Ils l’appellent « diplomatie des larmes » et en rient à gorge déployée, ils l’appellent « diplomatie des amitiés internationales » et s’en moquent éperdument. Ils sont là, tels des rapaces, à surveiller leurs faits et gestes, à les attendre au tournant, embusqués derrière des remparts de haine, un mur d’hostilité.
Ils les laissent faire, disent-ils, par condescendance, presque par charité, mais le moment venu, avertissent-ils, ils sauront les remettre à leur place, les ramener à leurs justes proportions.
Quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils disent, ils sont marqués du sceau de l’infamie dès lors qu’ils négocient, dès lors qu’ils entreprennent des navettes de capitale en capitale, de centre de décision en instance influente.
La résolution 1701, la neutralisation des dangers externes, la position musclée de la France sur les survols israéliens, tout cela, clament-ils, n’est que vétilles qui cachent l’essentiel, des paravents à des intentions hostiles.
Peu nous chaut les amitiés mondiales, les résolutions internationales, pérorent-ils, la justesse de la cause nous dispense d’appuis trop appuyés pour être honnêtes, trop unanimes pour ne pas être concertés, des appuis porteurs de projets suspects, de desseins secrets.
Une guerre apocalyptique, un sinistre inégalé, des dévastations énormes ont frappé le pays, et ils en sont encore à engager des batailles marginales, à s’empêtrer dans leurs contradictions, à élargir le fossé des divisions internes.
L’institution vitale qu’est la justice essaye de se relever, on lui met aussitôt des bâtons dans les roues ; des tentatives timides sont effectuées pour étendre l’État de droit aux régions en infraction, le spectre de conflits intercommunautaires est aussitôt brandi. Et si l’avertissement n’est pas rapidement entendu, on passe à la vitesse supérieure au moyen d’obus « Energa » habilement répartis.
Tout cela sur fond de sornettes qu’on nous serine du matin jusqu’au soir, de discours hargneux qui ne laissent place à aucune remise en question.
De commémorations en célébrations, de rassemblements en convocations à la carte, ils ne parlent pas, ils éructent, ils ne crient pas, ils vocifèrent. Un matraquage systématique, une intoxication méthodique des esprits.
Et de nouveau, une fois de plus, la menace d’une démission des ministres chiites, la menace de désordres sécuritaires, de contestation sociale à large échelle, une contestation que la CGTL, étroitement encadrée, politiquement motivée, se hâte de mettre en exergue, de traduire en actes.
Étrange, bien étrange évolution des choses, alors que le tribunal international sur l’assassinat de Rafic Hariri est en passe d’être constitué. Étrange, bien étrange évolution, alors que la Syrie, hier même en pâmoison devant la compétence de Serge Brammertz, accuse aujourd’hui « l’axe libano-franco-américain » de vouloir lui faire endosser (par l’intermédiaire donc de l’incorruptible Brammertz) la responsabilité du crime.
Qu’il s’agisse de fuites ou d’indications « fortuites », d’humeur chagrine ou de peur inavouée, le résultat est le même : une instabilité délibérément réactivée, un malaise, un découragement sans cesse accentués.
Et c’est dans cette atmosphère délétère « qu’officient » les détracteurs du gouvernement, que se démènent les pourfendeurs des « amitiés internationales » de Siniora, que se déchaînent les partisans acharnés du tiers de blocage, une porte largement ouverte à la paralysie de l’Exécutif.
Que des voix s’élèvent pour un élargissement du cabinet, c’est tout à fait naturel, que se constitue une palette plus représentative de la classe politique, c’est plus que nécessaire, mais comment ne pas se poser des questions quand on réalise que l’objectif déclaré, le but clairement affiché par le Hezbollah est de soumettre le gouvernement « d’union nationale » au chantage du tiers de blocage.
À la veille d’échéances capitales, ce serait affaiblir, discréditer l’État fort auquel tous se disent si profondément attachés, ce serait miner la route menant au tribunal international, placer des embûches sur le chemin conduisant à Paris III .
Michel Aoun a raison, mille fois raison : des déséquilibres doivent être corrigés, des injustices réparées, des tirs rectifiés. Mais cela ne peut se faire, se réaliser dans un climat empoisonné, dans un contexte de défis.
L’État fort auquel il aspire mérite mieux que les luttes de clans, de communautés qui saignent le pays et qui le vident de son essence.
Le programme quasiment présidentiel qu’il a rendu public le 15 octobre mérite mieux que les fourvoiements dans les politiques politiciennes, les égarements dans les réminiscences confessionnelles.
En un mot comme en mille : l’esprit du 14 Mars auquel il adhère et dont il a été l’âme et le précurseur mérite mieux que les dérives actuelles qui affaiblissent chaque jour un peu plus l’État fort dont il se veut le gardien, l’incontournable protecteur.
Nagib AOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ils l’appellent « diplomatie des larmes » et en rient à gorge déployée, ils l’appellent « diplomatie des amitiés internationales » et s’en moquent éperdument. Ils sont là, tels des rapaces, à surveiller leurs faits et gestes, à les attendre au tournant, embusqués derrière des remparts de haine, un mur d’hostilité.
Ils les laissent faire, disent-ils, par condescendance, presque par charité, mais le moment venu, avertissent-ils, ils sauront les remettre à leur place, les ramener à leurs justes proportions.
Quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils disent, ils sont marqués du sceau de l’infamie dès lors qu’ils négocient, dès lors qu’ils entreprennent des navettes de capitale en capitale, de centre de décision en instance influente.
La résolution 1701, la neutralisation des dangers externes, la position...