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Actualités - Opinion

PERSPECTIVES Questions cruciales cherchent réponses

Il ne s’agit plus désormais de procès d’intentions. Les faits parlent d’eux-mêmes. Comme pour convaincre ceux qui avaient encore quelques doutes, les masques sont tombés. Les atermoiements et les manœuvres dilatoires du président Émile Lahoud visant à entraver la mise en place du tribunal à caractère international et à faire de cette instance une coquille vide ne trompent plus personne. Et le Hezbollah a également dévoilé son jeu sur ce plan en retirant ses ministres du gouvernement à quarante-huit heures de la séance du Conseil des ministres consacrée à l’approbation du document fixant les prérogatives et le fonctionnement du tribunal en question. Si l’attitude du locataire de Baabda et du parti chiite était prévisible et n’a pas constitué véritablement une grande surprise, la position du général Michel Aoun ces derniers jours laisse par contre circonspect. Certes, c’est avec beaucoup de retard que l’Alliance du 14 Mars a décidé de réparer l’erreur grossière (et irresponsable) qui avait été commise lors de la formation du gouvernement de Fouad Siniora, lorsque le Courant patriotique libre avait été écarté, contre toute logique, du cabinet. Mais aujourd’hui, compte tenu de la tension extrême qui sévit dans le pays, et à la lumière des graves risques de dérapage qui en découlent, il est légitime de se demander pourquoi le général Aoun a refusé les quatre maroquins qui lui ont été proposés lors des dernières séances de concertations, place de l’Étoile. Il est plus que légitime aussi de s’interroger sur les véritables raisons pour lesquelles le chef du CPL s’obstine de la sorte à rester solidaire d’un parti dont les grandes décisions stratégiques sont – dans la pratique, et non pas seulement en théorie – tributaires du guide suprême de la Révolution islamique, à Téhéran. Car jusqu’à preuve du contraire, rien n’indique à cet égard que le Hezbollah a renoncé à sa doctrine de base qui dicte, depuis sa fondation, toute son action politique. Le soutien consenti ainsi à cette tête de pont iranienne est-il à ce point plus important que la cohésion des rangs chrétiens et que la sauvegarde des acquis de l’intifada de l’indépendance, dont le courant aouniste était pourtant l’un des précurseurs ? Et dans quel but est-il préférable de courir le risque de débordements sécuritaires sur la scène chrétienne plutôt que de se démarquer d’un parti dont l’objectif à peine voilé est de remettre en question ce pourquoi les étudiants du CPL ont longtemps milité sur les campus universitaires en défiant, avec beaucoup de courage, les suppôts de l’ex-tuteur syrien dont le Hezbollah se pose en défenseur depuis le 8 mars 2005 ? Entre les deux projets politiques chiites qui se manifestent (ne fut-ce que sur le plan du débat d’idées) non seulement au Liban mais également dans la région et dans le monde arabe, pourquoi faudrait-il soutenir celui qui transcende les frontières et les considérations nationales et dont la doctrine impose de faire acte d’allégeance absolue au guide suprême iranien dont les décisions sont contraignantes et sans appel ? Pour quelles raisons le général Aoun ménage-t-il, en outre, de la sorte le régime de Damas ? En juin dernier, le président Bachar el-Assad affirmait, dans une interview au quotidien al-Hayat, que le général Aoun « défendait la Syrie ». Pressé de commenter ces propos, le chef du CPL soulignait, dans une déclaration à L’Orient-Le Jour, qu’il « ne défend pas le régime syrien » mais qu’il « ne l’attaque pas non plus » (L’Orient-Le Jour du 26 juin 2006). Pourquoi une telle complaisance, alors que Damas n’a à aucun moment cessé, et poursuit jusqu’à ce jour, ses tentatives de déstabilisation du pays du Cèdre ? L’objectif déclaré du CPL était d’être associé au gouvernement afin, à juste titre, de rectifier le tir au niveau de l’exercice du pouvoir. Pourquoi, dans ce cas, avoir refusé la dernière proposition de partenariat de l’Alliance du 14 Mars ? Le général Aoun insiste sur la minorité de bocage. Pourquoi ne conçoit-il cette minorité de blocage qu’avec le tandem Hezbollah-Amal qui a pour but, manifestement, de réintroduire le Liban dans le giron de l’axe irano-syrien, au risque de compromettre le soutien international sans précédent dont bénéficie actuellement le Liban ? Le chef du CPL s’élève contre les velléités hégémoniques de certaines fractions internes. Soit… Mais le Hezbollah ne s’est-il pas rendu coupable de comportement hégémonique en imposant au pays, sans consulter personne, une guerre injustifiée, que nul ne désirait, et qui a fait plus d’un millier de morts, qui a détruit des dizaines de milliers d’habitations, qui a ruiné des milliers de familles et des centaines d’entreprises, qui a compromis les efforts de redressement et de développement économiques, qui a détruit une partie de l’infrastructure et qui, surtout, surtout, a sapé la confiance des jeunes en l’avenir du pays, poussant des dizaines de milliers d’entre eux à prendre le chemin de l’émigration ? Les innombrables et incalculables répercussions de l’aventurisme guerrier du parti chiite et sa détermination à imposer à l’ensemble des Libanais sa règle de jeu milicienne ne sont-elles pas beaucoup plus graves et plus lourdes de conséquences pour le devenir du pays que les erreurs de parcours et les débordements de l’équipe ministérielle de Fouad Siniora ? En quoi faire, objectivement, le jeu de l’axe Téhéran-Damas est-il plus profitable au pays et aux fondements du pluralisme libanais que le soutien de la communauté internationale et la préservation de tout ce qui a été réalisé à la faveur de la révolution du Cèdre ? Autant de questions cruciales qu’il n’est plus tolérable de laisser sans réponses. Par respect pour la population. Par respect pour ses électeurs. Les Libanais ont le droit de comprendre. Surtout lorsque c’est leur sort qui est en jeu et lorsque des choix contraires à la logique de l’histoire et aux aspirations de l’opinion publique sont faits en leur nom. Le panurgisme racoleur ne fait pas partie, ne doit pas faire partie, des traditions du peuple libanais, quels que soient les leaders concernés. Il y va de la sauvegarde des spécificités, et de la raison d’être, du pays du Cèdre. Michel TOUMA
Il ne s’agit plus désormais de procès d’intentions. Les faits parlent d’eux-mêmes. Comme pour convaincre ceux qui avaient encore quelques doutes, les masques sont tombés. Les atermoiements et les manœuvres dilatoires du président Émile Lahoud visant à entraver la mise en place du tribunal à caractère international et à faire de cette instance une coquille vide ne trompent plus personne. Et le Hezbollah a également dévoilé son jeu sur ce plan en retirant ses ministres du gouvernement à quarante-huit heures de la séance du Conseil des ministres consacrée à l’approbation du document fixant les prérogatives et le fonctionnement du tribunal en question.
Si l’attitude du locataire de Baabda et du parti chiite était prévisible et n’a pas constitué véritablement une grande surprise, la position du général...