Quand les balles sont israéliennes, c’est l’affluence au service des dons du sang de l’hôpital Chifa de Gaza. Mais quand les combats opposent des Palestiniens entre eux, la population marque sa désapprobation en refusant de tendre le bras.
Pour les nombreux blessés, souvent touchés aux jambes, des affrontements fratricides entre le Fateh et le Hamas de ces derniers jours, le sang pourrait bientôt commencer à manquer. « Nos réserves sont à leur niveau le plus bas », regrette le docteur Joumaa al-Saqqa, porte-parole du principal hôpital de la bande de Gaza. « Les gens ne veulent pas donner leur sang comme ils le font lors des incursions israéliennes. Parce qu’ils n’en voient pas la raison. » « Pour qu’il soit versé dans nos rues, par des tireurs palestiniens ? Pas question ! Pour l’instant nous faisons face, mais si les combats reprennent ou s’il y a une attaque israélienne, ce sera difficile », lance le médecin.
À la banque centrale du sang de Gaza, si le directeur Ziad Chaath se veut rassurant et assure qu’il n’y a « pas de pénurie pour le moment », les quatre chaises longues vertes étaient jeudi vides de tout donneur.
« En temps normal, nous avons une dizaine de volontaires tous les matins... Aujourd’hui, quatre seulement », soupire une infirmière. Sur son registre, ouvert à la date du 21 décembre, seules deux lignes sont remplies. « S’il y a une urgence et que nous lançons un appel, je suis certain que les habitants de Gaza répondront », assure le Dr Chaath.
Lors des affrontements Hamas-Fateh, qui ont ensanglanté Gaza au cours des derniers jours et fait 13 morts et plus d’une centaine de blessés, la proportion de combattants touchés aux jambes est supérieure à la normale, comme s’il y avait une volonté de blesser au lieu de tuer, remarquent des médecins.
« Je ne peux pas vraiment dire quelles étaient les intentions des tireurs, mais oui, nous avons remarqué que nous avions davantage de personnes blessées aux extrémités », dit le Dr Walid Abou-Ramadan, directeur médical de l’hôpital al-Qods de Gaza. « Inch’Allah, c’est parce qu’ils ne veulent pas s’entretuer... »
Selon lui, sur la cinquantaine de blessés récemment soignés dans son établissement, plus de la moitié l’ont été pour des blessures aux membres inférieurs.
Dans le service d’orthopédie de l’hôpital Chifa, Shaaban Abed Rabbo, 23 ans, est couché sur un lit. Une balle lui a fracturé le tibia gauche, une autre a traversé sa cuisse droite. Membre d’une des unités de police du Fateh, il raconte avoir été il y a trois jours pris sous le feu de membres cagoulés du Hamas, à un carrefour dans le centre de Gaza. « Ils voulaient nous tuer et je n’ai pas eu le temps de riposter, mais si je l’avais fait j’aurais visé les jambes », affirme ce jeune homme dodu, à la courte barbe noire.
Dans une chambre voisine, Issam Wshah, 24 ans, se remet lui aussi d’une blessure à la cuisse. Il raconte : « On était trois, ils ont tiré sur notre voiture de patrouille. Quand ils ont cessé le feu, un gars de chez eux est venu vers nous, a ouvert la portière et crié : “Sortez de là, vite !” Il a tiré en l’air, piqué nos kalachnikovs. »
« Quand il s’agit des Israéliens, je tire pour tuer, sans problème. Mais s’il faut tirer sur des Palestiniens, je préfèrerais blesser, si je n’ai pas d’autre choix... »
Michel MOUTOT (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats