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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE La BMW noire

Quarante-quatrième semaine de 2006. Le langage est foncièrement lié au désir de domination sociale et politique ; il cherche l’ascendant. La fonction du langage est le dialogue. Et le dialogue, quoi qu’on en dise aujourd’hui, c’est la guerre – Pascal Quignard a tout compris, même si, pour certains, le dialogue devrait, en lui-même, constituer une renonciation claire et nette à l’agressivité. Mais nous n’en sommes plus là : la guerre sunnito-chiite, au Liban, a commencé. Oui : sunnito-chiite. Une guerre blanche, certes, et qui le restera sans doute, mais une guerre ; une guerre désirakisée, mais une guerre sans merci ; une guerre dont le premier, le principal enjeu n’est pas l’annihilation de l’autre, l’opération est simplement et heureusement impossible en ce pays, mais le dynamitage absolu, l’implosion définitive du tribunal international chargé de juger les assassins de Rafic Hariri. Aux côtés des chrétiens et des druzes, les sunnites et les chiites sont censés dialoguer, lundi. Ou plutôt, l’euphémisme est joli, se concerter. Encore plus joli : ils vont se concerter sur un ultimatum posé par le Hezbollah et ses alliés, CPL en tête, et qu’est-ce qu’un ultimatum sinon une déclaration de guerre, toujours blanche, retardée pour un (très) court moment. La question de la loi électorale posée sur le tapis par l’obéissant Nabih Berry n’est qu’un alibi, destiné, mais en vain, à réduire un peu l’éblouissante lumière des projecteurs braqués sur la revendication première et dernière du Hezb : le tiers de blocage dans un nouveau gouvernement, soi-disant d’union nationale. Pour, avant toute chose, empêcher la formation du tribunal Hariri. Amère ironie : personne ne s’est méfié de la vitesse avec laquelle l’unanimité s’est faite autour de cette question au cours des premières séances de l’hyperhypocrite dialogue des Quatorze. Le Liban n’avance pas, il ne régresse pas non plus ; pire : il stagne. Et comment expliquer à ceux qui ne veulent rien comprendre que quoiqu’il arrive au Liban, un tribunal verra le jour ; comment expliquer aux imbéciles heureux que la Russie ne pourra pas aller plus loin dans son très délétère jeu ; comment expliquer à tout le monde qu’un tribunal agréé par le Liban vaut mieux qu’une Cour spéciale imposée par le TPI ? Quoi qu’il en soit, ce sera une drôle de guerre, la guerre drôle. Un : la majorité cédera aux diktats du Hezb et de ses alliés et acceptera, en préservant plus ou moins les apparences – mais le mal sera fait –, l’élargissement du gouvernement Siniora avec tiers de blocage : adieu alors veaux, vaches, cochons, couvée. Deux : la majorité accepte le tiers de blocage, c’est-à-dire oublie le tribunal international et obtient en contrepartie l’élection anticipée d’un président de la République. Trois : la majorité accepte le principe de minorité de blocage mais juste après la formation du tribunal. Quatre : la majorité résiste vaillamment, accepte un changement de cabinet mais sans minorité de blocage, et oublie la présidence – dans tous les cas, cela fait si longtemps que cette présidence n’existe plus. Cinq : la majorité dit oui à un gouvernement élargi, dit non au tiers de blocage, mais trouve le bon sens pour proposer le nom d’un successeur à Émile Lahoud qui reçoive le plein agrément de Michel Aoun, lequel, naturellement, agréera avec une vitesse folle si ce nom-là est le sien. Intéressante hypothèse : dans ce cas, le Hezbollah, dont l’impact régional est immense, perdra cette dimension nationale que seul le CPL lui donne, et se retrouvera réduit à sa simple et stérile expression communautaire. Il est impératif pour le Liban, pour qu’il puisse exorciser son passé, construire son présent et blinder son avenir, que la majorité ne cède pas d’un pouce sur la question du tribunal. Parce que même un enfant de quatre ans sait qu’une minorité de blocage n’a rien de figé ; que les ministres, quelle que soit leur appartenance politique, sont loin d’être tous des moutons de Panurge, dans tous les cas certainement pas des clones : à supposer par exemple qu’une éventuelle minorité de blocage soit formée en théorie des blocs Hezbollah, Amal, CPL et Skaff, elle pourrait se transformer, au gré des dossiers, des sujets, en Hezb-PSP-CPL-FL, en Courant du futur-CPL, en Amal-FL-groupe Skaff, etc. Mais peu importe : encore une fois, qui ne risque rien n’a rien. Même si le Hezb menace des pires manifestations de rue, même si Michel Aoun promet des happenings pré-manifs en espérant que cela ne surprendra ni ne choquera personne, la majorité joue là, elle aussi, son va-tout. Et il s’avère que ce tribunal international chargé de juger les assassins de Rafic Hariri est un projet de vie, son dynamitage, que n’est absolument pas censé défendre le CPL, une culture de mort. Pour un projet de vie menacé par une culture de mort, tous les risques doivent être pris – ce serait formidable que Kofi Annan finisse sa carrière onusienne d’une façon encore plus belle, en hyperaccélérant ses démarches liées à ce tribunal… Mais il en est un, de risque à prendre, encore plus important que tous les autres, plus important même que guérir les Libanais de cette dépression (nerveuse) qui les noie, plus important que ce cher, cet inestimable tribunal : celui destiné à empêcher la dissolution pure et simple de l’État. Elle dit : Une voiture de couleur sombre fait des rondes et surveille toute la nuit (dans) mon quartier. Pendant la guerre, j’ai haï les milices, toutes les milices, parce qu’elles faisaient ce genre de travail, parce que leurs voitures patrouillaient. Aujourd’hui, quand je vois ce genre de voitures, je les salue. Je ne peux que les saluer. Il est un plan pire que tous les autres : créer un État-dhimmi. Un cache-sexe métastasé pour des dizaines de micro-États. Ils veulent créer un État-dhimmi. Pour que centuplent, à l’infini, les voitures noires aux vitres fumées. Ziyad MAKHOUL

Quarante-quatrième semaine de 2006.
Le langage est foncièrement lié au désir de domination sociale et politique ; il cherche l’ascendant. La fonction du langage est le dialogue. Et le dialogue, quoi qu’on en dise aujourd’hui, c’est la guerre – Pascal Quignard a tout compris, même si, pour certains, le dialogue devrait, en lui-même, constituer une renonciation claire et nette à l’agressivité. Mais nous n’en sommes plus là : la guerre sunnito-chiite, au Liban, a commencé. Oui : sunnito-chiite. Une guerre blanche, certes, et qui le restera sans doute, mais une guerre ; une guerre désirakisée, mais une guerre sans merci ; une guerre dont le premier, le principal enjeu n’est pas l’annihilation de l’autre, l’opération est simplement et heureusement impossible en ce pays, mais le dynamitage absolu,...