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Actualités - Opinion

Comme une bombe minutée

L’heure est grave, on ne le sait que trop ; la situation est malsaine, ouverte à toutes les éventualités, cela est plus qu’évident. Mais de ce climat tendu, de cette atmosphère surchauffée émerge quand même un facteur positif : la fin des ambiguïtés, la clarté des positions. De part et d’autre, les parties adverses ont crevé l’abcès, ont été jusqu’au bout de leur raisonnement ; de part et d’autre, elles ont assumé les choix autour desquels s’étaient formées leurs coalitions, s’étaient constituées leurs alliances. Nul ne pourra désormais accuser l’autre de travestir la vérité, d’entretenir la confusion. L’heure est effectivement grave, mais elle a au moins le mérite d’avoir dissipé tous les malentendus. N’en déplaise aux analystes de pacotille, aux aboyeurs de service, l’enjeu, dès le départ, n’était pas le gouvernement d’union nationale, mais bien le tribunal international, une cour spéciale qui donne des sueurs froides aux dirigeants syriens, des sueurs glaciales au locataire de Baabda. En se disant, dès vendredi dernier, non concerné par ce tribunal, en refusant de collaborer avec l’instance en gestation, le régime syrien a définitivement tombé le masque, a donné le « la » à ses alliés libanais, Amal et le Hezbollah, qui se disaient pourtant favorables au tribunal dans un communiqué publié le jour même. Fouad Siniora les avait d’ailleurs pris au mot, leur tendant la perche jusqu’à la dernière minute. Ils ne l’ont pas saisie, n’ont pas retenu la main tendue, ils assumeront, par conséquent, la responsabilité de la rupture, des conséquences qui pourraient en découler. Triste, bien triste pays où les vivants sont méprisés, où l’intérêt national est foulé aux pieds ; triste, bien triste pays où les morts n’ont pas droit au silence des sépultures, où les martyrs n’ont droit qu’à l’accalmie des jours de deuil. Pour rappel seulement : chaque fois que la question du tribunal international a été mise sur le tapis une crise a surgi, des menaces ont été proférées. Hier, l’assassinat de Gebran Tuéni n’avait pas dissuadé les ministres chiites « d’entrer en bouderie » ; aujourd’hui, le meurtre de Pierre Gemayel, ses dramatiques implications n’ont pas convaincu les mêmes ministres de revenir sur leur démission. En arrière-plan, la même épée de Damoclès : l’incontournable enquête Brammertz, l’inévitable tribunal international. Triste, bien triste pays où les assassins se voient accorder le temps d’échapper à la justice, triste, bien triste pays où le tribunal censé les juger est contesté pour des raisons de procédure, freiné sous prétexte de non-participation aux décisions capitales. Une double insulte, une double ingratitude à l’égard de la plus haute instance internationale pressentie pour nous aider à retrouver et punir les coupables. Le patriarche Sfeir a raison, a mille fois raison : « Le Liban vit des temps de détresse ; les rangs, surtout chrétiens, sont dispersés et il devient très difficile de les regrouper. » Le processus de déliquescence est-il, donc, devenu irréversible ? Existe-t-il une intention régionale machiavélique « d’irakiser » le Liban, d’exploiter l’exacerbation des griefs intercommunautaires ? La semaine s’ouvre sur des interrogations lancinantes, sur un questionnement qui s’adresse aux parties concernées, celles qui risquent d’entraîner le pays dans une nouvelle spirale de violence. La rue, redisons-le encore et encore, est une voie ouverte à tous les imprévus, à tous les dangers. Aujourd’hui, dans l’état actuel des choses, on ne dialogue plus dans la rue, mais on risque de s’y battre, on ne marche plus dans la rue, mais on y parade, on y défie, on y provoque. Tribunal international, gouvernement d’union nationale, minorité de blocage, participation effective au pouvoir, des sujets de discussion qui sont autant de sujets de conflits. Mais tout cela mérite-t-il, justifie-t-il qu’on place le Liban au bord du gouffre, dans une atmosphère de préguerres civiles ? Maintenant que le processus menant au tribunal international a été enclenché, un processus auquel ne se sont pas associés les alliés de la Syrie (une manière, peut-être, pour eux de se dédouaner), le retour à la table de dialogue pourrait être envisagé, pourrait, même, redevenir inévitable, parce que seul à même de conduire au gouvernement d’union nationale auquel tous aspirent. La visite, hier, à Bickfaya d’une délégation du Hezbollah, les propos modérés qui y ont été échangés, l’insistance sur la nécessité de préserver la paix civile, ont entrebâillé une porte jusqu’alors hermétiquement fermée. Deux hommes, pour des raisons différentes, peuvent encore jouer un rôle décisif afin de stopper la descente aux enfers : Nabih Berry et Michel Aoun. Le temps presse et il n’est plus tolérable de s’arrêter à des considérations de principe ou d’amour-propre. Les secondes s’égrènent comme le tic-tac d’une bombe à retardement. Plût au ciel que l’engin de mort soit désamorcé à temps. Nagib AOUN
L’heure est grave, on ne le sait que trop ; la situation est malsaine, ouverte à toutes les éventualités, cela est plus qu’évident. Mais de ce climat tendu, de cette atmosphère surchauffée émerge quand même un facteur positif : la fin des ambiguïtés, la clarté des positions. De part et d’autre, les parties adverses ont crevé l’abcès, ont été jusqu’au bout de leur raisonnement ; de part et d’autre, elles ont assumé les choix autour desquels s’étaient formées leurs coalitions, s’étaient constituées leurs alliances. Nul ne pourra désormais accuser l’autre de travestir la vérité, d’entretenir la confusion. L’heure est effectivement grave, mais elle a au moins le mérite d’avoir dissipé tous les malentendus.
N’en déplaise aux analystes de pacotille, aux aboyeurs de service, l’enjeu, dès...