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Actualités - Reportage

SPÉCIAL BANQUES

Les banques ont résisté à la crise Liquides et diversifiées, soutenues par la BDL, les banques libanaises ont relativement bien résisté à la crise. Encore une fois. Rodée aux secousses politiques, la majorité du secteur bancaire avait préparé un plan de continuité pour parer à toute éventualité. De plus, le secteur n’avait pas attendu le 12 juillet pour réduire son exposition aux risques internes. Largement développées à l’extérieur des frontières, et en forte croissance, les banques sont désormais moins vulnérables aux chocs politiques. La stratégie de stabilisation monétaire menée par la BDL depuis l’assassinat de Rafic Hariri, avec un niveau de réserves historiquement élevé, et son intervention pendant la guerre pour soutenir la livre libanaise, aidée en cela par les dépôts arabes, ont largement contribué à maintenir la confiance dans le système. Les banques n’ont donc pas été très affectées par la guerre, du moins directement. Car leurs clients, eux, notamment les entreprises, n’ont pas été épargnés. Désormais, le mot d’ordre des relations client-banquier est flexibilité. Au cas par cas, la majorité des banques s’est engagée à soutenir le secteur privé, en attendant les fonds internationaux qui seront injectés sous forme de prêts bonifiés. Aujourd’hui, le secteur veut croire à la relance économique, mais le climat politique actuel inquiète. Les banques savent que le mot-clé, synonyme d’investissement et de reprise, est la confiance. Or, celle-ci est mise à rude épreuve par l’instabilité politique qui prévaut. À cela s’ajoute le besoin de réformes qui se fait pressant à l’aube de la conférence d’aide internationale, prévue avant la fin de l’année. Concernant l’État, les banques assurent qu’elles ne remettront pas la main à la poche si ce n’est que pour financer le déficit public. Quant au secteur privé, elles sont disposées à le soutenir, mais ce dernier doit aussi pouvoir évoluer dans un environnement économique favorable. S.A. Élu meilleur gouverneur de banque centrale au monde, il affiche sa confiance dans l’avenir du pays Riad Salamé : « Un milliard de dollars sont revenus dans le pays depuis la fin des hostilités » Comment évaluez-vous la gestion financière et monétaire de la crise ? « Le Liban a démontré la solidité de son système financier à deux reprises, en 2005 suite à l’assassinat de Rafic Hariri, puis en 2006, durant l’offensive israélienne. La guerre que nous avons vécue a surpris les marchés. Toutefois, la réaction est restée modérée. La sortie de capitaux n’a pas concerné plus de 3,5 % des dépôts et la dollarisation est passée de 72 à 76 %, alors qu’en février 2005, ce taux avait atteint 80 %. « Le fait que la BDL ait maintenu un bilan fort a préservé la confiance. Dès la cessation des hostilités, nous avons assisté à une offre de devises pour acquérir des livres libanaises, et cette tendance se poursuit aujourd’hui. Aussi dès la levée du blocus, les fonds ont commencé à revenir. Sur les 2,2 milliards de dollars sortis du pays, près d’un milliard sont revenus en un mois. « La balance des paiements, qui était déficitaire de plus d’un milliard de dollars en juillet, a retrouvé un excédent de 247 millions de dollars en août. Sur les huit premiers mois, la balance cumulée est de nouveau excédentaire de 1,6 milliard de dollars. Je le répète, je pense que le pays est financièrement solide. La preuve : après deux crises successives et la nervosité des marchés observée depuis l’adoption de la résolution 1559, la confiance dans le système libanais ne fait qu’augmenter. » Dans quelle mesure l’expansion des banques libanaises leur a-t-elle permis de résister au choc ? « L’exportation des services bancaires libanais dans le monde arabe et ailleurs, depuis la circulaire de la BDL qui leur a permis de placer 50 % de leurs fonds propres à l’étranger, a joué comme une assurance face aux risques internes. Elle a permis de réduire la vulnérabilité des banques face aux secousses locales. » Quelles seront, selon vous, les répercussions de la crise sur l’économie réelle ? « La stabilité monétaire a permis de préserver la stabilité sociale et le pouvoir d’achat. Elle a donc permis de garder un environnement propice à la consommation et à l’investissement. Et ce tout en maintenant des taux d’intérêt acceptables, de moins en moins élevés avec le temps. Toutefois, la croissance prévue de 6 % cette année sera ramenée à 0 %. Et l’inflation, que nous prévoyions à 4 %, atteindra sans doute, avec la hausse des prix du transport et la rareté des marchandises pendant le blocus, près de 7 % à la fin de l’année. Globalement