En juillet dernier, le Hezbollah a fait l’impasse sur l’ampleur de la riposte israélienne à l’enlèvement d’un soldat de Tsahal à Gaza et a réitéré le même scénario que celui auquel s’étaient livrées les milices palestiniennes, entraînant ainsi le pays dans une guerre de 33 jours dont les retombées économiques, financières, sociales et démographiques se feront ressentir encore pendant très longtemps. Cinq mois plus tard, le même Hezbollah, s’appuyant sur un incompréhensible soutien du général Michel Aoun, entraîne aujourd’hui les Libanais dans une nouvelle aventure dont l’objectif proclamé est de « refaçonner le pouvoir » exécutif, comme l’a souligné dans une récente interview le leader du Courant patriotique libre. Ou, à défaut, a précisé le général Aoun dans son discours du 10 décembre, de former un « gouvernement de transition » afin d’organiser des élections législatives anticipées, dans l’espoir que le tandem Hezbollah-CPL obtienne, avec Amal et les fractions prosyriennes, la majorité à la Chambre et qu’il puisse, de ce fait, constituer l’épine dorsale d’un nouveau gouvernement.
Encore une fois, l’opposition semble sur ce plan vouloir aussi faire l’impasse sur la tragique expérience que vivent depuis quelque temps les Palestiniens de Gaza sous le poids des choix malheureux du Hamas. Le gouvernement formé par ce mouvement fondamentaliste, qui fut le fruit d’une campagne populiste et démagogique ayant marqué les dernières élections dans les territoires autonomes, a entraîné la population palestinienne dans une grave impasse politique et socio-économique. Soutenu uniquement par l’axe Damas-Téhéran, accueilli avec suspicion par la communauté internationale, le cabinet d’Ismaïl Haniyeh n’a pas su dépasser ses positions jusqu’au-boutistes et a montré qu’il n’avait pas encore franchi la barrière psychologique pour s’engager sur la voie d’une solution négociée avec Israël. Du coup, la communauté internationale a suspendu son aide économique vitale au gouvernement palestinien. Il en a résulté une spirale de la violence, une escalade militaire sans horizons avec l’État hébreu, une impasse politique interne et une grave crise socio-économique dont les effets cumulés se font ressentir quotidiennement à Gaza et dans certains secteurs de Cisjordanie.
D’une certaine façon, c’est à un scénario semblable que le Hezbollah paraît vouer le Liban si l’opposition parvient à réussir son coup de force contre le gouvernement de Fouad Siniora. À Gaza comme à la place Riad el-Solh, le mentor politique est en effet le même : l’axe Damas-Téhéran. Dans le cas du Liban, on verrait mal la communauté internationale apporter une aide économique massive, semblable à celle qui est prévue par Paris III, à un gouvernement fortement noyauté par une alliance hétéroclite qui affiche ouvertement son alignement sur le tandem irano-syrien et qui ne cache pas son hostilité ouverte envers l’Occident. Les slogans lancés par le « numéro deux » du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem, lors du rassemblement du 10 décembre au centre-ville (« Mort à l’Amérique » ; « Il n’y a pas de place pour l’Amérique au Liban »), ainsi que les récents propos de l’imam Khameneï sur le revers que Téhéran désire faire subir à Washington sur la scène libanaise en disent long sur le scénario de type Hamas qui attendrait le pays du Cèdre au cas où l’opposition parviendrait à remettre en question les options nationales de l’alliance du 14 Mars.
Que le Hezbollah s’engage sur une telle voie antioccidentale, cela pourrait être compréhensible compte tenu de la doctrine du parti chiite et de l’obligation idéologique qu’il a de soumettre ses grands choix politiques et stratégiques à l’autorité incontournable du guide suprême de la Révolution islamique iranienne. Ce qui reste, par contre, totalement incompréhensible, c’est l’alignement du général Michel Aoun sur une telle ligne de conduite. Le net clivage perceptible dans les orientations des discours prononcés le 10 décembre à la place Riad el-Solh était sur ce plan particulièrement significatif. Le « numéro deux » du Hezbollah a ainsi placé son allocution sous le signe de la lutte contre « l’Amérique » et, par extrapolation, contre l’Occident. Le général Aoun, par contre, a axé ses propos exclusivement sur les problèmes socio-économiques internes. Ce clivage dans le discours politique cache-t-il des divergences dans les options stratégiques de base ? Si ce n’est pas le cas, le chef du CPL entraînerait alors une partie des chrétiens sur une voie (antioccidentale) dont ils ne sont sans doute pas conscients de la gravité et qui ne correspond pas à leurs aspirations et leur sensibilité, ancrée dans l’histoire. Si, au contraire, le général Aoun ne partage pas les choix géopolitiques du Hezbollah et qu’il limite son action aux questions purement internes, cela signifiera qu’il joue sur un terrain qui n’est pas le sien et qu’en fin de parcours, sa position n’aura aucun poids face aux enjeux stratégiques irano-syriens qui sous-tendent la démarche de l’opposition.
Le Hamas a choisi la voie du jusqu’au-boutisme et du bras de fer avec la communauté internationale. On en voit les répercussions aujourd’hui dans les rues de Gaza et, surtout, dans la grave crise socio-économique qui ébranle la société palestinienne depuis plusieurs mois. Puisse le général Aoun tirer les leçons des choix malheureux du Hamas qui, entre la communauté internationale et l’axe syo-iranien, a préféré s’en tenir à la seconde option.
Michel TOUMA
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats En juillet dernier, le Hezbollah a fait l’impasse sur l’ampleur de la riposte israélienne à l’enlèvement d’un soldat de Tsahal à Gaza et a réitéré le même scénario que celui auquel s’étaient livrées les milices palestiniennes, entraînant ainsi le pays dans une guerre de 33 jours dont les retombées économiques, financières, sociales et démographiques se feront ressentir encore pendant très longtemps. Cinq mois plus tard, le même Hezbollah, s’appuyant sur un incompréhensible soutien du général Michel Aoun, entraîne aujourd’hui les Libanais dans une nouvelle aventure dont l’objectif proclamé est de « refaçonner le pouvoir » exécutif, comme l’a souligné dans une récente interview le leader du Courant patriotique libre. Ou, à défaut, a précisé le général Aoun dans son discours du 10...