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Actualités - Opinion

Ni Manhattan ni Téhéran

L’essentiel, ce n’est pas la victoire, mais ce qu’on en fait, dit à peu près le général de Gaulle, cité par André Malraux dans Les Chênes qu’on abat. Au sol, face à l’armée israélienne, une victoire éclatante – et terriblement coûteuse – a été remportée par le Hezbollah dans certaines positions au Liban-Sud. Et la question qui se pose est : qu’en fait-on ? Va-t-on l’utiliser pour édifier ou pour détruire ? Va-t-on l’utiliser pour déchirer le Liban ? Le faire basculer dans le camp antiaméricain, conformément aux orientations du guide de la révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, qui a décidé que le Liban sera « le lieu de la défaite » des États-Unis ? Ne voit-on pas l’absurdité d’une telle politique ? Si encore c’était vers un meilleur équilibre entre les axes qu’on agit ? Si c’était pour dégager le Liban de l’axe américain, ça se comprendrait. Mais face au « Nouveau Moyen-Orient » de George Bush, faire basculer le Liban dans le camp du Moyen-Orient islamique d’Ahmadinejad ? Est-ce bien logique ? Est-ce acceptable, sachant qu’Ahmadinejad est pour ainsi dire le Bush de la région, le cow-boy mal rasé qui exporte sa révolution islamique comme George Bush vend sa croisade antiterroriste. Et dans ce cas, plutôt Manhattan que Téhéran. Mais il y a mieux. Ni Manhattan ni Téhéran. Le Liban. Tout simplement. Certes, notre minuscule pays a un retard technologique immense par rapport aux États-Unis. Mais nous avons aussi une immense avance sur eux dans la connaissance d’un Orient compliqué, dans la tolérance, l’accueil pacifique des différences, la convivialité. Et c’est elle que nous meurtrissons en ce moment. C’est ce capital incroyable de compassion, d’acceptation de l’autre, redécouvert et savouré à nouveau par beaucoup à l’occasion des malheurs de cet été, que nous dilapidons ainsi, en lâchant la bride aux instincts les plus élémentaires, à la volonté d’avilir, d’écraser, à cette langue qui, selon l’apôtre Jacques, « enflamme le cycle de la création, enflammée qu’elle est par la géhenne ». Non, il devrait y avoir une meilleure approche les uns des autres que celle-là, une approche par le calme qui tienne compte de nos craintes, de nos appréhensions réciproques comme de ce que nous avons en commun. Nous ne pourrons faire confiance à un régime avant de nous assurer qu’il n’est pas aussi, quelque part, un régime ancré dans la violence. Nous ne pouvons accepter que le Liban soit « un champ de bataille » et non une patrie. Nous ne pouvons accepter que la charia se substitue à la démocratie, le parti unique à l’alternance, la pensée unique au pluralisme. Mais certains musulmans, à leur tour, ont peur. Peur de « l’affirmation massive de l’Occident », pour reprendre une expression de l’islamologue Maurice Borrmans. Ils ont peur de la télévision, des publicités, de l’invasion de leur culture, de leur foi la plus intime, de leurs valeurs, dans un contexte géopolitique turbulent. Au demeurant, est-ce avec des fleurs que nos maisons ont été bombardées, cet été ? Certes, faire acte de foi dans la convivialité paraît risible ces quelques jours. Mais qu’on assassine en deux ans quelques-unes des figures les plus prometteuses d’une nation, qu’on noie ses rêves d’indépendance dans le sang, qu’on décime son élite et ses espoirs dans une série d’assassinats dont on devine l’origine, sans pouvoir encore la prouver, et le peuple le plus apathique se conduirait en bête sauvage. Voilà qui devrait faire réfléchir ceux qui s’apprêtent à faire chuter le gouvernement en ayant recours à la rue. Et qui vont apprendre, à leurs dépens, que c’est ce qu’il y a de plus précieux dans leur patrie qu’ils fourvoient. Et qu’une véritable résistance a besoin de l’appui de tout son peuple. Fady NOUN
L’essentiel, ce n’est pas la victoire, mais ce qu’on en fait, dit à peu près le général de Gaulle, cité par André Malraux dans Les Chênes qu’on abat.
Au sol, face à l’armée israélienne, une victoire éclatante – et terriblement coûteuse – a été remportée par le Hezbollah dans certaines positions au Liban-Sud. Et la question qui se pose est : qu’en fait-on ? Va-t-on l’utiliser pour édifier ou pour détruire ? Va-t-on l’utiliser pour déchirer le Liban ? Le faire basculer dans le camp antiaméricain, conformément aux orientations du guide de la révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, qui a décidé que le Liban sera « le lieu de la défaite » des États-Unis ?
Ne voit-on pas l’absurdité d’une telle politique ? Si encore c’était vers un meilleur équilibre entre les axes qu’on...