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Actualités - Opinion

Un peuple en détresse

« La gueule du canon est moins dangereuse que la bouche des calomniateurs. » Manipuler un peuple, l’inciter à se soulever, critiquer l’autre clan, utiliser tous les moyens pour diviser le pays et effacer l’espoir qui pointe à l’horizon ; voici le nouveau langage des politiciens libanais. Tous les discours qui empêchent l’entente nationale sont à bannir. Comment surmonter la dépression, faire la sourde oreille à de telles calomnies ? Trente années de privation, de sacrifices surtout en vies humaines ont suffi aux Libanais pour qu’ils rejettent le confessionnalisme imposé par leurs politiciens. Chacun garde en mémoire sa propre guerre et la crainte de ne plus jamais y succomber. Ce qu’ils souhaitent, c’est la ferme volonté de faire prévaloir l’entente nationale, la vigilance, pour ne plus créer de nouvelles frictions, et la tolérance pour une meilleure acceptation de l’autre. Nos politiciens ont réussi dernièrement, avec leurs festivals, à décevoir le peu de Libanais qui restent dans le pays. Ils les poussent à déserter leurs propres biens, à décrocher des nationalités par-ci, par-là pour fuir cette mascarade, ces coups de théâtre, pour sauver leur intelligence ainsi que celle de leurs enfants. Ils recherchent, dans leur exode, une vie paisible et une retraite bien méritée, loin des conflagrations générales dont les signes se multiplient tous les jours. Oui, le Liban a perdu ses qualités de quiétude, d’hospitalité et de tranquillité ; il est au bord du gouffre et a besoin d’un programme de réforme et d’épuration. Les Libanais vivent au jour le jour, en se traînant sans joie ni espoir ; ils savent que les quelques jours qui passent sans problèmes sont une grâce, un don de Dieu. Les chrétiens du Liban réalisent l’ampleur de leurs divisions et l’impossibilité dans laquelle ils se trouvent de planifier leur avenir. Leurs droits sont bafoués, leur situation financière est précaire, leur avenir incertain. Ils supportent les impôts, les quittances d’électricité et d’eau (plus onéreuses que dans les autres régions) et les taxes municipales. Ils subissent les conséquences des guerres et, malgré leur gêne, ils n’ont droit à aucune indemnité. Ils affrontent incessamment de nouveaux problèmes (les ponts détruits par les raids israéliens n’ont pas encore été reconstruits, de même que les routes n’ont pas été réparées), ils s’endettent pour se suffire, ou encore se tuent pour offrir à leurs enfants le droit de vivre dignement. Ils sont à bout, personne n’est à leur écoute : leurs leaders sont occupés à prêcher la politique de demain. « Le roi Abdallah d’Arabie saoudite assurera les frais scolaires de tous les élèves des écoles publiques », nous a-t-on annoncé il y a quelque temps. Les élèves des écoles privées, des écoles catholiques n’ont-ils pas eux aussi subi les effets dévastateurs de la guerre ? Seront-ils mis à la porte si leurs parents ont du mal à s’acquitter des scolarités ? Seront-ils offensés, blessés dans leur amour-propre, renvoyés chez eux devant leurs camarades ? L’Église maronite joue le rôle de l’Église nationale, elle a toujours milité pour un Liban islamo-chrétien. Étant maronite, je me permets de faire état de mon souhait de voir le cardinal Sfeir, un prélat aimé et respecté de tous, lancer une initiative. Notre patriarche est doté d’une énergie, d’une lucidité et d’une détermination remarquables ; il pourrait exhorter les maronites à l’entente afin de sauver la place qu’ils occupaient au Liban. Il conviendrait cependant de veiller à ne pas réduire le maronitisme à la politique, pour ne pas le vider de sa spécificité de mission apostolique. Mgr Sfeir devrait être surtout à l’écoute du peuple, œuvrer à mettre fin à toutes les injustices pour enrayer l’émigration des jeunes et la baisse de natalité chez les chrétiens. Ce ne seront plus des œuvres de charité discrètes que nous recherchons, mais une aide massive, au grand jour, qui consolidera la présence de l’Église dans le pays. La création de nouvelles opportunités pour nos jeunes, de projets, de bourses, d’usines, pour embaucher le plus grand nombre de chômeurs, devront être une priorité ; des organisations caritatives, des Restaurants du cœur, des foyers pour les personnes du troisième âge, des facilités pour les parents de familles nombreuses, des réductions sérieuses de scolarité à partir du troisième enfant constitueront des mesures efficaces pour alléger le fardeau de la vie pour tous. Il faudrait surmonter à tout prix cette phase critique, sans précédent dans l’histoire contemporaine de notre pays, et aider les chrétiens à remonter la pente et à retrouver la sérénité d’antan. Les messages apostoliques de Jean-Paul II, le 1er mai 1984, adressés « à tous les évêques de l’Église catholique », prouvent que l’évolution devant conduire le pape à agir en faveur du Liban était réellement engagée. Le souverain pontife avait dit que « dans le Liban d’aujourd’hui, les chrétiens libanais sont responsables de l’espérance » et qu’ils ne doivent « jamais (être) timides quand il s’agit de défendre leurs libertés ». Il ajoutait que « l’Église tout entière est à vos côtés, solidaire de vos épreuves comme de vos aspirations ». Dans l’accomplissement de cette volonté, nous pourrons ainsi nous réjouir de notre identité et en être surtout fiers. Ce serait alors la solution radicale pour nous retenir de plein gré dans notre pays. Les maronites doivent mettre fin à leurs divisions, faire taire toutes les critiques qui les affaiblissent pour laisser libre cours à leurs talents ainsi qu’à leur générosité. Andrée SALIBI
« La gueule du canon est moins dangereuse
que la bouche des calomniateurs. »

Manipuler un peuple, l’inciter à se soulever, critiquer l’autre clan, utiliser tous les moyens pour diviser le pays et effacer l’espoir qui pointe à l’horizon ; voici le nouveau langage des politiciens libanais.
Tous les discours qui empêchent l’entente nationale sont à bannir. Comment surmonter la dépression, faire la sourde oreille à de telles calomnies ? Trente années de privation, de sacrifices surtout en vies humaines ont suffi aux Libanais pour qu’ils rejettent le confessionnalisme imposé par leurs politiciens. Chacun garde en mémoire sa propre guerre et la crainte de ne plus jamais y succomber. Ce qu’ils souhaitent, c’est la ferme volonté de faire prévaloir l’entente nationale, la vigilance, pour ne plus créer de...