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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Sourdines

Ce n’est pas encore l’éclaircie, à la concertation entamée lundi sous la diligente férule du président de l’Assemblée Nabih Berry. Mais il y a incontestablement de la modération dans l’air. Et ma foi, c’est toujours cela de pris sur l’ennemi : c’est-à-dire sur cette impasse chargée de tous les dangers devenue, hélas, un trait caractéristique de la démocratie consensuelle qui régit précairement notre pays. Les uns ont mis une sourdine à leur menace de recourir à la rue pour obtenir – même dans la plus évidente des expressions de désunion – un gouvernement d’union nationale. Et les autres doivent bien constater en ce moment, même s’ils ne l’admettent pas haut et clair comme Walid Joumblatt (ou encore le roi Abdallah de Jordanie) que la guerre de l’été dernier a renforcé les radicaux et mis sur la défensive, sinon en position de faiblesse, les modérés de la région comme du Liban. Ce renversement de tendance pourrait d’ailleurs trouver un lointain écho dans les résultats des élections américaines d’hier, s’ils devaient condamner George W. Bush à une difficile cohabitation avec ses adversaires démocrates. Toujours est-il que cette modération nouvelle, c’est Nabih Berry lui-même qui en déploie la version la plus visible, mais aussi la plus subtile. Car le chef du Législatif réussit le tour de force de se placer au-dessus de toutes les parties – un rôle constitutionnellement dévolu au président de la République – tout en demeurant un des principaux piliers de l’opposition. Renverser le gouvernement, renvoyer chez lui Fouad Siniora qu’il a efficacement épaulé d’ailleurs tout au long de la tourmente de l’été ? Bien sûr que non ! Pas question non plus de s’encombrer d’un nouveau programme gouvernemental ou d’un quelconque débat de confiance parlementaire. Ce que Berry demande seulement – mais avec la plus grande fermeté – c’est un remaniement de l’actuelle équipe qui accorderait à l’opposition un bon tiers (plus précisément un tiers plus un) des portefeuilles ministériels : minorité plus que substantielle, et dont le président de l’Assemblée assure avec bonhomie qu’elle ne saurait être de blocage mais de simple, de bénéfique, de constructive participation. On veut bien le croire. Mais qui saurait garantir le bon usage de ce droit à l’association qui est rigoureusement, aussi, un pouvoir de veto ? Et l’impasse ne serait-elle pas mille fois plus périlleuse, le vide plus effrayant si le futur gouvernement implosait face à des questions aussi brûlantes, par exemple, que celle du tribunal international appelé à juger les auteurs des attentats terroristes et leurs commanditaires, aussi haut placés puissent-ils être ? C’est dire (et cette lapalissade n’est jamais qu’un nouvel aléa de la démocratie consensuelle) qu’un accord sur le gouvernement requiert au préalable une série d’accords sur les dossiers sensibles auxquels va être inévitablement confronté ce gouvernement : ignorer cette évidence, mettre la charrue devant les bœufs, c’est aller à la catastrophe. Ce ne sera pas facile d’y arriver en quelques jours, et c’est là une mauvaise nouvelle pour les commerces et centres d’affaires du centre-ville de Beyrouth transformés en camp retranché, comme pour les nombreux citoyens livrés aux embouteillages monstres et qui souhaiteraient bien que les congressistes aillent se produire ailleurs, un ailleurs moins central. Quant à la trêve médiatique convenue lundi, elle ne doit pas trop faire illusion. Ce n’est pas la première fois en effet que les chefs politiques enterrent la hache de guerre, et les bonnes résolutions ne durent habituellement qu’un temps. Détail, presque tous ces dirigeants possèdent ou contrôlent ouvertement des médias aux puissants moyens et voués à leur service exclusif, la télévision étatique faisant figure de parent pauvre. Forcément, c’est de la propagande, pas de l’information, qui est le plus souvent pratiquée ; et même si les patrons se taisent, émissions à thème, clips et autres artifices sont là pour entretenir la loyauté de publics partagés entre désabusement et politisation épidermique. Le politique se vend encore bien, allez. Mieux encore, les frais de production et de réalisation sont nuls, de ces interminables heures d’antenne consacrées à l’auguste pensée de l’un ou l’autre de ces personnages historiques. Voilà bien, tout compte fait, les moins chers des acteurs. Issa GORAIEB

Ce n’est pas encore l’éclaircie, à la concertation entamée lundi sous la diligente férule du président de l’Assemblée Nabih Berry. Mais il y a incontestablement de la modération dans l’air. Et ma foi, c’est toujours cela de pris sur l’ennemi : c’est-à-dire sur cette impasse chargée de tous les dangers devenue, hélas, un trait caractéristique de la démocratie consensuelle qui régit précairement notre pays.
Les uns ont mis une sourdine à leur menace de recourir à la rue pour obtenir – même dans la plus évidente des expressions de désunion – un gouvernement d’union nationale. Et les autres doivent bien constater en ce moment, même s’ils ne l’admettent pas haut et clair comme Walid Joumblatt (ou encore le roi Abdallah de Jordanie) que la guerre de l’été dernier a renforcé les radicaux et...