Dialogue ou concertations ? That is the question, dirait Shakespeare, mais Nabih Berry a trouvé la réponse : le dialogue, c’est pour parvenir à une solution, les concertations, c’est pour éviter le chaos. Élémentaire mister Watson et tant pis pour la langue de Voltaire !
De l’anglicisme pour entrer en matière, un clin d’œil à l’humour british pour faire passer la pilule, une bien amère pilule, mais la digression s’arrête là. La situation, en effet, ne prête guère à l’ironie, encore moins à une raillerie déplacée, hors de propos.
Le pays sombre tout entier dans la déprime, dans ce fameux « ihbat » dont les chrétiens n’ont plus l’apanage, et les politiciens de pacotille continuent à nous assommer de leurs commentaires insipides, de leurs analyses incohérentes, de leurs insultes à l’intelligence.
Au lieu de se gargariser de leurs propres paroles, des morceaux choisis qui mériteraient de figurer dans un bêtisier, au lieu de s’engluer dans leurs convictions intimes, de brandir la hache de guerre au moindre accroc, au moindre désaccord, qu’ils prennent la peine de jeter un regard sur le Liban d’en bas, qu’ils condescendent à lui tendre le bout de l’oreille.
Leurs yeux ne se dessilleront probablement pas, mais la réalité, l’évidence ne pourraient leur échapper : une colère trop longtemps contenue, une rage trop longtemps réprimée.
Le Liban d’en bas : ni aounistes, ni geageaistes, ni haririens, ni nasralliens, tout simplement des Libanais pris au piège du dédain, du mépris, les laissés-pour-compte d’une société fractionnée, prisonnière de ses idoles, de slogans à l’emporte-pièce.
Le Liban d’en bas transcende les clans et les communautés, se moque éperdument des querelles de clocher et de minaret, évite comme la peste les rassemblements à sens unique et les luttes partisanes.
Peu lui importe qu’il y ait un nouveau gouvernement ou un cabinet élargi, un président de compromis ou un président fort en gueule ; peu lui chaut que les ministres chiites piquent une grosse colère et se retirent du gouvernement ou que courbettes et salamaleks finissent par arranger les choses.
Le Liban d’en bas en a tout simplement assez ; assez de ses politiciens et de leurs magouilles, assez de ses bonzes sclérosés et de leurs intarissables ambitions. Ras-le-bol de leur perfidie et de leurs mensonges, ras-le-bol de tous ceux qui se posent en avocats attitrés de causes sans cesse renouvelées.
Le Liban d’en bas est las, fatigué des guerres imposées, des polémiques empoisonnées, du venin qui dégouline à longueur de journée de bouches déformées par des rictus de haine et de contentement de soi.
Les Libanais d’en bas veulent tout simplement vivre, mener une vie tranquille, se rendre à leur travail, à l’école, à l’université sans se poser la sempiternelle question : de quoi demain sera-t-il fait ?
Les Libanais d’en bas veulent cesser de faire la queue devant les ambassades de l’exil, veulent arrêter de faire le siège de la Sécurité sociale pour quêter des indemnités anticipées de fin de service.
Ils souhaitent voir les maisons détruites par la guerre rapidement reconstruites, ils souhaitent emprunter des routes et des ponts enfin praticables.
En résumé, en quelques mots, les Libanais d’en bas ne supportent plus d’être soumis à un chantage incessant, à la menace permanente d’un retour au chaos, à l’insécurité chronique, ils ne supportent plus d’être manipulés par des maîtres chanteurs passés professeurs agrégés dans l’art de manier la carotte et le bâton.
Dans une semaine, après un premier rendez-vous raté, le même mensonge leur sera servi : des concertations du premier ou du deuxième rang, des débats stériles, un temps gagné pour certains, un temps perdu pour d’autres. Et pour sauver la mise l’accord se fera de passer à la vitesse supérieure, des « concertations » au « dialogue ». Personne n’y comprendra rien, mais le tour aura été joué.
Un climat malsain, un fractionnement irresponsable qui déteint sur toutes les couches de la société, qui s’infiltre dans les écoles, dans les universités, qui intoxique les cœurs et les esprits, qui enveloppe la jeunesse d’une chape de plomb.
Une manipulation tous azimuts pour préparer le Liban de demain, un Liban que nos bonzes sclérosés veulent édifier à leur image.
Un théâtre d’ombres, un théâtre de marionnettes. Rideau.
Nagib AOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dialogue ou concertations ? That is the question, dirait Shakespeare, mais Nabih Berry a trouvé la réponse : le dialogue, c’est pour parvenir à une solution, les concertations, c’est pour éviter le chaos. Élémentaire mister Watson et tant pis pour la langue de Voltaire !
De l’anglicisme pour entrer en matière, un clin d’œil à l’humour british pour faire passer la pilule, une bien amère pilule, mais la digression s’arrête là. La situation, en effet, ne prête guère à l’ironie, encore moins à une raillerie déplacée, hors de propos.
Le pays sombre tout entier dans la déprime, dans ce fameux « ihbat » dont les chrétiens n’ont plus l’apanage, et les politiciens de pacotille continuent à nous assommer de leurs commentaires insipides, de leurs analyses incohérentes, de leurs insultes à...