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Actualités - Opinion

Déconstructions

Tout le monde, voisins arabes et amis étrangers, se mobilise pour reconstruire le Liban ravagé par la guerre de l’été dernier. Mais les Libanais, eux, s’y attellent-ils vraiment, sachant que la réalité d’un pays ne tient pas seulement aux édifices qui le recouvrent ? Les royaumes comblés par le dieu-pétrole ont été, cette fois, admirablement prompts à la détente. Les affrontements se poursuivaient encore que l’Arabie saoudite et le Koweït accordaient des dons substantiels au Liban. Mais surtout les généreux donateurs ne se sont pas tenus pour quittes, et ont fait montre – une fois n’est pas coutume – d’un admirable sens du suivi. Preuve en est cette conférence des ministres arabes des Finances et de l’Économie qui s’est tenue hier à Beyrouth pour réaffirmer l’engagement de la Ligue à participer activement au redressement de notre pays. Des légions de touristes arabes hantant l’an prochain nos centres de villégiature seraient, bien sûr, fort bienvenues. Tout aussi souhaitables seraient des mesures favorisant les exportations de produits libanais – industriels, en particulier – vers le monde arabe. Il y a davantage à faire cependant qu’aider le Liban à rattraper une catastrophique saison touristique. Car il ne s’agit pas seulement de reconstruire les habitations, ponts et autres infrastructures détruits comme à plaisir par Israël, les dégâts se montant à plusieurs milliards de dollars. Il ne s’agit pas non plus d’étoffer, à coups de pétrodollars, le fonds d’urgence – près d’un millard de billets verts – réuni en août à la conférence de Stockholm. Par-delà la guerre hors-programme de l’été dont le Liban se serait volontiers passé, par-delà les louables plans de contingence qu’elle a inspirés, ce qui est invariablement en jeu c’est la chance offerte à notre pays d’échapper à la banqueroute : d’émerger enfin du gouffre financier où l’entraîne une dette publique résultant de la première reconstruction et qui dépassera, à la fin de cette année, la somme astronomique de 40 milliards de dollars. À maintes reprises déjà, cette chance s’est présentée sous la forme de conférences internationales de soutien économique et financier au Liban. Des réformes ont été exigées par les donateurs, l’État libanais s’est engagé à les opérer. Mais il n’a pu tenir parole, pour la simple et terrible raison qu’une moitié de cet État était à couteaux tirés avec l’autre moitié. La dernière de ces conférences devait se tenir il y a un an à New York, elle avait été reprogrammée pour Beyrouth et c’est une fois de plus à Paris qu’elle se réunira en janvier prochain : ce choix illustrant parfaitement – si besoin en était encore – la véritable passion libanaise qui habite la France. Mais cette précieuse chance, saurons-nous enfin la saisir ? L’État fragmenté est-il près de recoller ses morceaux ? Et surtout les querelles sur l’opportunité de ces réformes, notamment en matière de privatisations, risquent-elles encore de servir de paravent – un bien dérisoire et transparent paravent ! – aux luttes d’influence, à la course aux monopoles et aux commissions ? Aux yeux des donateurs étrangers, mais plus encore du citoyen libanais, il est vital que pour la première fois dans l’histoire de la République (et une fois pour toutes) puisse être retracée l’exacte destination des deniers publics, et à plus forte raison de chaque dollar, euro ou yen déboursé par affection, ou par compassion, pour notre pays. Du programme présidentiel décliné dimanche par le général Michel Aoun – et dont Fouad Siniora est allé jusqu’à affirmer qu’il pouvait résumer l’action présente de son gouvernement – c’est bien d’ailleurs la lutte contre la corruption qui fait l’unanimité parfaite des Libanais. Il reste que le mieux est l’ennemi du bien ; et parce que le temps presse, les forces politiques, dans leur ensemble, feraient bien de saisir le problème par l’autre bout. C’est-à-dire d’œuvrer en grande priorité, et loin des manœuvres et fausses promesses relevées lors du récent forum du dialogue national, à la reconstitution des attributs élémentaires de tout État : d’un État tout court, maître de ses destinées, d’un État où il n’y aurait pas d’État dans l’État, en attendant le jour béni où nous aurons droit à un État vierge de toute pourriture. D’autant plus insensés sont en effet les actuels clivages que les ennemis du dehors sont loin d’avoir désarmé. Que les menées déstabilisatrices – comme les occupations naguère – s’alimentent objectivement l’une l’autre ; qu’Israël prend prétexte des afflux d’armements à travers la frontière syro-libanaise pour violer à l’envi l’espace aérien libanais au risque, désormais, d’incidents graves avec la Finul. Reconstruire, c’est avant tout commencer par en être conscient. Issa GORAIEB
Tout le monde, voisins arabes et amis étrangers, se mobilise pour reconstruire le Liban ravagé par la guerre de l’été dernier. Mais les Libanais, eux, s’y attellent-ils vraiment, sachant que la réalité d’un pays ne tient pas seulement aux édifices qui le recouvrent ?
Les royaumes comblés par le dieu-pétrole ont été, cette fois, admirablement prompts à la détente. Les affrontements se poursuivaient encore que l’Arabie saoudite et le Koweït accordaient des dons substantiels au Liban. Mais surtout les généreux donateurs ne se sont pas tenus pour quittes, et ont fait montre – une fois n’est pas coutume – d’un admirable sens du suivi. Preuve en est cette conférence des ministres arabes des Finances et de l’Économie qui s’est tenue hier à Beyrouth pour réaffirmer l’engagement de la Ligue à participer...