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Actualités - Opinion

Commentaire Des Nations pas si unies Par Richard N. HAASS*

Pour Ban Ki-moon, la bonne nouvelle est qu’il devient secrétaire général des Nations unies à un moment où les perspectives de conflits entre les grandes puissances mondiales – les États-Unis, la Chine, le Japon, la Russie, l’Europe et l’Inde – sont lointaines. La mauvaise nouvelle est que les possibilités d’autres types de conflits sont nombreuses et que le calendrier international est surchargé. M. Ban devra commencer par une évaluation critique et distanciée de ses nouvelles fonctions. Le secrétaire général de l’ONU est plus secrétaire que général. Il ne peut donner des ordres. Il n’est pas président ou PDG. Il possède plus d’influence que de pouvoir. De plus, le pouvoir aux Nations unies est divisé, non seulement entre le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale, mais plus fondamentalement entre les 192 membres et les Nations unies mêmes. L’ONU est composée de nations souveraines, sans être souveraine elle-même, et elle ne peut pas agir comme si elle l’était. Mais avant tout, les Nations unies doivent refléter la capacité des superpuissances (en particulier des cinq membres permanents, ayant droit de veto, du Conseil de sécurité, soit les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni) à se mettre d’accord et à faire suivre ces accords d’un engagement financier. Lorsque l’ONU est prête à agir et capable de le faire, elle peut faire une différence ; quand elle ne l’est pas, elle ne peut agir que de manière très limitée, ou pas du tout, quelle que soit la volonté du secrétaire général. Prenons le cas du Darfour. Le monde a permis qu’un génocide soit commis dans l’indifférence quasi générale. Ce n’est pas un échec des Nations unies ou du secrétaire général, mais plutôt une conséquence des désaccords entre les grandes puissances. La Chine reste attachée à une notion de souveraineté qui autorise les gouvernements à agir librement au sein de leurs frontières nationales. Dans le monde d’aujourd’hui, cette définition inconditionnelle de la souveraineté est obsolète. À l’évidence, le temps passé en négociations à New York sera du temps perdu. Ce qui compte, ce sont les instructions reçues de Beijing par l’ambassadeur de la Chine aux Nations unies. M. Ban devra donc se rendre dans la capitale chinoise et défendre l’idée que les gouvernements ont la responsabilité de protéger leurs citoyens, et que quand ils n’y parviennent pas (ce qui est clairement le cas du gouvernement soudanais), ils perdent certains des avantages qui sont normalement associés à la souveraineté. Ban Ki-moon ne peut pas simplement réformer le Conseil de sécurité pour qu’il corresponde davantage aux réalités de notre époque. Mais il peut faire valoir le fait que des pays comme le Japon, l’Inde, l’Allemagne et d’autres méritent une meilleure position, plus conforme à leur puissance et à leur statut, dans la principale instance de l’ONU. Encore une fois, ce ne sont pas les Nations unies qui freinent l’ONU, mais ses principaux membres qui ne parviennent pas à se mettre d’accord sur les réformes nécessaires. Ban Ki-moon peut également faire valoir qu’il n’existe aucune justification du terrorisme dans le monde actuel – défini ici comme des exactions commises volontairement sur des civils pour des motivations politiques. Les gouvernements, mais aussi les dirigeants religieux et autres doivent être amenés à dénoncer le terrorisme, à faire honte et à discréditer ceux qui en usent. Le secrétaire général est bien placé pour exprimer publiquement ce point de vue, autant de fois qu’il sera nécessaire. Il y a deux autres domaines où des modifications concrètes sont à la fois possibles et bienvenues. M. Ban devrait soutenir la création d’un organisme international qui donnerait aux gouvernements un accès à (mais pas le contrôle) de l’uranium enrichi et du plutonium pour la production d’électricité. Cette innovation permettrait de contenir la prolifération des armes et des matériaux nucléaires, tout en réduisant la dépendance aux combustibles fossiles, et de ce fait le réchauffement climatique global. L’autre domaine est celui du maintien de la paix. La mise en place d’une importante force internationale permanente sous l’égide des Nations unies n’est pas envisageable et n’est de toute façon pas la meilleure solution. Par contre, ce que l’ONU peut et doit faire, est d’inciter les gouvernements à maintenir des troupes en état d’alerte et définir les normes de l’équipement, de la formation et du professionnalisme des opérations de maintien de la paix. Toutes ces suggestions soulignent en fait ce qui pourrait être le principal atout d’un secrétaire général des Nations unies : sa voix. Ce que Ban Ki-moon choisira de dire, où et comment il le dira, peut contribuer à étendre son influence. Dans la durée, une influence accrue lui permettra de faire avancer les choses. Son rôle revêt aujourd’hui une nouvelle importance en raison du statut des États-Unis, la plus grande puissance mondiale, dont les relations avec l’ONU sont souvent malaisées. Les sondages d’opinion montrent que les Américains sont généralement favorables à l’ONU, malgré une méfiance marquée de certains pans du public et de certaines élites envers cette institution. Dans ce cas encore, M. Ban aurait tout intérêt à quitter New York et à passer plus de temps à Washington et dans le reste du pays. Les États-Unis ont besoin et profitent du multilatéralisme dans un monde globalisé, dans lequel les défis ne peuvent être relevés par un unique pays agissant seul. Les États-Unis, mis à rude épreuve aux plans militaire, économique et politique en raison de leurs interventions en Irak et en Afghanistan, ont tout particulièrement besoin aujourd’hui d’une coopération internationale. Contribuer à l’émergence d’une relation plus productive entre la plus importante institution mondiale et son membre le plus puissant ne serait pas un mince exploit. * Richard Haass préside le Conseil des relations étrangères (ou CFR, Council on Foreign Relations). Il est l’auteur d’un livre intitulé The Opportunity: America’s Moment to Alter History’s Course. (Une occasion à saisir : l’Amérique peut changer le cours de l’histoire.) © Project Syndicate, 2007. Traduit de l’anglais par Julia Gallin

Pour Ban Ki-moon, la bonne nouvelle est qu’il devient secrétaire général des Nations unies à un moment où les perspectives de conflits entre les grandes puissances mondiales – les États-Unis, la Chine, le Japon, la Russie, l’Europe et l’Inde – sont lointaines. La mauvaise nouvelle est que les possibilités d’autres types de conflits sont nombreuses et que le calendrier international est surchargé.
M. Ban devra commencer par une évaluation critique et distanciée de ses nouvelles fonctions. Le secrétaire général de l’ONU est plus secrétaire que général. Il ne peut donner des ordres. Il n’est pas président ou PDG. Il possède plus d’influence que de pouvoir. De plus, le pouvoir aux Nations unies est divisé, non seulement entre le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale, mais plus...