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Actualités - Opinion

Alibis pour un mensonge

Ni vainqueur ni vaincu, la belle affaire : des décennies que cela dure et c’est toujours la même rengaine qui nous est servie, la même chanson qui nous est serinée. Ni vainqueur ni vaincu, un slogan bâtard, éculé, l’aveu même de nos échecs, de nos compromissions. Un slogan qui est la preuve même de notre damnation, un match nul pour couronner des batailles, des combats impossibles, un knock-out général pour ramener au bercail les brebis égarées, pour sauver, in extremis, les troupeaux menés à l’abattoir. Merci Amr Moussa. Merci de nous rappeler l’indignité des évidences, de dresser le constat de nos propres faillites, de nos propres dépendances, de notre affligeante addiction. Merci Amr Moussa. Merci de titiller notre mémoire, de lui faire éjecter le délit, le flagrant délit de notre « tutellisation », de nos infâmes collaborations. Des années, de longues années que cela dure et c’est la même complaisance dans l’irresponsabilité, le même discrédit dans l’assujettissement aux pulsions suicidaires, aux fraternelles injonctions. Une histoire tragique, désarçonnante, faite de guerres sanglantes, de trêves invraisemblables, une indépendance régulièrement souillée, tout aussi régulièrement récupérée, nettoyée de ses parasites, de ses scories. Ni vainqueur ni vaincu, mais toujours une main étrangère pour semer les mines de la discorde, toujours une main étrangère pour nous sortir de nos folies meurtrières. Une fatalité qui nous emmène un jour à Genève pour nous rabibocher, un autre jour à Taëf pour nous réconcilier. Et quand la coupe est pleine, c’est la Ligue arabe qui s’invite chez nous pour nous aider à délier les menottes que nous nous sommes mises aux poignets. Mais trêve de cynisme : la réalité, l’abrupte réalité, c’est dans la rue qu’elle se manifeste aujourd’hui, c’est au centre-ville et dans les diverses régions du pays qu’elle dégénère en faits accomplis, qu’elle aiguillonne les instincts communautaires. Une rue qui provoque une contre-rue, une escalade qui conduit à une contre-escalade et, au bout du chemin, l’impasse, la preuve par deux qu’au pays du ni vainqueur ni vaincu, toute épreuve de force est vouée à l’échec, tout bras de fer condamné à tourner court. Tristes, bien tristes comparses, bien tristes personnages qui s’évertuent à vouloir fausser les règles du jeu et qui, tôt ou tard, se font rabrouer, se font sonner les cloches, se mettent piteusement le doigt dans l’œil. Un scénario maintes fois vécu, maintes fois expérimenté, un scénario qui se conclut chaque fois au milieu d’un champ de ruines, au milieu de mea culpa qui interviennent toujours trop tard. Que l’Iran veuille damer le pion aux Américains au Liban, Ahmadinajad ne s’en cache nullement, que la Syrie cherche à dynamiter le tribunal international sur notre sol, cela est un secret de Polichinelle, mais ce qui est lamentable, minable, c’est que la « main-d’œuvre » est libanaise et que les explications musclées se traduisent, immanquablement, par des combats de noirs dans un tunnel sans fin. Des combats qui ne mènent nulle part et qui feront long feu le jour où les États-Unis s’entendront avec l’Iran sur le nucléaire, le jour où la Syrie se fera une douce violence et succombera au charme des sirènes américaines… Alors de grâce, que cessent les élucubrations des uns et des autres, que s’arrêtent les manifestations qui prennent des allures de happening et que disparaissent les pitoyables velléités de faire tomber le Sérail comme on prend la Bastille. Trop c’est trop : 33 jours d’une guerre désastreuse ont mis le pays sur les genoux, trois semaines de « séquestration » du cœur battant de Beyrouth ont asphyxié, paralysé l’économie, largement dégagé les autoroutes du chômage, de l’exil. Trêve de trêve des confiseurs, c’est d’une paix définitive dont a besoin le Liban, d’une solution globale, d’une entente sans arrière-pensées qui le prémuniront contre de nouvelles aventures, qui l’immuniseront contre les dangers externes alors que l’Irak et la Palestine basculent dans l’horreur. Ni vainqueur ni vaincu : une formule désuète, un mensonge qui a consacré, au fil des ans, la faiblesse de l’État, sa sujétion aux chantages, aux pressions multiformes. Pour que vive, pour que prospère une nation, il ne peut y avoir qu’une référence, qu’une autorité : l’État. Un État de droit fort et juste auquel se soumettent toutes les parties, tous les courants. Un ralliement naturel basé sur la participation, sur le consensus, sur l’exigence de la vie en commun, loin de tout chantage, de tout blocage. Monsieur Amr Moussa, c’est d’un vainqueur dont le Liban a besoin aujourd’hui et ce vainqueur ne peut être que l’État. Un État souverain hors duquel tout est chaos, asservissement et indignité. Nagib AOUN
Ni vainqueur ni vaincu, la belle affaire : des décennies que cela dure et c’est toujours la même rengaine qui nous est servie, la même chanson qui nous est serinée. Ni vainqueur ni vaincu, un slogan bâtard, éculé, l’aveu même de nos échecs, de nos compromissions. Un slogan qui est la preuve même de notre damnation, un match nul pour couronner des batailles, des combats impossibles, un knock-out général pour ramener au bercail les brebis égarées, pour sauver, in extremis, les troupeaux menés à l’abattoir.
Merci Amr Moussa. Merci de nous rappeler l’indignité des évidences, de dresser le constat de nos propres faillites, de nos propres dépendances, de notre affligeante addiction.
Merci Amr Moussa. Merci de titiller notre mémoire, de lui faire éjecter le délit, le flagrant délit de notre « tutellisation »,...