Au trentième jour du sit-in de l’opposition au centre-ville de Beyrouth, les manifestants commencent à se poser des questions sur la durée de leur présence sur place. Non pas qu’ils se plaignent ou considèrent que cette action est inutile, mais comme bien d’autres, ils ne voient pas d’issue concrète à l’impasse actuelle. Nombre d’entre eux se disent qu’ils ont répondu à l’appel de leurs dirigeants, qu’ils ont fait de leur mieux pour montrer à tous ceux que cela intéresse que l’opposition compte un grand nombre de partisans mais qu’ils ont maintenant des doutes sur l’efficacité de toutes ces démarches. Certains vont même jusqu’à prôner une action rapide et radicale, même si elle pourrait provoquer des victimes.
Mais les leaders de l’opposition, qui selon leurs propres sources sont en concertation permanente, ont une autre vision de la situation. S’ils reconnaissent que le statu quo actuel pourrait se prolonger au-delà de leurs prévisions lorsqu’ils avaient lancé le mouvement de protestation le 1er décembre, ils estiment aussi qu’il est nécessaire pour eux de ne prendre aucune initiative précipitée qui risquerait de discréditer leur action.
L’urgence pour l’opposition, révèlent les mêmes sources, est de maintenir la mobilisation de ses partisans à un niveau élevé pour une longue période. Pour cela, elle doit s’organiser de sorte à leur permettre de poursuivre leurs activités ordinaires et de mener une vie quasiment normale. C’est pourquoi, chaque jour, les équipes de coordination organisent des conférences et des débats pour expliquer aux partisans la nécessité de rester sur place et pour les convaincre qu’il s’agit là d’une expérience unique qui a montré au monde leur haut niveau de discipline et leur détermination à obtenir gain de cause par des moyens démocratiques.
Les sources proches de l’opposition précisent que son souci principal est d’éviter tout dérapage sécuritaire qui discréditerait son action et, surtout, réaliserait le rêve de certains d’entraîner le Hezbollah, qui est un mouvement de résistance, dans un affrontement interne et de le transformer ainsi en vulgaire milice. C’est dans ce cadre que s’inscrivent, selon les mêmes sources, les incidents sécuritaires qui ont eu lieu dans plusieurs régions du pays ces derniers jours.
Pour cette raison et parce qu’elle considère que tout affrontement interne serait aussi grave pour elle que de perdre la guerre contre Israël, l’opposition préfère prendre tout son temps et donner une leçon de patience plutôt que de se lancer dans une escalade dont les conséquences ne seraient pas bien calculées. C’est pourquoi, ajoutent les mêmes sources, l’opposition aurait renoncé à l’idée de bloquer certaines routes, d’abord parce que cela desservirait aussi ses propres partisans et ensuite parce que ce genre d’initiative peut entraîner des dérapages dangereux, dans le climat actuel de tension. L’opposition, précisent les sources précitées, préfère donc recourir à des moyens juridiques comme les démissions collectives ou même la désobéissance civile, tout en maintenant la pression de la rue, à Beyrouth et peut-être dans les régions. Les responsables du mouvement considèrent aussi que même si celui-ci n’a pas atteint les objectifs déclarés, il dérange quand même le pouvoir en place. Ce qui pourrait pousser ce dernier à réagir plus tôt que prévu.
Dans ce contexte, l’opposition considère que le temps joue en sa faveur et non en faveur de la majorité, dont tous les projets sont bloqués, et qui ne peut mener à terme aucune de ses initiatives. Car à chacune de ses démarches correspond une autre de la part de l’opposition. C’est le cas notamment de la pétition pour la mise en jugement du président Émile Lahoud, à laquelle l’opposition a répondu par une pétition réclamant la mise en jugement du Premier ministre, tout en sachant que ni l’une ni l’autre n’aboutira, les deux documents se neutralisant.
Les sources proches de l’opposition considèrent que le pays ne peut sortir de l’impasse actuelle que dans trois cas de figure. Soit la majorité accepte la formation d’un gouvernement d’union nationale qui accorde le tiers de garantie à l’opposition, soit les deux parties s’entendent sur la formation d’un gouvernement de transition chargé d’organiser des élections législatives anticipées, soit des changements importants se produisent dans la politique américaine pour la région. Ces changements seraient de nature à favoriser un compromis régional englobant le Liban, en passant par l’amélioration des relations entre l’Arabie saoudite et la Syrie. Mais les mêmes sources laissent entendre que tout cela pourrait prendre du temps. Car les nouveaux élus américains n’entreront réellement en fonction qu’à la mi-janvier et la mise en place d’une nouvelle stratégie pour le Moyen-Orient, en passant par l’Irak (si elle devait avoir lieu, car, pour l’instant, le président américain ne semble pas très favorable à un changement drastique), ne pourrait pas se concrétiser avant cette date. Pour cela, les forces de l’opposition devraient avoir du souffle et de la patience et... attendre les médiations, sans pour autant renoncer à l’action dans la rue.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Au trentième jour du sit-in de l’opposition au centre-ville de Beyrouth, les manifestants commencent à se poser des questions sur la durée de leur présence sur place. Non pas qu’ils se plaignent ou considèrent que cette action est inutile, mais comme bien d’autres, ils ne voient pas d’issue concrète à l’impasse actuelle. Nombre d’entre eux se disent qu’ils ont répondu à l’appel de leurs dirigeants, qu’ils ont fait de leur mieux pour montrer à tous ceux que cela intéresse que l’opposition compte un grand nombre de partisans mais qu’ils ont maintenant des doutes sur l’efficacité de toutes ces démarches. Certains vont même jusqu’à prôner une action rapide et radicale, même si elle pourrait provoquer des victimes.
Mais les leaders de l’opposition, qui selon leurs propres sources sont en...