Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Les lecteurs ont voix au chapitre

Démocratie, quand tu nous tiens Notre malheureux pays n’est plus qu’un fossoyeur de héros, d’idées et, somme toute, un fossoyeur de démocratie. Nul besoin de nous en blâmer les uns les autres, c’est nous tous, libanais inconscients, qui devons en être tenus responsables. Le système démocratique stipule que le droit de s’exprimer librement est une nécessité incontournable. Qu’en avons-nous fait? Au nom de la liberté d’expression, le mensonge veule, effronté et incontrôlable s’est approprié des médias, qui, au risque de perdre toute crédibilité, se sont alliés à l’intérêt de particuliers. Le lecteur, téléspectateur ou auditeur découvre, perplexe, que son désir de savoir se heurte à des informations ridiculement contradictoires et incohérentes. Dans ce chaos fait de nouvelles grossièrement censurées, déformées et teintées de subjectivité, son aspiration à comprendre s’estompe alors progressivement. Dans le doute et la plus complète ignorance, l’individu se trouve par la suite rapidement forcé à prendre position. Mais quels moyens lui fournit-on donc pour qu’il puisse parvenir à une synthèse personnelle valide? À l’instar d’un régime de dictature autocrate, où l’on empêche l’individu d’accéder à des informations sérieuses et véridiques, la démocratie «abusive» le gorge d’éléments contradictoires: dans les deux cas, il est tenu loin de la version la plus proche de la vérité. Également au nom de la liberté d’expression, il est un autre droit, jadis violemment réprimé, aujourd’hui fondamentalement abusé. Le droit de manifester librement est a priori louable, mais c’est sans compter avec notre aptitude à nous en accommoder et à le détourner de son objectif véritable. A-t-on jamais vu une manifestation organisée par un mouvement dont l’objectif suprême est de rétablir un régime religieux et totalitaire? Au lieu d’une foule rugissante, dont le propre était d’être à la fois spontanée, tapageuse et pacifique, a-t-on jamais admiré une manifestation pour son caractère discipliné, ordonné? La démocratie, il est vrai, est une arme à double tranchant. Ne donnons donc pas raison à Washington, et encore moins à Téhéran. Renforçons cette mince paroi qui nous sépare d’eux, faisons-en une forteresse solide, une résistance ferme, permanente, univoque: il est grand temps de nous prouver que cette arme-là, nous saurons nous en servir. Maya CHÉHAB Grandeur et décadence Les baisses de tirage du livre arabe dont fait état Jabbour Douaihy dans une analyse publiée dans la dernière édition de L’Orient littéraire sont réellement inquiétantes. Il est choquant de découvrir que le tirage moyen des romans ayant un certain succès ne dépasse guère les deux ou trois mille exemplaires dans les pays arabes, pour une population de plus de trois cents millions. La langue arabe sombre donc dans la décadence. Dans quelques pays arabes où le taux d’analphabétisme est à son paroxysme, l’homme de lettres se considère supérieur à son lecteur, comme le souligne Rachid el-Daif, et chez nous, le discours de nos politiciens, ainsi que leurs débats télévisés, agrémentés d’insultes, ne représentent qu’un échantillon du niveau atteint par le vocabulaire. Quant à nos jeunes, il est regrettable que la politique de nos jours soit leur pain quotidien et tous les panneaux ou calicots qu’ils brandissent n’ont rien à voir avec la littérature arabe ou occidentale. Il ne leur manquait que l’Internet et l’art du chat pour qu’ils oublient toute notion de grammaire. Dommage enfin pour Beyrouth, qui était le berceau de la civilisation et qui attend toujours la promesse de ses dirigeants du retour de sa Bibliothèque nationale. Nazira A. SABBAGHA À vau-l’eau Le Courant patriotique libre (CPL) a vu le jour et a grandi dans la mouvance d’une option souverainiste avec pour objectif le Liban libéré de l’occupation syrienne. Représentant la lutte contre l’hégémonie syrienne, il a rallié à lui les Libanais patriotes qui se voulaient d’allégeance libanaise avant tout. Avec l’aide des Nations unies, le Liban a été libéré de l’occupation syrienne. Aujourd’hui, le CPL reproche à l’État sa politique économique et la corruption qui a entaché le pouvoir dans maints secteurs de la structure étatique. Les électeurs CPL ont approuvé cette position qui est un libre choix dans le mécanisme du jeu politique d’une démocratie. Mais se placer en opposition au gouvernement à l’intérieur du système politique est une chose, et s’allier avec un parti dont l’allégeance va à des pays tiers, en l’occurrence, la Syrie et l’Iran est une autre chose. Cette alliance contre nature, avec les partis contre lesquels le CPL a combattu, est inacceptable pour un grand nombre d’électeurs CPL qui pensent aujourd’hui qu’ils ont été floués car en votant CPL, à aucun moment ils ne lui ont donné de mandat d’alignement sur la République islamique d’Iran qui n’est pas un pays arabe et à la Syrie d’un Bachar el-Assad qui avait déclaré: «Je ruinerai le Liban en entier, si je devais un jour en sortir.» Pour l’intérêt du Liban, il est encore temps pour le CPL de faire marche arrière ou de virer de bord. Ce parti doit rester patriote et libre. Par son alliance contre nature avec les partis prosyriens, il n’est plus ni patriote ni libre, mais un courant qui va à vau-l’eau. Dounia Mansour ABDELNOUR NDLR Dans le nombreux courrier que nous recevons quotidiennement, certaines lettres comportent des passages qui seraient difficilement publiables. Pour cette raison, et aussi afin de faire paraître le plus grand nombre possible de lettres, le journal se réserve le droit de n’en reproduire que les parties les plus significatives et d’en rectifier certains termes désobligeants. En outre, chaque missive doit comporter la signature (nom et prénom) de son auteur. Les lecteurs, nous en sommes certains, le comprendront, ce dont nous les remercions par avance.

Démocratie, quand tu nous tiens

Notre malheureux pays n’est plus qu’un fossoyeur de héros, d’idées et, somme toute, un fossoyeur de démocratie. Nul besoin de nous en blâmer les uns les autres, c’est nous tous, libanais inconscients, qui devons en être tenus responsables.
Le système démocratique stipule que le droit de s’exprimer librement est une nécessité incontournable. Qu’en avons-nous fait? Au nom de la liberté d’expression, le mensonge veule, effronté et incontrôlable s’est approprié des médias, qui, au risque de perdre toute crédibilité, se sont alliés à l’intérêt de particuliers. Le lecteur, téléspectateur ou auditeur découvre, perplexe, que son désir de savoir se heurte à des informations ridiculement contradictoires et incohérentes. Dans ce chaos fait de nouvelles...