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Actualités - Opinion

L’Annan d’or

Il faut bien qu’une majorité gouverne ; qu’une minorité fasse de l’opposition. Nabih Berry Aucun soupçon, aucune tache, aucun trouble, aucune ambiguïté n’auraient accompagné la démission du collectif chiite (le dédit de l’hyperlahoudien Sarraf est tellement énorme qu’il ne compte pas) si celle-ci avait été présentée après l’adoption, historique il est vrai, de l’avant-projet du tribunal international. Elle aurait été politique, et donc, aussi acceptables, contestables ou pas qu’aient pu être ses raisons, de bonne guerre. Le Hezbollah (et Amal), qui ne pensaient pas que la majorité tiendrait bon, se retrouvent pour le moins embarrassés : leur cause, qu’on y adhère ou pas, aurait été tellement plus juste s’ils avaient entériné cet avant-projet, contribué à ce que vérité et justice se fassent ; maintenant, qu’ils retournent ou pas au gouvernement, il y aura toujours ce doute objectif, des gens qui diront qu’ils se sont retirés seulement à cause du tribunal… Maintenant, le Hezbollah (et Amal) attendent : soit pour entamer la très délétère épreuve des rues, soit, et c’est ce qu’espère la majorité des Libanais, pour profiter de l’un de ces fameux makhraj, cette mise en scène éminemment libanaise qui fait que les apparences restent préservées, l’honneur sauf – Nabih Berry reviendra-t-il inspiré de Téhéran ? Quant à Michel Aoun, il a tout à fait le droit de refuser l’explication juridique, pourtant implacable, de Khaled Kabbani sur la constitutionnalité et la légitimité du gouvernement et du Conseil des ministres en l’absence des six ministres : la Loi fondamentale libanaise est tellement bancale que deux interprétations totalement antinomiques de son esprit et de sa lettre peuvent coexister en toute harmonie. Sauf que l’ancien Premier ministre devrait juste ne pas oublier qu’en 1989, lorsque les ministres musulmans qu’il avait nommés au sein de son gouvernement avaient démissionné, il n’avait pas du tout estimé que son cabinet était illégitime et anticonstitutionnel. Bref… Partant du principe que tribunal international, la 1701 et Paris III sont non négociables dans leurs principes, leur existence même, mais qu’on peut débattre pendant des semaines de leurs détails, de leurs statuts, de leurs mécanismes, tous les efforts doivent désormais être axés sur le recollage des morceaux, sur l’arrêt de l’hémorragie, sur l’élection d’un président de la République, la formation d’un gouvernement d’union nationale, le traitement de la crise économique, etc. Parce que, désormais, le tribunal est entre les bonnes mains d’un homme qui sait que sa carrière finit en décembre, dans un peu plus d’un mois, et qu’il serait fort bien qu’il la termine en beauté avec ce projet-là. Parfaitement conscient que même son successeur ne pourra très probablement pas régler la question majeure qui inscrirait dans l’histoire à tout jamais n’importe quel secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan doit savoir que c’est maintenant à lui de jouer. À lui donc d’orchestrer, grâce à l’important crédit qu’il possède dans chaque grande capitale, l’adoption au plus vite de ce tribunal par le Conseil de sécurité, d’éviter toute nouvelle tergiversation russe, de presser les Cinq, pour que le projet retrouve dans les toutes prochaines petites semaines la table du Conseil des ministres. Les Libanais ont confiance en Kofi Annan. Il faudra qu’il aille vite. Émile Lahoud ne signera naturellement pas ce traité, donc cela prendra un peu plus de temps pour que le Parlement l’entérine deux fois. À condition, bien sûr, que Nabih Berry le convoque pour cela. Mais il le fera : le n° 2 de l’État, que l’on n’imagine pas autrement qu’épris de justice et de vérité, connaît trop bien les enjeux de ce traité pour céder aux injonctions de quiconque tremble déjà à l’idée de se retrouver, seul, dans le box des accusés. Ensuite, Kofi Annan devrait être fait citoyen d’honneur. Ziyad MAKHOUL
Il faut bien qu’une majorité gouverne ;
qu’une minorité fasse de l’opposition.

Nabih Berry

Aucun soupçon, aucune tache, aucun trouble, aucune ambiguïté n’auraient accompagné la démission du collectif chiite (le dédit de l’hyperlahoudien Sarraf est tellement énorme qu’il ne compte pas) si celle-ci avait été présentée après l’adoption, historique il est vrai, de l’avant-projet du tribunal international. Elle aurait été politique, et donc, aussi acceptables, contestables ou pas qu’aient pu être ses raisons, de bonne guerre. Le Hezbollah (et Amal), qui ne pensaient pas que la majorité tiendrait bon, se retrouvent pour le moins embarrassés : leur cause, qu’on y adhère ou pas, aurait été tellement plus juste s’ils avaient entériné cet avant-projet, contribué à ce que vérité et justice...