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EN DENTS DE SCIE IIIe République

Quarante-septième semaine de 2006. Elle est belle, la jurisprudence Abi Nasr. Quelles que soient les motivations qui ont poussé le membre du bloc Aoun à oser clamer tout haut ce que son chef de file se refuse encore à dire – ahurissant, incompréhensible autisme politique –, le député du Kesrouan a refusé le bla bla et posé un des actes fondateurs de ce que devrait être la praxis politique en un Liban reborn. Nehmetallah Abi Nasr n’a rien d’un zaïm ou rien d’un JFK ou rien d’un meneur d’hommes ou rien d’un harangueur de foules ou rien d’un show man ou rien d’un tribun, et pourtant, Nehmetallah Abi Nasr, du perron de Bkerké, a brisé un carcan, une doctrine, un sortilège, des barreaux... Décaptivé, parce que conscient de l’urgence, conscient de l’enjeu, l’homme ne fait plus de la politique, juste du libanisme : en appelant, à titre personnel, Lahoud, Berry et les ministres démissionnaires à adopter au plus vite le tribunal international, Nehmetallah Abi Nasr, lavé et libéré par le sang, somme de tous les autres, de Pierre Gemayel, ne va sans doute et malheureusement pas faire beaucoup d’émules, mais certainement un monde de jaloux. Parce qu’il y a plein de aounistes, plein de hezbollahis, plein d’amalistes qui veulent que Berry convoque la Chambre – Émile Lahoud ne comptant plus, il s’est autodissous. L’urgence veut que ce soit Nabih Berry et seul Nabih Berry qui compte aujourd’hui. Bien sûr, il n’est pas Nehmetallah Abi Nasr : ce qui a dû demander une nuit de réflexion au député exigerait, pour le président de la Chambre, cent ans de solitude et de questionnements et d’affres : c’est beaucoup plus compliqué d’être prisonnier du régime syrien que d’un bloc parlementaire. Le n° 2 de l’État n’est pas un héros, il n’a visiblement aucune aptitude au martyre. Cela tombe bien, personne ne lui demande de mourir, d’ajouter son nom à ceux tombés pour le Liban, mais juste, pour éviter que tout un pays ne s’enflamme et ne se suicide pendant au moins 54 jours, un sacrifice. Rien ne l’empêcherait de prendre une année sabbatique, d’aller avec famille et bagages s’installer à Denver, à Genève, n’importe où et laisser les commandes de la Chambre à Farid Makari, dût-il se mettre à dos, momentanément, la communauté chiite. Le problème, c’est que, sans un représentant de cette communauté essentielle et fondamentale à la spécificité libanaise mais sur laquelle le Hezbollah veille jour et nuit, il y aura un problème. Le sacrifice consisterait alors à convoquer les députés pour débattre du projet de tribunal, et l’adopter en s’enfermant, en se bunkérisant au Parlement. Michel Sleimane se fera un plaisir de lui y dépêcher son meilleur bataillon… De cette façon, et quel que soit le rapport de force au sein de son groupe confessionnel, lavé, libéré par le sang, somme de tous les autres, de Pierre Gemayel, Nabih Berry poserait, lui aussi, un acte fondateur majeur du Liban reborn : il ferait fusionner, lentement, très lentement, mais sûrement, et peut-être sans hémorragie, sans martyrs, sans larmes, sans blessures béantes, la quatrième communauté aux trois autres. Et, surtout, il amputerait magnifiquement ce cordon ombilical mortifère, infiniment mortifère, qui relie encore le Liban à ce régime syrien paria. Cela s’appelle une République. Bien plus sûre, plus prévenante, plus immunisante, plus cocon, plus reposante que n’importe quelle wilayat al-faqih, que toutes les armes du monde. Ziyad MAKHOUL
Quarante-septième semaine de 2006.
Elle est belle, la jurisprudence Abi Nasr. Quelles que soient les motivations qui ont poussé le membre du bloc Aoun à oser clamer tout haut ce que son chef de file se refuse encore à dire – ahurissant, incompréhensible autisme politique –, le député du Kesrouan a refusé le bla bla et posé un des actes fondateurs de ce que devrait être la praxis politique en un Liban reborn. Nehmetallah Abi Nasr n’a rien d’un zaïm ou rien d’un JFK ou rien d’un meneur d’hommes ou rien d’un harangueur de foules ou rien d’un show man ou rien d’un tribun, et pourtant, Nehmetallah Abi Nasr, du perron de Bkerké, a brisé un carcan, une doctrine, un sortilège, des barreaux... Décaptivé, parce que conscient de l’urgence, conscient de l’enjeu, l’homme ne fait plus de la politique, juste...