Les Français étaient tombés sous le charme d’un général. Il dégageait « un charme et une puissance de ses yeux derrière lesquels il ne se passait peut-être rien », affirmait le journaliste Mirbeau.
Le général Boulanger, nouveau ministre français de la Guerre, ancienne appellation de ministre de la Défense, tailladait un régime français en déclin. Le président Grévy, malmené par les diatribes « boulangères », et terni par les processions « poudre aux yeux » du général comptait ses jours. Tel un astre coruscant dans la maussade période de l’après-guerre germano-française, Boulanger pavoisait en rédempteur stimulant les instincts conquérants des hommes et libidinaux des femmes.
Dopé par son parrain Clemenceau, de la gauche radicale, et pris de frénésie élyséenne, Boulanger redora le blason des militaires et, secteur très porteur auprès de la populace, raya des cadres de l’armée en ordonnant l’expulsion des chefs de famille ayant régné sur la France. Il alla jusqu’à renier et exiler le duc d’Aumale, son protecteur. Cette maladresse, qui lui valut une mise anticipée à la retraite, catalysa sa popularité. À chaque coin de rue se déchaînaient des scènes d’hystérie collective. Tout objet s’ornait à son effigie, tant et si bien que le général, surnommé « Revanche », qui promettait l’ordre dans la liberté, remporta élections sur élections grâce à l’appui des conservateurs, bonapartistes et même monarchistes, lui le réformateur forcené. Ces succès répétitifs lui attira foule et décupla les sympathisants. Les femmes se pâmaient et le quotidien Le Figaro soulignait que le « parfum d’œillets rouges leur montait à la tête ». L’Élysée n’était qu’à quelques encablures. Le général Boulanger au sommet de sa carrière politique devait sublimer son parcours en investissant le palais présidentiel. Les Français n’attendaient que le jour J.
Le général Boulanger n’a jamais marché sur l’Élysée, au grand dam de ses partisans, M. Revanche a été manipulé par sa maîtresse Mme de Bonnemain. Il avait perdu un précieux temps et laissa une large marge de manœuvre au gouvernement pour prendre des mesures adéquates contre lui. Sauf que M. Boulanger avait déjà fui le territoire français pour la Belgique et se prélassait dans les bras de sa dulcinée pendant que sa ligue se démembrait dans l’Hexagone.
En 1890, le général Boulanger se donna la mort sur la tombe de sa maîtresse décédée quelque temps avant lui. L’épiphénomène Boulanger n’avait duré que trois ans.
Dr Joseph MANTOURA
Dr Fayez ABILLAMA
Les Français étaient tombés sous le charme d’un général. Il dégageait « un charme et une puissance de ses yeux derrière lesquels il ne se passait peut-être rien », affirmait le journaliste Mirbeau.
Le général Boulanger, nouveau ministre français de la Guerre, ancienne appellation de ministre de la Défense, tailladait un régime français en déclin. Le président Grévy, malmené par les diatribes « boulangères », et terni par les processions « poudre aux yeux » du général comptait ses jours. Tel un astre coruscant dans la maussade période de l’après-guerre germano-française, Boulanger pavoisait en rédempteur stimulant les instincts conquérants des hommes et libidinaux des femmes.
Dopé par son parrain Clemenceau, de la gauche radicale, et pris de frénésie élyséenne, Boulanger redora le blason des...
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