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Actualités - Opinion

Le choc des islams

Alors que l’année 2001 fut considérée comme la concrétisation « barbare » du conflit entre le monde occidental d’une part et le monde arabo-musulman d’autre part, l’année 2006 semble avoir été placée sous le signe de la confrontation sanglante intermusulmane, entre chiites et sunnites. Le 11 septembre 2001, les attentats contre le World Trade Center, aux États-Unis, ont fait naître le sentiment, à travers le monde occidental, que le « choc des civilisations » théorisé par Samuel Huntington était en cours de réalisation. La réaction américaine, à savoir la guerre contre les talibans en Afghanistan et contre le régime de Saddam Hussein en Irak, est venue soutenir cette théorie, surtout chez les musulmans, qui ont vu, dans ces attaques, une hostilité manifeste à leur égard. Néanmoins, la chute du dictateur irakien a fait réapparaître un conflit millénaire entre les deux branches principales de l’islam. Encouragés par les Américains, les chiites, longtemps réprimés dans ce pays, ont pris leur revanche lors des dernières élections, en s’accaparant le pouvoir, et, par là même, en marginalisant la communauté sunnite. Au sein de cette dernière, une frange, composée essentiellement d’anciens baassistes et d’intégristes appuyés par le réseau terroriste el-Qaëda, a alors opté pour l’insurrection armée. Commença ainsi une folle logique d’attaques-représailles entre les sunnites et les chiites, prologue d’une guerre civile qui ne dit pas son nom. Ce conflit est par ailleurs attisé par le soutien de l’Arabie saoudite à un camp et de l’Iran à l’autre, qui le transforme en une guerre par procuration entre les deux pays, risquant de déstabiliser davantage le golfe Arabo-Persique. La situation est d’autant plus explosive que le dossier du nucléaire iranien envenime les relations entre la république islamique et les monarchies pétrolières arabes voisines. Ce à quoi s’ajoute la suspicion grandissante des dirigeants sunnites de ces pays à l’égard de leur population chiite, traditionnellement sous-représentée au niveau étatique. Dernière illustration en date de ce fait, les élections récentes au Bahreïn qui ont approfondi la division entre les deux branches de l’islam. Par ailleurs, les visées expansionnistes de Téhéran, qui tente d’exporter sa révolution islamique et de s’imposer comme puissance régionale, ne contribuent pas à apaiser la méfiance de certains pays arabes. Ainsi, il y a plus d’un an, le roi Abdallah II de Jordanie mettait en garde contre la formation d’un croissant chiite qui commencerait en Iran et se terminerait au Liban. Cette année, le président égyptien Hosni Moubarak a, à son tour, dénoncé la loyauté des chiites arabes à l’Iran, provoquant un tollé dans les pays concernés. L’animosité entre les sunnites et les chiites semble en outre dépasser l’éternel conflit israélo-palestinien. Par réaction à l’influence grandissante du régime des mollahs dans la région, plusieurs dirigeants arabes considérés comme modérés ont ainsi abandonné leur appui inconditionnel au Hezbollah lors de la guerre de juillet qui a eu lieu entre l’État hébreu et le parti de Dieu, formé idéologiquement par l’Iran. Les dissensions politiques interlibanaises qui flirtent avec le conflit confessionnel entre chiites et sunnites, autour du gouvernement de Fouad Siniora, relèvent de la même analyse. La situation n’est pas meilleure plus à l’est, où une guerre des mosquées oppose sunnites et chiites pakistanais faisant régulièrement un grand nombre de victimes. On peut donc légitimement se demander si la politique antiterroriste de l’Administration Bush contribuera à semer encore plus l’insécurité et le chaos au Proche-Orient en attisant les divisions religieuses et communautaires, à l’instar de la politique américaine de « containment », prônée jadis contre les régimes communistes. Une politique qui a encouragé l’émergence de mouvances religieuses extrémistes et s’est finalement retournée contre les États-Unis, à travers, notamment, el-Qaëda. Aujourd’hui, il semble que les États-Unis jouent, de nouveau, aux apprentis sorciers. Avec une différence dans le résultat. Alors que l’on a assisté, durant l’année écoulée, à une transposition de la relation conflictuelle meurtrière entre l’Orient et l’Occident (les attentats de New York, Madrid, Londres ou Bali) à une confrontation de plus en plus sanguinaire au sein du premier camp, la majorité des victimes des attaques terroristes en 2006 appartiennent au monde musulman. Alors que beaucoup d’observateurs et d’analystes avaient estimé que les projets belliqueux des États-Unis au Proche-Orient nourriraient la haine à l’égard de l’Occident et, par conséquent, engendreraient un accroissement des actes terroristes contre ces pays et leurs citoyens, le résultat semble être pratiquement le contraire. Les Américains auraient-ils pour stratégie de semer la zizanie et la discorde au sein des différents groupes radicaux antiaméricains – sunnites et chiites – afin d’éloigner le spectre des attaques contre les intérêts occidentaux ? Une stratégie qui a d’ailleurs fait ses preuves dans les territoires palestiniens où, depuis un an, les diverses factions militaires s’entretuent et oublient l’occupant israélien. En fin de compte, qu’ils soient Occidentaux ou musulmans, sunnites ou chiites, les civils risquent, encore une fois, de payer le prix fort d’un conflit géopolitique qui instrumentalise jusqu’à l’extrême la religion et où la recherche du pouvoir et des ressources énergétiques a plus d’importance que Dieu. Antoine AJOURY
Alors que l’année 2001 fut considérée comme la concrétisation « barbare » du conflit entre le monde occidental d’une part et le monde arabo-musulman d’autre part, l’année 2006 semble avoir été placée sous le signe de la confrontation sanglante intermusulmane, entre chiites et sunnites.


Le 11 septembre 2001, les attentats contre le World Trade Center, aux États-Unis, ont fait naître le sentiment, à travers le monde occidental, que le « choc des civilisations » théorisé par Samuel Huntington était en cours de réalisation. La réaction américaine, à savoir la guerre contre les talibans en Afghanistan et contre le régime de Saddam Hussein en Irak, est venue soutenir cette théorie, surtout chez les musulmans, qui ont vu, dans ces attaques, une hostilité manifeste à leur égard. Néanmoins, la chute du...