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Actualités - Opinion

Les constantes de l’espoir

LA HONTE. Le déshonneur en lettres écarlates. Toute honte bue, la jouissance dans la vilenie, l’arrogance dans la désinformation et la manipulation. Les entendez-vous matin, midi et soir, suffisants, fats, débiter leurs mensonges, leurs sottises, leurs provocations ? Des insultes qui feraient pâlir de jalousie le plus grossier des charretiers. Une « postillonnade » pestilentielle, putride qui empuantit les plateaux de télévision, les tribunes de fortune du centre-ville. Les voyez-vous matin, midi et soir, méprisants, hautains, gesticuler, vociférer, des pantins désarticulés s’évertuant à faire passer des messages d’une portée inestimable, des messages du genre ? « Vous valez des savates, vous êtes des traîtres, des cloportes, des criminels. » Et quand ils se calment, quand ils retrouvent une certaine retenue, leur langage châtié s’arrête aux phrases du genre : « Vous valez deux sous, sales ordures. » La honte, vous disais-je, et le public, le pauvre public, boit la coupe jusqu’à la lie… LA HAINE. Un corollaire, une suite logique, un venin instillé dans les esprits, inoculé dans les cœurs. La haine irrépressible, celle qui aveugle l’opinion, celle qui s’agrippe à la rue, la phagocyte, qui s’étend comme une tumeur galopante, qui n’épargne ni les universités ni les écoles, qui gagne les bureaux, les entreprises, les foyers, qui fait se dresser les employés, les fonctionnaires les uns contre les autres, qui sème la discorde dans les facultés, le doute et la confusion dans l’esprit des jeunes. Une génération sacrifiée, nourrie au lait de la haine, une jeunesse dont on veut limiter les ambitions, les horizons aux ruelles sectaires de Beyrouth, à un centre-ville intronisé en modèle, en parangon de vertu républicaine, alors que les cris du fanatisme, du défi et de l’intransigeance résonnent chaque jour un peu plus fort, chaque jour un peu plus loin sur la route menant à la redoutable cassure. LA DÉCHIRURE. Insidieusement, comme une plaie qui s’infecte, elle s’est frayée son petit chemin au milieu du tumulte, au milieu des vociférations. La rue n’est pas une, elle est multiple. Elle est chrétienne et musulmane, elle est maronite, orthodoxe, chiite, sunnite, et j’en passe. Elle est aouniste, geageaiste, haririenne ou nasralienne, et j’en passe aussi. La rue est le reflet des croyances, des idolâtries, des combats de chefs, elle est surtout victime des discours haineux, des subversions mentales, d’un lavage de cerveau incessant, un matraquage hallucinatoire par médias interposés. La déchirure est là : elle se traduit par des ghettoïsations, des rivalités de clans, de quartiers, par le rejet de l’autre, le frère soudain devenu ennemi. On les a vus, il n’y a pas si longtemps, dressés les uns face aux autres, comme des coqs de combat, séparés par l’armée. On les a vus hier, on les verra peut-être demain se pourchasser dans les venelles de Beyrouth, comme au jeu du gendarme et du voleur, un « reality show » qui a déjà fait d’innocentes victimes et qui en fera d’autres si la déchirure n’est pas colmatée au plus vite. L’ESPOIR. N’en déplaise à Hassan Nasrallah et à Michel Aoun, n’en déplaise à tous les autres, tous ceux qui sont récemment sortis des ténèbres où les avait plongés le départ des forces syriennes, l’espoir n’émergera pas de la rue, l’avenir du Liban ne se façonnera pas dans les ruelles de la honte et de la haine. Il se façonnera dans le cœur des millions de citoyens qui adhèrent au Liban du consensus et de la tolérance, dans le souvenir des martyrs qui sont morts pour que vive le pays du Cèdre, dans le souvenir de Gebran Tuéni célébré hier même comme pour réveiller les consciences qui sommeillent. L’espoir n’émergera pas des ruelles de la honte et de la haine. C’est de liberté, de convivialité et de tolérance qu’il se nourrit, c’est dans la démocratie consensuelle qu’il baigne et se renforce. C’est dans les « constantes maronites » qu’il se révèle dans toute sa magnificence, dans toute sa force. Bkerké, passage obligé, passage naturel de l’entente nationale ? Le Hezbollah le concède, Michel Aoun aussi. Pourquoi donc cette insistance à prendre la rue, le Liban en otages ? Nagib AOUN
LA HONTE. Le déshonneur en lettres écarlates. Toute honte bue, la jouissance dans la vilenie, l’arrogance dans la désinformation et la manipulation.
Les entendez-vous matin, midi et soir, suffisants, fats, débiter leurs mensonges, leurs sottises, leurs provocations ? Des insultes qui feraient pâlir de jalousie le plus grossier des charretiers. Une « postillonnade » pestilentielle, putride qui empuantit les plateaux de télévision, les tribunes de fortune du centre-ville.
Les voyez-vous matin, midi et soir, méprisants, hautains, gesticuler, vociférer, des pantins désarticulés s’évertuant à faire passer des messages d’une portée inestimable, des messages du genre ? « Vous valez des savates, vous êtes des traîtres, des cloportes, des criminels. » Et quand ils se calment, quand ils retrouvent une certaine retenue,...