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Les mains cordiales Fady NOUN

Maintenant que l’opposition a fait preuve de sa capacité de mobilisation, elle devrait faire fructifier ce capital de popularité non pour dénigrer le camp qui lui fait face, mais pour lui tendre la main et renoncer à le menacer d’un coup de force. Le Hezbollah et le Courant patriotique libre (CPL) doivent savoir qu’en lançant un assaut humain sur le Grand Sérail, ils auront face à eux, outre l’armée, un « bouclier humain » d’un million d’autres Libanais, aussi déterminés à protéger ce sanctuaire qu’eux à le prendre. Un « bouclier humain » qui transformera leur épreuve de force en une effroyable mêlée, peut-être en une guerre civile. Personne ne doute du nationalisme du général Michel Aoun. Mais beaucoup redoutent les coups de tête et la stratégie d’un homme que le passé nous a appris à connaître comme celui de décisions extrêmes et malencontreuses. Des décisions qui ont valu aux Libanais quelques moments d’exaltation, suivies de longues années d’agonie. Au Hezbollah, disons que le caractère implacable de son action n’est pas libanais. En politique, au Liban, l’inflexibilité est une erreur impardonnable. Cette vertu guerrière doit être réservée au champ de bataille. Le Grand Sérail n’est ni la Bastille ni l’ambassade US à Téhéran. Dans son combat, le Hezbollah se trompe de temps et de lieu. Naturellement, il est toujours utile, sous le discours du Hezbollah et du CPL, de capter le non-dit. Il y a, entre les deux courants, une convergence d’intérêts où le social ne doit pas être minimisé. Il n’est pas question de faire ici le procès de la politique sociale du gouvernement, encore que son instruction soit facile. Sait-on, par exemple, que les associations de bienfaisance ont été privées dernièrement, par décret, de leur caractère « d’utilité publique » et doivent désormais payer des impôts sur les aides qu’elles reçoivent. Que dire aussi d’un pays où les recettes fiscales proviennent à 70 % des taxes indirectes ? Il y a aussi, très certainement, de la haine de classe, combinée à de la haine antioccidentale, dans cet acharnement à infliger à la zone Solidere le plus de mal possible. Sauf que ces coups, ce n’est pas tant Solidere, mais ceux qui vivent de Solidere, les quelques milliers d’employés de ce quartier commercial, qui l’accusent avant tout. Ainsi va l’économie. Ne parlons ni de la haine dont les discours, slogans et harangues sont chargés ni de l’omniprésence de la haine anti-israélienne et antiaméricaine dans le discours du Hezbollah. Et partout, que ce soit au plan social ou au plan politique, cette haine s’explique, faute de se justifier. Elle s’explique par la conduite grossière des États-Unis, éléphant dans un magasin de porcelaine, qui vient réveiller toutes les susceptibilités du monde arabe, du monde islamique aussi, avec son triomphalisme démocratique. Un triomphalisme qui, transposé sur les plans politique et géopolitique, n’est comparable qu’aux bombes à fragmentation qui, longtemps après que le conflit se soit achevé, continuent de tuer des innocents. Mais enfin, la haine pas plus que la peur ne peuvent être des moteurs de l’histoire. Et les options du CPL et du Hezbollah, leurs choix géostratégiques sont bien plus critiquables et dangereux que les travers que nous relevons, pour la bonne raison qu’ils sont irréversibles et qu’un triomphe de la ligne de l’Iran et de Damas, c’est l’adieu à l’alternance. Revenons à nos esprits, revenons au sens des réalités. Nous sommes au Liban, la plus ancienne démocratie du Moyen-Orient. Refusons, dans nos affaires, l’ingérence de ceux qui nous poussent à l’intransigeance. Ni vainqueur ni vaincu est une excellente formule. Mais elle a deux faces. Elle pourrait vouloir dire que tout le monde est perdant, ou bien que tout le monde est gagnant, l’éclairage étant dirigé vers les gains de chaque camp, et non sur les avantages auxquels il a renoncé. N’est-ce pas, d’ailleurs là, le principe même qui a présidé à l’accord de Taëf ? Un cabinet d’entente, et non d’union, propose le patriarche maronite. Rendons hommage à cette sagesse. Proclamons une trêve, celle de Noël et de l’Adha en même temps. Tendons les uns vers les autres des mains cordiales. Des constantes maronites aux constantes du Liban, en passant par les constantes de la Ligue arabe, faisons triompher, pour le bien de tous les Arabes, la logique de la vie sur celle de la haine, qu’elle soit communautaire, de classe, idéologique ou géopolitique. On prête à Golda Meir à peu près cette phrase : « Les Arabes pourront vaincre Israël quand ils s’aimeront entre eux plus qu’ils ne nous haïssent. » C’est-à-dire quand ils se haïront moins. Alors, ni « nouveau Moyen-Orient » ni « Moyen-Orient islamique », travaillons pour le Moyen-Orient démocratique, dans sa diversité, ses spécificités. Ni croissant fertile ni croissant chiite. De bons, de vrais croissants tous chauds. Ceux de la fête et de la conciliation.
Maintenant que l’opposition a fait preuve de sa capacité de mobilisation, elle devrait faire fructifier ce capital de popularité non pour dénigrer le camp qui lui fait face, mais pour lui tendre la main et renoncer à le menacer d’un coup de force.
Le Hezbollah et le Courant patriotique libre (CPL) doivent savoir qu’en lançant un assaut humain sur le Grand Sérail, ils auront face à eux, outre l’armée, un « bouclier humain » d’un million d’autres Libanais, aussi déterminés à protéger ce sanctuaire qu’eux à le prendre. Un « bouclier humain » qui transformera leur épreuve de force en une effroyable mêlée, peut-être en une guerre civile.
Personne ne doute du nationalisme du général Michel Aoun. Mais beaucoup redoutent les coups de tête et la stratégie d’un homme que le passé nous a appris à...