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Actualités - Opinion

Bonnes fêtes !

Cela n’est vraiment pas très drôle, mais on peut s’amuser à relever dans l’assez lassant discours de quatre-vingt minutes de Hassan Nasrallah une stupéfiante et inquiétante mauvaise foi. Dire que la majorité se barricade derrière la communauté sunnite et fait croire que la confrontation politique actuelle est une guerre sunnito-chiite revient à suggérer que cette majorité travaille pour une nouvelle guerre civile – une suggestion éminemment dangereuse. Le fait est que les sunnites, amputés de Rafic Hariri, ne peuvent pas comprendre, et cela est on ne peut plus naturel, que quiconque ait besoin d’étudier en profondeur un avant-projet sur lequel ont travaillé deux personnes à qui même le plus machiavélique des manipulateurs ne pourrait faire le moindre reproche professionnel : Ralph Riachi et Chucri Sader. Aurait-on assassiné Hassan Nasrallah que la communauté chiite aurait réagi de la même façon – on ne peut plus naturelle. Et rien n’empêchait le Hezb de plancher 48 heures sur un projet qu’il connaissait déjà dans ses principales lignes, de l’adopter en Conseil des ministres, puis de démissionner. Autre exemple : dire que la majorité peut renverser n’importe quel gouvernement parce qu’elle dispose de la majorité au Parlement équivaut à se moquer du monde et à bien méconnaître Nabih Berry, capable de passer trois ans sans convoquer les députés à une séance plénière. Dire aussi que le Hezb est prêt à renoncer au gouvernement si le CPL, entre autres forces nationales, y est représenté, c’est faire preuve d’une abnégation et d’un sens du sacrifice pour le moins surprenants. Enfin, le comme je vous ai toujours promis la victoire, je vous en fais de nouveau le serment se retrouve immédiatement revêtu de résonances pas très agréables : si la victoire politique (gouvernement d’union nationale ou législatives anticipées ou allez savoir quoi) va ressembler à la divine victoire du mois d’août, avec ses milliers de morts et de blessés, ses hallucinantes destructions, sa paralysie du Liban et des centaines de milliers d’exilés, effectivement, ça promet… On préférera donc s’arrêter sur les (rares) notes sympathiques de ce discours, sur les quatre lignes rouges imposées par Hassan Nasrallah : on ne touche pas à la stabilité et à la paix civile, on évite la confrontation avec l’armée et les FSI, ainsi que les dissensions confessionnelles. C’est rassurant, puisque l’on sait que le patron du Hezb est un bon Libanais soucieux du bien-être de ses compatriotes… Qu’il aille donc jusqu’au bout de sa logique, le Liban n’est ni la Syrie ni l’Iran : il peut manifester démocratiquement et pacifiquement tant qu’il le souhaite, faire dormir un million de Libanais dans des tentes sur des places, faire démissionner directeurs généraux et députés (l’article 34 de la Constitution est clair : La Chambre ne peut valablement se constituer que par la présence de la majorité des membres qui la composent légalement), etc. Qu’il aille donc jusqu’au bout de sa logique, sachant que Fouad Siniora n’est pas Omar Karamé, et que le gouvernement Siniora représente la première réelle volonté populaire depuis des décennies : la loi 2000 était inique pour tout le monde et tout le monde a voté librement – le scrutin ayant été surveillé par des organisations internationales. Le seul problème, l’histoire le prouve chaque année, c’est qu’un mouvement populaire ne réussit à changer les choses que si sa cause est juste. Quelle cause défend donc le Hezbollah ? Aucune décision, aucune à part celle du tribunal international, n’a été prise en Conseil des ministres sans son assentiment. Il veut un scrutin anticipé parce qu’il regrette son alliance avec la majorité dans les cazas de Baabda et de Aley ? Parfait. Qu’il accepte donc, avant, une élection présidentielle hypernaturelle et particulièrement urgente. Le seul à pouvoir légitimement prétendre à une cause juste, à condition que tout le monde accepte le principe d’un gouvernement d’union nationale et abandonne l’idée majeure qu’une majorité gouverne et qu’une opposition s’oppose, c’est Michel Aoun. Sauf que son alliance définitive avec un Hezbollah décrédibilise de facto cette revendication : il est tout à fait normal, ne serait-ce que psychologiquement, que Michel Aoun s’oppose à la majorité, et il aurait été bien plus conséquent avec lui-même si, pour cela, il n’avait pas pris ce chemin de traverse, toujours bourbeux, qui veut que les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Michel Aoun aurait forcé le respect de tous en faisant confiance à l’avant-projet de tribunal les yeux fermés, en restant intransigeant par rapport à la majorité, mais en ne cautionnant pas les desseins aussi incompréhensibles qu’inacceptables du Hezb. Mais il a choisi d’aller jusqu’au bout, lui aussi, de sa logique, et de refuser toutes les propositions qui lui ont été faites selon ses désirs. La majorité, également, semble déterminée à foncer. Parfait. Voilà le seul point sur lequel tout le monde est d’accord : ne pas céder. Quoi de plus sympa, donc, de jouer à dynamiter, après la saison estivale, la période des fêtes… C’est effectivement très sympa. Ziyad MAKHOUL
Cela n’est vraiment pas très drôle, mais on peut s’amuser à relever dans l’assez lassant discours de quatre-vingt minutes de Hassan Nasrallah une stupéfiante et inquiétante mauvaise foi. Dire que la majorité se barricade derrière la communauté sunnite et fait croire que la confrontation politique actuelle est une guerre sunnito-chiite revient à suggérer que cette majorité travaille pour une nouvelle guerre civile – une suggestion éminemment dangereuse. Le fait est que les sunnites, amputés de Rafic Hariri, ne peuvent pas comprendre, et cela est on ne peut plus naturel, que quiconque ait besoin d’étudier en profondeur un avant-projet sur lequel ont travaillé deux personnes à qui même le plus machiavélique des manipulateurs ne pourrait faire le moindre reproche professionnel : Ralph Riachi et Chucri Sader....