Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

La justice, prémices de toute liberté

D’abord la justice, dit le vieil adage, car sans elle il n’y a même pas de charité. Tel est le principe fondamental de notre civilisation. Sans la possibilité d’une justice humaine, la notion même de contrat social demeure vaine. Justice ou raison d’État ? Tel est l’enjeu actuel de cette crise libanaise qui n’en finit pas de s’embraser. Un pays paralysé, des institutions bloquées, une économie mise par terre, un Parlement bâillonné, un gouvernement assiégé et estropié, une présidence de la République obstructive de sa propre fonction. Et tout cela pourquoi ? Parce qu’un tribunal spécial pour le Liban à caractère international risque de voir le jour et de faire la lumière sur la tranche la plus sombre de notre histoire. Pourquoi obéir à la société, s’interroge Alexis de Tocqueville dans De la démocratie en Amérique ? Rien n’oblige, en principe, un individu à se laisser gouverner sinon la conviction que l’union est bénéfique à tout un chacun et qu’elle ne saurait exister sans un pouvoir régulateur. C’est ainsi que Tocqueville justifie la libre acceptation de l’obéissance civique. S’il peut paraître excessif ou démesuré, qu’en démocratie du moins, la majorité d’un peuple puisse tout faire, il n’en demeure pas moins nécessaire et impératif que tous les pouvoirs puissent trouver leurs fondements dans la volonté même de cette majorité. Partant d’un tel constat, Tocqueville donne un relief universel à son analyse en affirmant : « Il existe une loi générale qui a été faite ou du moins adoptée, non pas seulement par la majorité de tel ou tel peuple, mais par la majorité de tous les hommes. Cette loi, c’est la justice. La justice forme donc la borne du droit de chaque peuple. » Ceux qui au Liban s’acharnent contre le tribunal à caractère international feraient bien de méditer cette sage maxime. Au-delà de l’instruction et de l’enquête, au-delà de l’acte d’accusation, au-delà du châtiment éventuel qu’encourent les auteurs des assassinats perpétrés dans notre pays livré à la vindicte de réseaux de barbouzes et de mafias d’assassins, il existe un enjeu dans le caractère international de cette cour de justice qui doit avoir la force d’un principe non négociable. Cet enjeu est notre propre souveraineté et notre indépendance. Écoutons Tocqueville : « Quand je refuse d’obéir à une loi injuste, je ne dénie point à la majorité le droit de commander ; j’en appelle seulement de la souveraineté du peuple à la souveraineté du genre humain. » C’est très précisément ce que nous avons fait en refusant d’être soumis à l’arbitraire d’un pouvoir local tyrannique et en faisant appel à la souveraineté du genre humain pour que justice soit rendue au Liban. Le caractère international de cette cour de justice ne constitue pas une atteinte à notre souveraineté, bien au contraire. C’est au nom du genre humain et de sa souveraineté que cette cour siégera en faveur de notre pays. S’opposer au TSL, combattre le TSL, détruire le TSL, vider le TSL de sa substance, c’est compromettre la souveraineté du Liban car la justice du genre humain est l’unique garante de la nôtre en tant que peuple et en tant que pays. Toutes les arguties développées çà et là ne sont que vaine casuistique quand elles ne s’apparentent pas à la notion de complicité. Si le TSL n’est pas créé par notre volonté, cela veut dire que nous avons cessé d’être un État souverain et que nous avons décidé de renoncer à être indépendants. Pr Antoine COURBAN

D’abord la justice, dit le vieil adage, car sans elle il n’y a même pas de charité. Tel est le principe fondamental de notre civilisation. Sans la possibilité d’une justice humaine, la notion même de contrat social demeure vaine. Justice ou raison d’État ? Tel est l’enjeu actuel de cette crise libanaise qui n’en finit pas de s’embraser. Un pays paralysé, des institutions bloquées, une économie mise par terre, un Parlement bâillonné, un gouvernement assiégé et estropié, une présidence de la République obstructive de sa propre fonction. Et tout cela pourquoi ? Parce qu’un tribunal spécial pour le Liban à caractère international risque de voir le jour et de faire la lumière sur la tranche la plus sombre de notre histoire.
Pourquoi obéir à la société, s’interroge Alexis de Tocqueville dans De la...