Par Nohad BAROUDI
ancien secrétaire général du CDR
Nul ne dispute aujourd’hui que le succès de Paris III est important pour notre pays. Ceux qui regardent de plus près l’état actuel de l’économie savent même que sans un franc succès de Paris III, la survie économique et financière du Liban est en péril.
Mais peu de gens réalisent que les pertes subies en 2006, en termes de niveau de vie et de croissance, sont irrécupérables.
Voyons pourquoi.
Une façon simple de mesurer la santé économique d’un pays est d’étudier l’évolution de son PIB (produit intérieur brut). Le PIB sert aussi de jauge au niveau de vie puisqu’il est la somme de tous les revenus : salaires, profits des entreprises et des professions libérales, taxes perçues par l’État. Quand ces revenus sont affectés, les dépenses suivent forcément : les ménages dépensent moins, les entreprises et l’État investissent moins, l’activité économique se ralentit.
Des scénarios de croissance du PIB sont établis régulièrement pour prévoir l’évolution économique et son impact sur le bien-être du citoyen. Des estimations sont également données quant aux pertes directes mais aussi indirectes qui ont résulté de la guerre de juillet-août 2006 et du mouvement de protestation de l’opposition depuis le 1er décembre 2006.
L’état de l’économie au 31 décembre comparé au 11 juillet 2006 (la veille de la guerre) suggère que la croissance initialement prévue pour 2006 (5 %) fera place à une « décroissance » de 6 %. 5 % découlant de la guerre des 34 jours et 1 % résultant du marasme provoqué par le mouvement de protestation durant décembre. Ce retard de croissance, ce manque à gagner entre ce qui était prévu avant la guerre (un régime de croisière à 5 % de croissance annuelle) et l’amère réalité, est estimé à 2,4 milliards de dollars pour 2006. En effet, le PIB, au lieu de passer de 22 milliards en 2005 à 23,1 milliards en 2006 (+5 %), s’établirait plutôt à 20,7 milliards (–6 %). Malheureusement, cette perte sèche persistera pour les années à venir. Elle ira même en s’élargissant si le taux de croissance du PIB n’est pas supérieur à 5 % à partir de 2007. Si ce taux reste de 5 %, pour exemple, la perte cumulée atteindrait 13,4 milliards (en dollars constants de 2005) pour la période 2006-2010. Si la croissance dépasse le taux de croisière de 5 %, la perte se résorbera progressivement. Pour qu’elle soit complètement effacée fin 2010, par exemple, il faudrait non moins d’un miracle : une vertigineuse accélération de la croissance à 10,5 % par an soutenue pendant toute la période 2007-2010.
Ce que nous pouvons espérer de Paris III, c’est que ses retombées financières « boostent » le PIB dont le taux de croissance annuel passerait de l’habituel 5 % à 7 % pour la période 2007-2010, réduisant la perte d’environ 5 milliards sur cette même période. Mais il resterait entre 8 et 9 milliards à récupérer, ce qui ne pourrait se faire que 6-7 ans plus tard, donc vers 2016-2017, à condition toutefois que le taux de croissance de 7 % puisse être soutenu pendant tout ce temps, ce qui me paraît hautement improbable.
Voilà donc pourquoi les pertes subies en 2006 sont irrécupérables.
En termes plus clairs, les Libanais continueront de pâtir pendant longtemps des conséquences désastreuses de la guerre des 34 jours et des effets négatifs du mouvement de protestation. Ce dernier sape chaque mois 1 à 2 % du revenu national. Alors, de grâce messieurs, arrêtez ce gâchis, cette destruction systématique de l’économie, cet arrogant mépris du bien-être de vos concitoyens et de leurs besoins les plus élémentaires. Arrêtez cette marche en arrière, cette culture de l’antivie, avant que le processus ne devienne irréversible.
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