L’année 2006 fut riche en événements pour l’Afrique : les guerres et les conflits armés ont pris le devant de la scène. Malgré ces crises, le continent noir a connu plusieurs élections démocratiques.
Au Soudan, le conflit au Darfour a persisté en 2006, en dépit de multiples sommets interafricains et d’un accord de paix en mai entre le gouvernement et la faction majoritaire du principal groupe rebelle, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM). Le 31 août, l’ONU a décidé l’envoi d’une force de 20 000 hommes pour relayer la force de l’Union africaine (UA) mais Khartoum a rejeté ce projet, acceptant seulement un soutien logistique.
Au Tchad, le pouvoir du président Idriss Deby Itno a été à plusieurs reprises sérieusement menacé par des offensives rebelles accusées de trouver appui au Soudan. Après l’échec de leur offensive éclair contre N’Djamena le 13 avril, les groupes rebelles lancent désormais des attaques ponctuelles et harcèlent l’armée dans l’Est. Le 13 novembre, l’état d’urgence a été instauré sur une large part du territoire après des violences intercommunautaires. Depuis fin novembre, les mouvements rebelles – l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) et le Rassemblement des forces démocratiques (RaFD) – ont multiplié leurs opérations et attaqué plusieurs localités.
La tension a également gagné la Centrafrique, qui a reçu des renforts français. Dans le nord-ouest du pays, des groupuscules rebelles et des « coupeurs de route » font régner l’insécurité depuis plus d’un an. Dans le quart nord-est, les rebelles de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) ont pris, fin octobre, le contrôle de Birao, puis d’autres localités. Avec l’appui militaire de la France et des pays d’Afrique centrale, l’armée a repris à partir de fin novembre le contrôle de toutes les villes.
Quant à la Somalie, les milices des tribunaux islamiques se sont emparées de la capitale Mogadiscio, en juin-juillet, après plusieurs mois de combats sanglants contre une alliance de chefs de guerre soutenue par les États-Unis. Depuis, les combats font rage entre les islamistes qui ont contrôlé brièvement la majorité du centre et du sud de la Somalie et les forces du gouvernement transitoire appuyées par l’armée éthiopienne. Les islamistes somaliens accusent Addis Abeba de leur avoir « déclaré la guerre » et ont appelé au jihad contre les Éthiopiens.
Par ailleurs, le Nigeria fait face à des violences dans le delta du Niger (Sud) où les attaques contre les installations pétrolières sont de plus en plus fréquentes. L’insécurité dans cette région, d’où le Nigeria tire l’essentiel de son pétrole, a fait perdre au pays 25 % de sa production quotidienne. Au cours des six derniers mois, quelque 600 personnes, dont un certain nombre d’étrangers, ont péri dans ces attaques et plus de 180 travailleurs sur ces installations ont été pris en otages par des groupes séparatistes qui affirment lutter pour que les revenus du pétrole profitent davantage aux communautés locales.
En outre, le Conseil de sécurité de l’ONU a institué le 1er novembre une nouvelle phase de transition politique en Côte d’Ivoire, face à l’impossibilité d’organiser des élections dans un pays coupé en deux depuis une tentative de coup d’État rebelle en septembre 2002. Il a reconduit pour un an le président Laurent Gbagbo et son Premier ministre Charles Konan Banny, en donnant des pouvoirs très élargis à ce dernier pour mener le pays à des élections, suivant en cela une recommandation de l’UA.
Malgré ce tableau assez sombre, plusieurs scrutins se sont déroulés en Afrique, donnant une bouffée de démocratie à cette région du monde.
En effet, la République Démocratique du Congo a organisé des élections présidentielle, législatives et provinciales, les premières libres et démocratiques depuis 41 ans. La nouvelle Constitution a été promulguée en février, entérinant la première étape vers la sortie d’une délicate transition politique après une guerre régionale (août 1998-déc 2002). Le 27 novembre, le chef de l’État sortant, Joseph Kabila, a été proclamé vainqueur de la présidentielle (58,05 %) après des semaines de tensions à Kinshasa, secouée par des violences post-électorales en août et novembre. Il a prêté serment le 6 décembre. L’est de la RDC reste la région la plus instable du pays.
Par ailleurs, l’Ouganda a organisé en février ses premières élections présidentielle et parlementaires multipartites depuis 26 ans, au cours desquelles le président Yoweri Museveni a été réélu.
Enfin, le 24 novembre, le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France après les poursuites réclamées par le juge français Jean-Louis Bruguière contre le président Paul Kagame et l’émission de mandats d’arrêt contre neuf de ses proches. Le juge Bruguière a recommandé que M. Kagame soit poursuivi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour sa participation présumée à l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, qui a précédé le génocide.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats