Par Benita Ferrero-Waldner*
Au moment où les politiciens libanais devraient se concentrer sur la reconstruction de leur pays et les moyens de parvenir à un consensus de réforme en préparation de la Conférence de Paris, les dernières semaines ont connu une impasse politique qui a paralysé les institutions libanaises. Des manifestations de rues, accompagnées d’un retour au confessionnalisme, et une tension croissante entre et au sein des communautés libanaises menacent la stabilité. Le débat national sur les questions-clés qui soutendent la souveraineté du Liban est devenu stérile ; la tendance à accuser les adversaires politiques de partialité en faveur de tel ou tel autre acteur externe reflète un envahissant climat de méfiance. L’économie libanaise s’approche de plus en plus de la zone de tous les dangers et les écarts sociaux continuent à s’élargir, accentuant le clientélisme.
Pour de nombreux observateurs, il n’y a là que trop de parallèles avec les épisodes les plus sombres du passé du Liban.
Il revient bien sûr au Liban de répondre à ses nombreux défis, pour lesquels il n’y a pas de solution facile. Cependant, l’Union européenne est prête, en tant que voisin immédiat et partenaire proche du Liban, à appuyer de tout son poids tout effort cohérent des Libanais.
Alors que le monde extérieur observe, il s’avère nécessaire, avant tout, de voir émerger un vrai consensus pro-Liban au sein de la classe politique libanaise. Nous ne pouvons qu’espérer que les politiciens libanais comprennent ce besoin de promouvoir un Liban fort, souverain, unifié et politiquement indépendant qui pourrait servir d’exemple pour le Moyen-Orient. Les forces politiques libanaises de tous bords se doivent de travailler à d’édifier un État libanais capable de résorber les grandes disparités sociales, de résister à l’influence extérieure et d’assurer sécurité et stabilité au peuple libanais. Un État qui puisse identifier et œuvrer en faveur des intérêts libanais, sans se trouver instrumentalisé par les grandes puissances. Le secrétaire général de la Ligue arabe travaille d’ailleurs actuellement sur cette base.
Le défi immédiat est de reprendre le dialogue entre la majorité et l’opposition dans une ambiance de non-intimidation et de respect total des institutions libanaises démocratiques, afin que le Liban puisse parvenir à un consensus et présenter un paquet crédible de réformes à la table de la Conférence de Paris en janvier.
Un premier pas serait de réunir les forces politiques du Liban autour de certaines valeurs fondamentales, y compris l’édification d’un État de droit, tel que prévu dans l’agenda du plan d’action négocié entre le Liban et l’UE dans le cadre de la Politique européenne de voisinage. L’édification d’une coopération basée sur la démocratie et l’État de droit a établi cinquante années de stabilité dans l’UE. C’est une approche qui fonctionne. C’est une approche que la jeune génération libanaise réclame.
Les défis faisant face au peuple libanais vont bien au-delà de l’horizon de la Conférence de Paris. D’ici aux élections présidentielles, les Libanais devraient charger un groupe « de sages » de réfléchir à des options politiques visant à promouvoir la souveraineté libanaise, y compris la révision de la loi électorale, l’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU (qui, en éliminant les prétextes les plus évidents à la confrontation, offre la clé d’un règlement durable du conflit au Sud qui a longtemps déstabilisé Israël et le Liban), ainsi que la formation du tribunal spécial, pour donner l’exemple et refuser les assassinats politiques. L’Europe se tient prête à apporter son aide.
Lors du sommet de Bruxelles, les chefs d’État et de gouvernement de l’UE viennent de réitérer leur appui au gouvernement légitime du Liban, dans un communiqué qui exhorte Israël à arrêter ses violations de l’espace aérien libanais, et la Syrie à mettre un terme à toute ingérence dans les affaires internes du Liban. À Paris, et dans les années à venir, l’UE restera prête à soutenir le peuple libanais dans ses efforts pour édifier un État fort et souverain.
* Commissaire européenne aux Relations extérieures
et à la Politique européenne de voisinage.
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