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Actualités - Opinion

Au tiers de tour

Pipés ou pas, les dés sont jetés. Les masques étaient déjà tombés, mais, aujourd’hui, embusqués derrière des barrières de fortune, ils jouent leur va-tout, leur dernière carte, une affaire bien hasardeuse, un coup de dés qui pourrait entraîner le pays tout entier dans une nouvelle aventure, un lourd tribut à des équipées, des manigances insensées. « La bourse ou la vie » : dans le monde du gangstérisme, dans les bas-fonds du banditisme, le scénario est classique et les victimes savent toujours à quoi s’en tenir. Dans le monde politique, les querelles se vident d’une autre manière : le revolver n’est pas vraiment sur la tempe, mais la menace est réelle. Le chantage est subtil, nuancé, un « raffinement » qui se traduit par des « dossiers chauds », des pseudo-scandales jetés en pâture à l’opinion, par des « révélations » qui finissent presque toujours en queue de poisson, en boomerangs rapidement rangés au placard. Le chantage ne fait pas dans la dentelle, mais se veut, hypocritement, respectueux des règles démocratiques. À l’équation « la bourse ou la vie » se substitue une proposition de dialogue ainsi formulée : « Vous avez une semaine pour accepter nos conditions, passé ce délai nous vous descendrons dans la rue. » À trois mois de Paris III, c’est effectivement la bourse qu’on nous vole et les promesses d’aide au Liban qui risquent de nous passer sous le nez. À trois mois de Paris III, c’est effectivement la bourse qu’on nous vole, et c’est aussi l’avenir qu’on hypothèque, l’espérance d’une vie meilleure qu’on compromet. Mais dans la balance des intérêts des uns et des autres, dans la partie de « qui perd gagne » qui se joue à guichets fermés, tout cela ne pèse pas bien lourd. Les enjeux sont ailleurs : un tiers de blocage à assurer, une impunité à garantir, une prise d’otages à pérenniser, telles sont les priorités, c’est à ce niveau que se déroule le débat. Drôles de concertations où le menu est fixé par avance, où les plats servis sont autant de mets empoisonnés. Disons-le tout de suite : ce qui se concocte place de l’Étoile, l’ordre du jour imposé, les préconditions lancées comme autant de défis, tout cela risque fort bien de se traduire par des « one man show », des monologues en salle close où personne ne tiendra compte de l’avis des autres. Dès le départ, le timing de l’opération « gouvernement d’union nationale » paraissait incongru, suspect, parce que intervenant sur fond de polémique sur le tribunal international, polémique opportunément ravivée par un Émile Lahoud soudainement très pointilleux sur certains détails juridiques. Pourquoi donc cette insistance frénétique à arracher le tiers de blocage au risque d’ouvrir grande la porte à l’impasse politique, à la déstabilisation sécuritaire ? Les changements souhaités au niveau du gouvernement n’auraient-ils pas pu attendre la formation du tribunal international et la tenue de Paris III dont le Liban a tant besoin ? Le pays du Cèdre encore malade de la fureur israélienne, de la folle équipée des 33 jours, peut-il supporter une nouvelle descente aux enfers, une dégringolade économique, un désintérêt mondial qui le laisseraient seul face à ses vieux démons ? Pipés ou non, les dés sont jetés, disions-nous en préambule. Les réunions de concertations démarreront donc ce matin, alors que de part et d’autre les pions sont avancés et clairement fichés sur l’échiquier. Croire dans ces conditions que les discussions resteront limitées à l’ordre du jour établi par Berry (gouvernement d’union nationale et loi électorale) relèverait de la pure fiction. Tout sera inévitablement mis sur le tapis : de la stratégie défensive du Liban face à Israël, au tribunal international, en passant par l’incontournable dossier, le péché originel en quelque sorte : la présidentielle. Un gouvernement d’union nationale ? Fort bien, mais entendons-nous d’abord sur toutes ces questions : telle sera la réponse des forces du 14 Mars aux injonctions, aux conditions du Hezbollah. Et Michel Aoun dans tout cela ? Sa place, celle de son courant, dans le gouvernement d’union nationale, est naturellement acquise dans la proportion qu’implique sa réelle représentativité populaire. Mais le Général soutiendra-t-il le Hezbollah dans son exigence du tiers de blocage, ce fameux tiers dût-il compromettre ou retarder la mise en place du tribunal international, renvoyer aux calendes grecques la soumission du parti de Dieu à la seule autorité de l’État ? Beaucoup de questions, beaucoup d’interrogations et des réponses qui ne viennent de nulle part. Faut-il, une fois de plus, être à l’écoute de Damas, Téhéran, Ryad ou Washington pour déterminer la direction du vent ? Vous avez dit gouvernement d’union nationale ? Nagib AOUN
Pipés ou pas, les dés sont jetés. Les masques étaient déjà tombés, mais, aujourd’hui, embusqués derrière des barrières de fortune, ils jouent leur va-tout, leur dernière carte, une affaire bien hasardeuse, un coup de dés qui pourrait entraîner le pays tout entier dans une nouvelle aventure, un lourd tribut à des équipées, des manigances insensées.
« La bourse ou la vie » : dans le monde du gangstérisme, dans les bas-fonds du banditisme, le scénario est classique et les victimes savent toujours à quoi s’en tenir.
Dans le monde politique, les querelles se vident d’une autre manière : le revolver n’est pas vraiment sur la tempe, mais la menace est réelle. Le chantage est subtil, nuancé, un « raffinement » qui se traduit par des « dossiers chauds », des pseudo-scandales jetés en pâture à l’opinion,...