Vérité sélective
Depuis l’assassinat de Rafic Hariri, nous entendons tout le monde réclamer la vérité sur ce crime odieux. C’est juste et salutaire. Par contre, je n’ai jamais entendu quelqu’un réclamer la vérité sur le meurtre aussi ignoble de Béchir Gemayel, dont l’assassin – connu et condamné, relâché de force par l’armée syrienne de la prison de Roumié – court encore. De même pour les assassinats du mufti Khaled, de Rachid Karamé et de René Moawad, sans citer les autres martyrs qui ont suivi et dont, jusqu’à aujourd’hui, les auteurs restent impunis.
En tant que citoyen libanais, je voudrais aussi savoir la vérité sur les quarante milliards de dollars de dettes publiques.
La vérité sur les vols et rackets à chaque adjudication de l’État.
La vérité sur le non-retour des déplacés de la Montagne à leurs villages après 22 ans d’exil.
La vérité sur l’absence d’une politique de santé pour toute une population démunie et qui n’arrive plus à se faire traiter faute de moyens financiers.
La vérité sur l’inégalité des impôts payés uniquement par certains contribuables, les nantis trouvant toujours un moyen pour s’y soustraire.
La vérité sur le fait de devoir payer deux factures d’électricité (EDL et générateur de quartier) seize ans après l’instauration de la paix. L’achat de citernes d’eau pour nos logements.
La vérité sur les raisons pour lesquelles l’État est incapable de régler le problème de la circulation et d’empêcher la transformation de nos routes en rivières dès les premières pluies.
Malheureusement, la seule vérité prouvée et admise par tout le monde est que le Liban n’a jamais été un État de droit, mais une firme ou mieux encore une société anonyme à responsabilité non limitée, appartenant à quelques privilégiés.
Dr Edouard ABBOUD
Novembre dans notre histoire
Le mois de novembre dans notre histoire est incontestablement le mois des grandes réformes économiques mais qui n’ont jamais pu être appliquées que partiellement à cause des dissensions politiques. Ainsi, chaque 15 ans, au lieu de cueillir les fruits du progrès, on régresse.
Une route carrossable de 8 mètres reliant Saïda à Zahlé fut inaugurée en 1927. La suppression de la dîme et l’augmentation des salaires seront appliquées en 1936. Enfin, le 26 novembre 1941 le général Catroux proclamera l’indépendance du Liban. Et aussitôt, les jaloux de commencer à s’agiter. De 1941 à 1956, tantôt il faut s’opposer aux projets de la Grande Syrie, comme en 1946, et tantôt, comme en 1949, on est confronté à une opposition farouche qui œuvrera à semer la discorde face à un redressement économique remarquable suivi malheureusement par la découverte d’explosifs en 1956 à Beyrouth. La période comprise entre 1956 et 1971 constituera le prélude d’une guerre civile. On assistera à une fermeture des souks en 1960 et une grève des enseignants en 1963. En outre, les gouvernements successifs ne réussiront pas à calmer la colère des salariés malgré le relèvement du salaire minimum de 145 LL à 160 LL en 1966. De 1971 à 1986, ce sera le chaos. La guerre sera déclarée contre la presse avec l’attentat du 15 novembre 1972 contre L’Orient-Le Jour. Avec la guerre des quinze ans, on ne verra que du rouge... et des casques de toutes les couleurs : verts pour les Syriens, et bleus pour les Casques de la même couleur. De 1986 à 2001, les assassinats et les jugements continueront. Le président Moawad sera assassiné une quinzaine de jours après son élection, en1989. M. Rafic Hariri formera son gouvernement en 1992, mais refusera de le faire en 1998. Geagea sera jugé en 1994. Enfin, le 23 novembre 2002, un nouveau espoir naît. Avec Paris II, la communauté internationale nous promettra quatre milliards de dollars. Et cette année encore, avec Paris III, les promesses de milliards ne cessent de pleuvoir...
Antoine SABBAGHA
Le glas sonne
Beaucoup de pertes depuis le 14 février 2005, certains gains aussi. Entre espoir et désespoir, je bascule comme citoyenne, désorientée et dégoûtée par les multiples événements surprenants ou prévisibles affectant mon pays et par les différentes positions et comportements de nombre de nos figures politiques. Le plus dur à digérer et le plus difficile à accepter, c’est, pour moi, l’assassinat du bourgeon de démocratie que nous pensions avoir, qui nous était possible d’établir et que nous aurions pu gagner et consolider. Je considère ici la démocratie au sens large du terme, une démocratie propre aux idées de la société civile, au raisonnement et à la vision des citoyens. Qui est responsable de cet échec social ? Personnellement, je refuse de rejeter la totale responsabilité de cet obscurantisme sur les leaders et chefs politiques. Car pour moi, ces personnes sont avant tout humaines dans le sens d’individus qui vivent leur vie personnelle en même temps, sinon avant l’histoire du pays. Cela est tout à fait normal. L’idée de superhéros, je la laisse à Dragon Ball, à la Femme araignée, à Superman et compagnie. D’un autre côté, ce ne sont ni les Américains, ni les Français, ni les Iraniens, ni les Syriens, ni même les Israéliens qui sont responsables de tous nos maux et malheurs.
Reste le peuple, cette grande victime de l’insoutenable médiocrité où il végète. Il en est le grand coupable. Il est temps qu’il se réveille de l’état d’hypnose dans lequel il est plongé. Réveillons-nous ! Révoltons-nous ! Prenons le contrôle de notre vie, de notre avenir et de celui de nos enfants ! Soyons lucides, réfléchissons, où se trouve notre intérêt ? Dans cet engrenage politique stérile ou dans une fluidité constructive ? Il n’y a pas que du blanc ou du noir. Un blanc cassé est toujours plus clair que du jais. Pas de défaitisme ni de victimisation, agissons. Disons à nos leaders ce que nous pensons réellement. Ils doivent nous suivre et non pas l’inverse.
Roula DOUGLAS
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