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Actualités - Opinion

LE POINT La dernière chance

Neuf mois de conciliabules – mais une seule visite « sur le terrain », au cours de laquelle il n’a pas été question de s’aventurer hors de cette nouvelle Cité interdite qu’est devenu le quartier des ambassades à Bagdad – pour aboutir à 79 recommandations chapeautées par une petite phrase, lourde de sens : « La situation en Irak est grave et elle se détériore. Il n’existe pas de voie susceptible de garantir le succès, mais les perspectives peuvent être améliorées. » Puis, perdue dans le texte du rapport, l’allusion au retrait de l’essentiel des troupes coalisées dans le courant du premier semestre de l’année 2008. Un peu vague, tout cela, mais on comprend qu’il ne pouvait être question pour un organisme bipartisan (cinq membres de chaque parti, sans compter les deux coprésidents : le très républicain James Baker et l’inconditionnel démocrate Lee Hamilton) d’adopter une position tranchée sur un sujet qui divise le microcosme politique américain, l’opinion publique du pays et même, ce n’est plus un secret, l’Administration elle-même. À l’issue d’une réunion d’une heure avec les membres de l’Iraq Study Group, George W. Bush s’est dépêché de faire annoncer par son porte-parole Tony Snow qu’il estimait « sévère » l’évaluation qui venait de lui être soumise, en même temps qu’au Congrès, mais qu’«elle sera prise très au sérieux ». L’une des suggestions qui retiendra le plus l’attention tant du département d’État que du Pentagone a trait à la nécessité « de prendre directement contact avec l’Iran et la Syrie (...) et d’envisager des éléments autant incitatifs que dissuasifs dans la recherche de résultats constructifs ». Fallait-il donc attendre plus de trois ans et demi, des dizaines de milliers de morts et des milliards de dollars dépensés à mauvais escient pour aboutir à cette constatation ? Maniant l’euphémisme avec toute l’habileté acquise à la tête de la Central Intelligence Agency, Robert Gates, le successeur du (très peu) regretté Donald Rumsfeld, avait jugé dès lundi devant un aréopage sénatorial que les États-Unis n’étaient pas en train de gagner la guerre mais que, pour autant, ils n’étaient pas non plus en train de la perdre. La réponse est venue dans le document rendu public mercredi : « Si la situation continue à se détériorer, les conséquences pourraient être graves. Un glissement vers le chaos aurait pour conséquence un effondrement du gouvernement irakien et une catastrophe humanitaire. Les pays voisins pourraient intervenir et les affrontements entre chiites et sunnites s’étendre. El-Qaëda remporterait une victoire de propagande et élargirait sa base d’action. L’image de l’Amérique dans le monde en pâtirait. » Ce n’est pas de gaieté de cœur que le 43e président US avait décidé de faire appel à l’ancien bras droit de son père. James Baker a longtemps formé avec George Bush père un tandem idéal, en tennis comme en politique. À Houston la gigantesque, les deux hommes sont voisins ; ils se voient régulièrement mais évitent en public d’aborder les grands thèmes de l’heure qui dominent la scène nationale. Jusqu’à une date récente à tout le moins. Car on n’est pas près d’oublier une certaine tribune parue dans le New York Times, en août 2002, et dans laquelle le vieux praticien, familier des chancelleries, déconseillait vivement au nouveau président de s’attaquer au régime baassiste en place à Bagdad avant d’avoir obtenu au préalable le soutien international le plus large possible. On sait ce qu’il advint de cette mise en garde. Passées les premières semaines au cours desquelles la capitale fédérale a baigné dans l’euphorie, notamment après la capture en décembre 2003 de l’ancien tyran qui avait placé le pays en coupe réglée, les problèmes ont commencé à s’accumuler jusqu’à menacer l’avenir immédiat du Parti républicain. La débâcle électorale du 7 novembre dernier, on la voyait venir tant elle s’inscrivait dans la terrible logique des choses. Aujourd’hui que semble consommée la défaite de l’aile « pure et dure » qui avait pris le président en otage, la vieille garde semble avoir retrouvé un peu de son lustre d’antan. Est-ce à dire qu’elle tient sa revanche ? Pas tout à fait, pas encore du moins. Certes, l’ISG, par la voix de ses deux coprésidents, a tranché en estimant qu’il convenait de renoncer à la stratégie qui consiste à « garder le cap », suivant la formule à l’honneur depuis quelque temps. Hamilton a été plus catégorique encore que son collègue, en décrétant que l’approche de la Maison-Blanche ne fonctionne plus et en estimant que le coût des opérations militaires pourrait dépasser largement les 1 000 milliards de dollars. De quoi faire réfléchir le contribuable américain. Et infléchir enfin une ligne de conduite qui n’aura apporté que des malheurs aux USA et à leurs alliés, bien entendu, mais surtout à l’ensemble du Proche-Orient. Christian MERVILLE

Neuf mois de conciliabules – mais une seule visite « sur le terrain », au cours de laquelle il n’a pas été question de s’aventurer hors de cette nouvelle Cité interdite qu’est devenu le quartier des ambassades à Bagdad – pour aboutir à 79 recommandations chapeautées par une petite phrase, lourde de sens : « La situation en Irak est grave et elle se détériore. Il n’existe pas de voie susceptible de garantir le succès, mais les perspectives peuvent être améliorées. » Puis, perdue dans le texte du rapport, l’allusion au retrait de l’essentiel des troupes coalisées dans le courant du premier semestre de l’année 2008. Un peu vague, tout cela, mais on comprend qu’il ne pouvait être question pour un organisme bipartisan (cinq membres de chaque parti, sans compter les deux coprésidents : le très...