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Actualités - Opinion

Alibis démocratiques

Démocratie, que d’incroyables maladresses, frisant la stupidité, mais que de perverses supercheries aussi on commet en ton nom ! La colossale stupidité, c’est cette prétention de l’Administration Bush à gagner d’autorité le monde arabo-musulman aux vertus de la démocratie à l’occidentale pour mieux l’embrigader dans sa lutte contre le terrorisme. Un aussi ambitieux dessein nécessitait, pour le moins, quelque effort sérieux de l’unique superpuissance mondiale pour se départir de son outrancier parti pris pour Israël, pour tenter de régler équitablement la vieille question de Palestine, mère de tous les extrémismes, prétexte aux plus sanglants délires. C’est ce que se sont égosillés à souligner en vain les pays arabes modérés et pro-occidentaux. Et c’est ce que répétera aujourd’hui Abdallah le Hachémite à son hôte George W. Bush qui, pour se concerter avec l’Irakien Maliki (et on le comprend) a préféré aux tumultes de Bagdad la quiétude de la capitale jordanienne. Cette fois cependant, l’urgence est elle aussi au rendez-vous de Amman. Car si l’Irak, pour reprendre l’euphémisme de Kofi Annan, est presque déjà dans une situation de guerre civile, le monarque jordanien affiche sa crainte de voir cette même calamité frapper à leur tour, et dans un avenir pas trop lointain, la Palestine et le Liban. Notre petit pays en finira-t-il un jour avec l’ingrate étiquette de modèle qui lui colle à la peau ? Modèle de coexistence, Suisse du Proche-Orient, il a plus d’une fois renié sa vocation et donne tout l’air, aujourd’hui, de persévérer dans cette voie. Plongé quinze années durant dans une guerre fratricide aux innombrables prolongements extérieurs, il a donné son beau nom à la plus sanglante des déchéances nationales : la libanisation ; et à peine émergé de la guerre, à peine délivré de la tutelle syrienne, c’est le spectre de l’irakisation qui pointe maintenant son vilain museau, sur fond de tensions sunnito-chiites assorties de profondes divisions entre chrétiens. Le comble de l’absurde, c’est que le Liban eût pu effectivement représenter ce modèle démocratique dont continue de tirer fierté une Amérique manquant cruellement de success stories dans cette partie du monde s’il n’était justement devenu (et avec lui ses familles spirituelles) l’enjeu, l’otage, le prisonnier involontaire de l’actuel bras de fer entre l’Occident et ses ennemis régionaux. Or le Liban méritait d’être mieux défendu. Car si le poids des États-Unis a été décisif en ce qui concerne le retrait des forces d’occupation syriennes, le reste n’a guère suivi. Washington n’a certes pas aidé le gouvernement Siniora en couvrant ouvertement, de longues semaines durant, la barbarie des bombardements ennemis de l’été dernier. Et Washington, malgré ses bruyantes déclarations de soutien, ne l’aide pas beaucoup non plus en s’abstenant d’imposer l’arrêt des survols israéliens ou d’activer le dossier des fermes de Chebaa, ce qui donne au Hezbollah un argument en or pour refuser de se laisser désarmer. Ce n’est pas là d’ailleurs la seule incongruité de la situation. La plus trouble est bien cet autre argument, celui de la légitimité démocratique, que brandit sans complexes l’opposition – partiellement et néanmoins massivement armée, il ne faut pas l’oublier – quand elle menace de descendre dans la rue pour renverser le gouvernement, qu’elle accuse épisodiquement de collusion avec l’Amérique et même avec Israël : ou bien alors pour s’assurer un droit de veto qui ferait pratiquement d’elle le véritable décideur au sein de ce même gouvernement redevenu, à ce moment, tout à fait fréquentable... mais seulement jusqu’au prochain tournant de cette crise à tiroirs. Sur les périls d’un recours à la rue, la puissante voix du mufti chiite Kabalan n’a pas fait défaut au sommet religieux musulman réuni hier. Sur la faiblesse de l’alibi démocratique, il y aurait encore beaucoup à discourir. Mais il doit être clair pour tous que les Libanais, dans leur immense majorité, ne tiennent pas à leur système libéral, à leur pluralisme, parce qu’ils sont des fanatiques de Bush. C’est en parfaite connaissance de cause qu’ils rejettent les modèles de gouvernement ou de société se profilant nettement derrière la contestation. Au fait, a-t-on jamais entendu parler là-bas de minorité de blocage, ou même seulement d’opposition ? Issa GORAIEB
Démocratie, que d’incroyables maladresses, frisant la stupidité, mais que de perverses supercheries aussi on commet en ton nom !
La colossale stupidité, c’est cette prétention de l’Administration Bush à gagner d’autorité le monde arabo-musulman aux vertus de la démocratie à l’occidentale pour mieux l’embrigader dans sa lutte contre le terrorisme. Un aussi ambitieux dessein nécessitait, pour le moins, quelque effort sérieux de l’unique superpuissance mondiale pour se départir de son outrancier parti pris pour Israël, pour tenter de régler équitablement la vieille question de Palestine, mère de tous les extrémismes, prétexte aux plus sanglants délires. C’est ce que se sont égosillés à souligner en vain les pays arabes modérés et pro-occidentaux. Et c’est ce que répétera aujourd’hui Abdallah le...