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Actualités - Opinion

Le marathon des juges

Un grand moment pour la dignité nationale, un fantastique bond en avant pour la légitime quête de vérité, une cinglante riposte au terrorisme, que ce vote intervenu lundi, à l’unanimité des présents, en Conseil des ministres et par lequel celui-ci entérinait l’avant-projet du tribunal spécial pour le Liban ; mais aussi un tournant capital, un passage dangereux pour le système politique libanais qui, en dépit des crises, des guerres et des remodelages constitutionnels, cherche encore son point d’équilibre, sa vitesse de croisière, le cheminement tranquille des peuples heureux qui n’ont pas d’histoire(s). Ce n’est pas le tribunal international qui est en cause, entend-on dire avec insistance du côté de l’opposition, mais seulement la procédure, pour ne pas dire le procédé. C’est bien le moins qui pouvait être dit. Nulle force locale, en effet, ne trouverait l’outrance de s’opposer de front, et sur le fond, au jugement des assassins ainsi que de leurs commanditaires sans s’attirer un énorme discrédit politique et moral. Et à y regarder de plus près, voilà bien une police d’assurances valable pour tous. Car il ne s’agit pas seulement de châtier les auteurs du terrible attentat du 14 mars 2005 et de tous ceux qui l’ont précédé ou suivi. Un tel précédent serait surtout un puissant facteur de dissuasion, pourrait décourager les planificateurs des crimes à venir. Et n’est-ce pas tout bénéfice pour l’ensemble des acteurs, toutes tendances confondues, qui s’agitent sur une scène libanaise où l’action politique ne va pas hélas sans risques ? Ce n’est pas sans s’exposer à une fort prévisible tempête, d’ailleurs, que le chef du gouvernement est résolument allé de l’avant, convoquant le Conseil des ministres alors que le président de la République s’y opposait et expédiant sans coup férir, malgré la cascade de démissions, la question du tribunal. Pourquoi cette célérité ? Sans doute parce qu’une sorte de course contre le calendrier s’est emparée de toutes les parties au conflit. À tort ou à raison, la Syrie, passée spécialiste dans l’art de gagner du temps (en le faisant perdre aux autres) croit affronter aujourd’hui un contexte international nettement plus favorable que celui des dernières années et, dès lors, avance ses pions. La victoire démocrate aux élections législatives de mi-mandat aux États-Unis et les recommandations prêtées au groupe d’études sur l’Irak coprésidé par l’ancien secrétaire d’État James Baker concourent à souligner l’utilité d’un dialogue avec Téhéran et Damas même si Bush se fait encore tirer l’oreille. Tony Blair, qui quittera bientôt ses fonctions, multiplie les ouvertures en direction de ces deux capitales, fait même du zèle, ce qui oblige Londres et Washington à publier mise au point sur mise au point. Et même si l’attachement historique de la France au Liban transcende les régimes et les partis, Damas (tout comme Émile Lahoud) ont tout lieu de se féliciter du prochain départ d’un Jacques Chirac, dont ils attribuent à des amitiés personnelles sa vibrante passion pour notre pays. C’est au milieu de tout ce remue-ménage que montent inévitablement les enchères politiques, Hassan Nasrallah promettant pour bientôt à ses fidèles un gouvernement propre et Siniora dénonçant hier même la tyrannie de la minorité. Mais c’est surtout l’imbroglio constitutionnel qui vient d’atteindre des proportions inédites, avec la communication adressée par Lahoud à Kofi Annan et déclarant la nullité du document gouvernemental de lundi. Non point, bien sûr, que le secrétaire général des Nations unies se le tiendra pour dit et que ce sera là la fin de l’affaire. Mais à moins de progrès rapides et substantiels dans la concertation nationale en panne, on imagine aisément la cacophonie institutionnelle qui pourrait accueillir le retour de courrier onusien : querelle dont l’ONU avertit, d’ores et déjà, qu’il ne lui appartient en aucun cas d’arbitrer ; querelle augurant de dysfonctionnements futurs non moins graves, de putsches et contre-putsches constitutionnels si les Libanais ne se décident pas à accorder leurs tonitruants violons. S’ils ne s’entendent pas à la fin sur une même lecture de ce véritable fourre-tout qu’est la bible de Taëf. Issa GORAIEB
Un grand moment pour la dignité nationale, un fantastique bond en avant pour la légitime quête de vérité, une cinglante riposte au terrorisme, que ce vote intervenu lundi, à l’unanimité des présents, en Conseil des ministres et par lequel celui-ci entérinait l’avant-projet du tribunal spécial pour le Liban ; mais aussi un tournant capital, un passage dangereux pour le système politique libanais qui, en dépit des crises, des guerres et des remodelages constitutionnels, cherche encore son point d’équilibre, sa vitesse de croisière, le cheminement tranquille des peuples heureux qui n’ont pas d’histoire(s).
Ce n’est pas le tribunal international qui est en cause, entend-on dire avec insistance du côté de l’opposition, mais seulement la procédure, pour ne pas dire le procédé. C’est bien le moins qui pouvait...