Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Taux de suicide

Bravo : c’est absolument le moment idéal pour offrir au régime syrien et à ses (très) rares amis, ici et là-bas, l’un des plus foudroyants orgasmes (politiques, mais bon, personne, sur les rives du Barada, ne va penser chipoter...) qu’ils aient ressenti depuis des lustres ! Ils en rêvaient ; les Libanais, comme souvent, l’ont fait. Parce que, finalement, quoi de plus jouissif pour ce régime syrien, qui ne fonctionne qu’à coups de chaos et d’assassinats, que de (re)voir les chrétiens du Liban commencer à s’entre-tuer ? Comme si Pierre Gemayel n’avait pas, aussi, naturellement, été tué pour ça. Quoi de plus jubilatoire pour eux que de les (re)voir se disputer l’hypercentre nerveux et émotionnel, le cœur battant (et aujourd’hui un peu battu) du maronitisme politique : la place Sassine ? Quoi de plus jubilatoire pour eux, quelques jours après avoir échoué à faire se déchirer sunnites du Courant du futur et chiites du Hezb et d’Amal, que d’essayer, en misant sur les sentiments écorchés vifs des uns et sur l’entêtement des autres, de faire s’entre-tuer chrétiens pro-14 Mars et chrétiens pro-Aoun. Qui peut avoir envie, au sein de cette communauté chrétienne qu’il va être très difficle de réunifier de procurer un plaisir pareil au régime syrien ; qui peut en ressentir l’envie, le besoin, la nécessité ? C’est ubuesque. Et tout cela pour une photo… Qu’est-ce qui a fait que les partisans du chef du CPL n’aient pas senti qu’il est un peu trop tôt pour aller accrocher, au-dessus de la statue de Béchir Gemayel, un portrait géant de Michel Aoun ; que cela allait nécessairement être interprété, à tort ou à raison, comme de la provocation pure, gratuite et méchante ? Et Michel Aoun qui s’emportait il y a quelque temps contre les photos collées partout, à commencer par les siennes… Qu’est-ce qui a fait que les partisans du 14 Mars n’aient pas pressenti l’urgence d’une réaction saine, dépassionnée ; qu’ils n’aient pas fait primer, par-delà leur tristesse et leur colère, même s’il est plus facile de le dire que de le faire, leurs réflexes démocratiques, quitte à aller accrocher le lendemain, en plein Rabieh, les portraits d’Amine Gemayel et de Samir Geagea ? Qu’est-ce qui a fait que l’on ait eu besoin de 400 soldats de l’armée pour que ces garçons et ces filles n’en arrivent pas à quelque chose de bien plus irréparable – des garçons et des filles qui n’ont rien connu, dans leur immense majorité, de cette guerre de la honte entre 89 et 90, qui en fantasment, qui veulent recréer, pour la revivre, la leur, comme si toutes celles qu’ils subissaient aujourd’hui, de guerres, ne leur suffisaient pas ? Ou bien est-ce simplement, malheureusement, affreusement génétique ? Ils les ont pourtant entendus mille et une fois, leurs leaders chéris, exhorter à la raison, ils les ont vus déjeuner ensemble ; ils ont tous entendu et vu Amine Gemayel, transfiguré, père éternel, les supplier presque, cinq heures après l’assassinat de son fils, de ne pas débrider leurs passions. Sauf que le sang, somme de tous les autres, de Pierre Gemayel, était le sang de trop. Ce n’est donc pas leur faute, c’est beyond their control, s’ils ont donné de la jeunesse chrétienne, en cette nuit de lundi, le plus affligeant des spectacles ? Non : ce qui s’est passé est d’abord de leur responsabilité individuelle, mais c’est surtout de celle de leurs zaïms chéris, de ce collectif-bottin de chefs. Réagira-t-elle de la même façon, cette hypersentimentale foule, si elle les voyait, si elle voyait Amine Gemayel, Samir Geagea, Dory Chamoun, Carlos Eddé, Nassib Lahoud, Boutros Harb, Nayla Moawad d’une part, Michel Aoun, Sleimane Frangié de l’autre, entourer le patriarche Sfeir et signer un pacte d’honneur christiano-chrétien, un pacte package-deal, une vraie feuille de route ? Un pacte qui imposerait à ses signataires de tout faire pour éviter que ne se répète la déraison de lundi, la première étape de cette mortifère opération d’auto-élimination ; de tout faire pour que soit adopté à la Chambre, dans les plus brefs délais, le tribunal international ; de tout faire pour s’entendre entre eux sur un successeur à Émile Lahoud et procéder à son élection le plus vite possible ; de tout faire pour former ensuite un gouvernement où tout le monde participerait à la prise de décision sans que personne ne puisse la bloquer ; de tout faire pour tenir enfin un scrutin anticipé sur base d’une loi saine et juste, agréée par tous. Réagira-t-elle de la même façon ? Non. Évidemment. Tout le monde ou presque est d’accord : il ne peut y avoir d’unité nationale libanaise sans unité des chrétiens – et unité ne voudra jamais dire clonage ou uniformité. Unité et diversité sont deux mots qui vont bien ensemble. Tout le monde ou presque se vante de cette leçon de démocratie donnée par la communauté chrétienne à ses trois communautés sœurs. Soit. Sauf que lundi, cette leçon de démocratie n’était rien d’autre qu’une répugnante démonstration de débilocratie. Ziyad MAKHOUL
Bravo : c’est absolument le moment idéal pour offrir au régime syrien et à ses (très) rares amis, ici et là-bas, l’un des plus foudroyants orgasmes (politiques, mais bon, personne, sur les rives du Barada, ne va penser chipoter...) qu’ils aient ressenti depuis des lustres ! Ils en rêvaient ; les Libanais, comme souvent, l’ont fait. Parce que, finalement, quoi de plus jouissif pour ce régime syrien, qui ne fonctionne qu’à coups de chaos et d’assassinats, que de (re)voir les chrétiens du Liban commencer à s’entre-tuer ? Comme si Pierre Gemayel n’avait pas, aussi, naturellement, été tué pour ça. Quoi de plus jubilatoire pour eux que de les (re)voir se disputer l’hypercentre nerveux et émotionnel, le cœur battant (et aujourd’hui un peu battu) du maronitisme politique : la place Sassine ? Quoi de plus...