L’année 2006 s’était mal terminée pour Mahmoud Ahmadinejad, avec le naufrage, à la mi-décembre, de ses candidats aux élections municipales et à la nouvelle Assemblée des experts. L’année 2007 commence tout aussi mal pour lui. La loi des séries, sans doute... Décidés à battre le fer pendant qu’il est chaud, les réformistes viennent de donner de la voix, choisissant pour le faire le moment où la grogne s’amplifie dans la rue. Prétexte tout trouvé : la tournée du président iranien auprès de ses nouveaux amis latino-américains, ces bêtes noires des Yankees qui ont noms Hugo Chavez, Daniel Ortega, Evo Morales et Rafael Correa. On reconnaîtra volontiers que le moment était bien mal choisi pour s’en aller discuter avec ces émules du « lider maximo » de l’avenir de la planète Terre, alors que les cours du pétrole poursuivent leur descente dans les abysses, qu’une invincible armada US est en train de se regrouper dans le Golfe et que se multiplient les menaces et mises en garde contre la poursuite par Téhéran de son programme nucléaire.
Dans la pratique, tous les éléments se trouvent réunis, susceptibles de déboucher sur un incident qui mettrait le feu aux poudres. Non pas, nécessairement, que le veuillent les deux parties, elles qui n’arrêtent pas de protester de leur ferme volonté de ne rien entreprendre qui puisse déclencher le Big Bang. Les 3 000 centrifugeuses appelées à être construites à Natanz dans les tout prochains mois ? Mais puisqu’on vous dit que c’est pour produire de l’électricité, dans un pays qui en manque cruellement. Et la plus forte concentration navale de ces dernières années ? Il y va de la sécurité des pays de la région, vous dit-on la main sur le cœur. Fort bien, mais tout comme l’enfer est pavé de bonnes intentions, ces deux grands pacifistes que sont la République islamique et les États-Unis pourraient bien, un jour ou l’autre, se retrouver incapables de contrôler un éventuel dérapage.
Dans la foulée de son rejet des recommandations contenues dans le rapport Baker-Hamilton, l’Administration républicaine paraît vouloir s’engager résolument dans une diplomatie de la canonnière version XXIe siècle. Mardi, le USS John C. Stennis, un porte-avions de la classe Nimitz avec à son bord 80 chasseurs d’attaque, a quitté son port d’attache de Bremerton pour opérer sa jonction dans près de quatre semaines avec les autres unités de la Ve Flotte, le navire-amiral USS Dwight D. Eisenhower en tête, qui patrouillent au large de la péninsule Arabique. Écoutez Robert Gates : « Les Iraniens se comportent d’une manière très négative, a-t-il jugé après une rencontre à Bruxelles avec le secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer. À l’évidence, ils croient que nous sommes englués en Irak, qu’ils ont l’initiative et qu’ils sont en mesure de faire pression sur nous. » Traduisez : « Nous allons leur prouver qu’ils se trompent. » Il y a peu, le nouveau maître du Pentagone – qui se trouve depuis hier à Ryad pour examiner les détails d’une nouvelle forme de coopération saoudo-US – était encore partisan d’un dialogue avec l’Iran avant de changer d’avis et d’opter pour la manière musclée. Il y a quelque temps, le vice-président Dick Cheney ne disait pas autre chose, mais plus brutalement, affirmant : « Ils pêchent en eau trouble. Ils devraient tenir leurs gars éloignés de l’Irak. » Sans doute est-ce là aussi qu’il faut chercher les motifs de l’étalage de force auquel on assiste ces derniers temps, assorti de la promesse d’un déploiement de missiles antimissiles Patriot.
Dans la capitale fédérale, tout le monde est convaincu que George W. Bush cherche par-dessus tout à calmer les appréhensions de ses alliés dans la région – Arabie saoudite, Égypte et Jordanie principalement –, inquiets devant la montée de l’influence chiite. Le hic, c’est qu’aucun de ses interlocuteurs ne semble désireux d’aller jusqu’à la confrontation directe. Même pas jusqu’à une guerre par procuration. Lors de son escale koweïtienne, Condoleezza Rice a entendu l’émir évoquer la nécessité d’un dialogue avec l’Iran et la Syrie « pour préserver la sécurité dans le Golfe et éviter une rupture » en échange d’une invitation faite aux Iraniens d’éviter toute ingérence dans les affaires de leur vieil ennemi. Hélas, tout cela ne saurait suffire à rétablir le calme dans cette zone de toutes les tempêtes possibles qu’est devenu le golfe Persique. C’est que le danger le plus grave provient non point d’une bombe nucléaire, qui demeure pour l’instant à l’état de projet, pas plus que d’un « arc chiite » tout aussi problématique. Il est dans la présence aux leviers de commande de deux Docteurs Folamour qui, un doigt sur la gâchette, cherchent à se faire mutuellement peur. Au risque de provoquer le cataclysme qu’ils prétendent vouloir éviter.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’année 2006 s’était mal terminée pour Mahmoud Ahmadinejad, avec le naufrage, à la mi-décembre, de ses candidats aux élections municipales et à la nouvelle Assemblée des experts. L’année 2007 commence tout aussi mal pour lui. La loi des séries, sans doute... Décidés à battre le fer pendant qu’il est chaud, les réformistes viennent de donner de la voix, choisissant pour le faire le moment où la grogne s’amplifie dans la rue. Prétexte tout trouvé : la tournée du président iranien auprès de ses nouveaux amis latino-américains, ces bêtes noires des Yankees qui ont noms Hugo Chavez, Daniel Ortega, Evo Morales et Rafael Correa. On reconnaîtra volontiers que le moment était bien mal choisi pour s’en aller discuter avec ces émules du « lider maximo » de l’avenir de la planète Terre, alors que les cours...