Hezbollah, est devenu incontestable.
Par contre, « faire le point » peut intéresser les Libanais du CPL (dont beaucoup sont de bonne foi), et qui voient les ravages se développer inéluctablement dans le pays (70 millions de dollars de pertes quotidiennes pour l’économie), comme si l’on vivait une tragédie de l’antiquité grecque. Pour ces derniers, le général va réformer la situation grâce à une collaboration avec le Hezbollah.
Rappelons d’abord quelques éléments de la situation, nullement contestés par « l’autre partie ».
1°) Nasrallah a clairement dit dans sa déclaration au peuple libanais le 12 juillet : « Nous avons décidé d’entreprendre cette guerre, que le vouliez ou non. »
Il a dit aussi, une fois la guerre déclenchée dans toute son horreur : « Si j’avais soupçonné que l’ennemi allait réagir ainsi, je n’aurais pas opéré l’enlèvement des deux soldats. »
Il a dit enfin : « Nous avons eu des renseignements disant que l’ennemi préparait une attaque pour l’automne, et nous avons, en déclenchant la guerre aujourd’hui, voulu le devancer. »
Une fois ces aveux faits, plus possible de les rétracter. Aussi, Nasrallah a commencé par adopter provisioirement un profil bas. Donc une période de calme, sans agitations politiques. Mais bientôt, arrivèrent les ordres de Téhéran, et le Hezb reprit ses revendications plus fort qu’avant. Après avoir, par la bouche du général Aoun, réclamé le départ du gouvernement dans les termes les moins courtois, l’opposition a opéré un repli en réclamant un gouvernement d’union nationale. Mais, pour un observateur froid, c’était de la dérision, puisque ce sont les ministres chiites qui, en rupture de l’union nationale, ont déserté le gouvernement et s’obstinent à refuser l’invitation du Premier ministre à regagner leurs sièges.
2°) L’opposition, dans la logique des instructions reçues du wilayat al-Fakih, brandit la menace des manifestations avec escalade.
3°) Un dimanche de novembre, les journaux sollicités par les organisations économiques et sociales, ont paru en consacrant toute leur dernière page à la publication de 10 lignes en caractère géants par lesquelles elles dénonçaient la pratique des troubles annoncés (par l’opposition, bien entendu). Elles en soulignaient à la fois l’inanité et la nuisance pour l’ensemble de la population. Peine perdue.
4°) Il est frappant que la CGTL, qui s’est associée, en participant à ce sévère avertissement dans la presse, a docilement obéi à l’injonction du Hezbollah et s’est lancée dans une manifestation – sit-in qui a pris la relève de l’opposition. On se rappelle, à cette occasion, que la direction de la CGTL a été mise en place par les tuteurs pendant la « belle époque », c’est tout dire sur son sérieux.
5°) Pour Paris III :
Le ministère des Finances a fait publiquement un exposé absolument remarquable (voir les journaux du 13/1) sur les réformes mises en place en préparation de Paris III. On y lit un parallèle frappant entre la situation au 30 juin, alors que l’économie et les finances faisant une brillante reprise, et le lendemain de la guerre : « Au 30 juin, les recettes des Finances étaient en train d’augmenter au rythme annuel de 9,7 %, tandis que les dépenses diminuaient de 6,4 %. » Par contre, « à la suite de la guerre de juillet, il y eut une augmentation du service de la dette de 15,8 % et une augmentation des dépenses de 3,6 % » (voir L’Orient-Le Jour du 13/1, p. 8).
Un citoyen qui veut juger loyalement de la situation après lecture de cet exposé sur les réformes de la situation doit se féliciter que Paris III accepte de nous venir en aide en tenant compte des réformes salutaires qui seront réalisées grâce à l’aide des amis du Liban. Et que voit-on ? Des critiques à l’emporte-pièce formulées par l’opposition dans des discours sur la place publique, trahissant manifestement l’absence d’étude préalable du programme gouvernemental. Bien entendu, le Hezbollah est innocent du déclenchement de la guerre et a confié à ses propres spécialistes le décryptage de la réforme préparée pour Paris III.
6°) Les représentants des syndicats des divers secteurs privés, dans des colloques télévisés, ont été unanimes à affirmer que, dans la période qui a suivi la résolution 1701, les affaires ont repris de façon très encourageante, avec l’afflux d’investisseurs. D’ailleurs, tout le monde a constaté l’animation dans Beyrouth. Malheureusement, cela n’a pas plu à ceux qui mijotaient leur « revanche », et les instructions arrivèrent aux spécialistes de l’agitation. On connaît la suite.
Conclusion : un témoin qui, de la planète Sirius, observerait le comportement de certains Libanais, dirait : pauvre pays où les fous jouissent de la liberté de faire des dégâts tout en recevant des renforts incessants par-delà les frontières.
Albert SARA
Avocat
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Il est sans intérêt de le faire pour convaincre le Hezbollah, le grand patron de l’opposition, puisque celui-ci exécute les ordres émanant à partir de Téhéran, de « l’éminence du seigneur », wilayat al-Fakih. Ce fait, cité souvent dans les journaux des deux langues sans que cela gêne le Hezbollah, est devenu incontestable.
Par contre, « faire le point » peut intéresser les Libanais du CPL (dont beaucoup sont de bonne foi), et qui voient les ravages se développer inéluctablement dans le pays (70 millions de dollars de pertes quotidiennes pour l’économie), comme si l’on vivait une tragédie de l’antiquité grecque. Pour ces derniers, le général va réformer la situation grâce à une collaboration avec le...