J’ai vu naître Noël dans les yeux d’un enfant. Ce n’était pas un Noël habituel. Un enfant naissait dans le cœur de l’enfant. Un cireur de chaussures passait. Un homme ouvrait le rideau de fer de son magasin. Un vendeur de quatre saisons se postait sous la fenêtre d’une veuve qui lui demandait si ses fruits et légumes étaient « beaux ». « Descends voir », répondait-il. Finalement, elle n’a rien acheté. Dans un cagibi dans l’entrée de l’immeuble, une femme vendait les fruits abandonnés qu’elle ramassait quand les grossistes des halles avaient rangé leurs cageots.
J’ai vu un portefaix passer. Un Christ naissait dans le cœur du portefaix. Quelqu’un déclouait Jésus. « Passez-moi ces tenailles », criait-il, juché sur une échelle. Une femme lui passa les tenailles et un marteau. Il frappa le bois et libéra les pieds d’abord. Puis avec des précautions extrêmes, il libéra les mains ensanglantées, doucement, l’une après l’autre, pour qu’elles ne se déchirent pas. Un homme passa le corps de Jésus sur ses épaules et descendit l’échelle à reculons. Arrivé au sol, des femmes reçurent le corps et le disposèrent entre les bras d’une femme agenouillée. C’était sa mère. Tous avaient les habits maculés de sang, mais personne ne semblait s’en faire.
Il a fallu ensuite transporter le corps tout meurtri et sanglant vers une tombe. Le corps était sans vie, le visage était bleui. Pas de doute, Jésus était bien mort. Mort pour de bon. Un homme naissait dans le cœur d’un enfant. Le soleil n’était pas couché depuis longtemps. Un enfant de Bourj Hammoud jouait sur son tricycle sur le toit d’un immeuble où ses parents vivaient dans un pigeonnier désaffecté. Il avait froid la nuit, mais le jour ça allait. Ses études n’allaient pas fort. Il faisait ses devoirs sur une machine à laver. Il n’arrivait pas à se concentrer. Dans les yeux d’un homme, on descendait Jésus de croix. C’était Noël, il faisait froid. Des bergers étaient venus de loin, mais n’avaient pas trouvé un endroit pour dormir. À l’école, on avait donné à l’enfant un livre inutile. La messe de minuit avait été annulée « en raison des événements ». Jésus laissait faire. L’espoir, c’était pour plus tard. Noël était un bon jour pour descendre Jésus de croix. Tout le monde fait des cadeaux à Noël. C’était le cadeau de Jésus.
Fady NOUN
J’ai vu naître Noël dans les yeux d’un enfant. Ce n’était pas un Noël habituel. Un enfant naissait dans le cœur de l’enfant. Un cireur de chaussures passait. Un homme ouvrait le rideau de fer de son magasin. Un vendeur de quatre saisons se postait sous la fenêtre d’une veuve qui lui demandait si ses fruits et légumes étaient « beaux ». « Descends voir », répondait-il. Finalement, elle n’a rien acheté. Dans un cagibi dans l’entrée de l’immeuble, une femme vendait les fruits abandonnés qu’elle ramassait quand les grossistes des halles avaient rangé leurs cageots.
J’ai vu un portefaix passer. Un Christ naissait dans le cœur du portefaix. Quelqu’un déclouait Jésus. « Passez-moi ces tenailles », criait-il, juché sur une échelle. Une femme lui passa les tenailles et un marteau. Il frappa le bois...
Iran - USA - Liban : tout peut changer en quelques heures.
Restez informés pour seulement 10 $/mois au lieu de 21.5 $, pendant 1 an.
Abonnez-vous pour 1$ et accédez à une information indépendante.
Dans votre abonnement numérique : la version PDF du quotidien L’Orient-Le Jour, des newsletters réservées aux abonnés ainsi qu'un accès illimité à 3 médias en ligne : L’Orient-Le Jour, L’Orient Today et L’Orient Littéraire.