l’économie aura perdu près de deux milliards de dollars, les deux mois pendant lesquels la guerre a eu lieu participant en général à près d’un tiers de la production nationale. Mais je pense que la consommation est déjà relancée. Les grandes entreprises du pays ont certes accusé un manque à gagner important, mais rares sont celles qui ont vraiment subi des pertes. Aussi, le niveau de réservations de la MEA, un indicateur souvent utilisé, est très acceptable à partir de la fin du ramadan. » À votre avis, quelle forme prendra la participation du secteur bancaire à la reconstruction du pays ? « Nous sommes dans une économie de marché. Les banques vont donc chercher à maximiser les avantages tout en réduisant les risques. Je pense qu’elles chercheront avant tout à saisir les opportunités dans le secteur privé, avant d’utiliser leur excédent de trésorerie pour financer la dette. Traditionnellement, le secteur bancaire consacre un tiers de ses ressources au secteur privé, un tiers au secteur public et le tiers restant est déposé auprès de la BDL ou des correspondants. Je ne pense pas que cette structure soit modifiée. « Quant à la BDL, son ambition est d’obtenir des prêts de 500 millions de dollars, auprès des institutions internationales, telles que la Société financière internationale, la Banque européenne d’investissement, l’Agence française de développement et autres, afin de les injecter dans le secteur privé sous forme de prêts bonifiés. Avec une vélocité de l’argent au Liban équivalant à 5, ces fonds devraient générer près de deux milliards de dollars et compenser ainsi le manque à gagner subi pendant la guerre. Jamais le secteur privé n’a été directement soutenu pour se relever d’une guerre. Ce qu’il faut c’est assurer une ingénierie financière lui permettant de se refinancer pour se relancer. » Mais cette relance est-elle possible en l’absence de réformes ? « La relance sera plus importante si des réformes sont effectivement entreprises et si la conférence d’aide internationale se matérialise. Dans ce contexte, la croissance sera importante en 2007. De toute façon, la reconstruction va alimenter la croissance. Mais en l’absence de réformes, elle restera dans les normes que nous avons connues dans le passé. Toutefois, il est incontestable que l’absence de réformes constitue un élément de risque. » Justement, quels sont les risques sur les finances publiques ? « L’État libanais est solvable. Sur les 39 milliards de dollars de dettes accumulées, 27 milliards sont actuellement sur le marché. La BDL a opéré des achats de la dette en 2001 puis en 2006, elle a acheté 23 % de la dette sans créer d’inflation. De plus, Paris II a permis de remplacer des prêts du marché d’un montant d’environ deux milliards de dollars. Enfin, une partie de la dette est détenue par d’autres institutions publiques. Ce qui a permis de réduire sa vulnérabilité et de la refinancer aux taux actuels. Durant la guerre, la BDL n’a pas eu à beaucoup intervenir pour soutenir les bons du Trésor en devises, dont les rendements sont revenus à des niveaux proches de ceux d’avant-guerre. Quant aux bons du Trésor en livres libanaises, nous rencontrons une demande à chaque offre. Le marché n’anticipe pas de crise et la BDL, avec un bilan positif, continuera d’assurer les liquidités nécessaires. « La guerre a certes coûté de l’argent au Trésor, mais les aides internationales reçues sont suffisantes pour parer aux dégâts matériels et physiques. Ce qu’il faut désormais, et c’est en ce sens que les réformes sont absolument nécessaires, c’est enrayer la croissance de la dette, en maîtrisant les déficits publics. Le stock de la dette est gérable, comparé, non au PIB, mais à la masse de liquidités dans le pays. La crainte est qu’elle continue d’augmenter en raison des déficits. À en croire les scénarios établis par le Fonds monétaire international, sur les cinq ans à venir, la mise en œuvre de réformes permettrait de stabiliser la dette et de la diluer par la croissance générée. Sinon, la dette continuera à augmenter et la soutenabilité continuera de dépendre des flux de capitaux nécessaires pour l’absorber. Et si ces flux venaient à diminuer, la tension sur les finances publiques augmenterait. « Il est donc dans l’intérêt du Liban, et de ses dirigeants, de se mettre d’accord sur un programme de réformes et sur le calendrier de sa mise en œuvre. » Pensez-vous que le contexte politique actuel est favorable à la mise en œuvre de réformes, ou faudra-t-il attendre l’élection présidentielle ? « L’élection présidentielle est une date importante. Mais je pense qu’il est possible d’envisager un certain nombre de réformes avant cela, même si elles devaient être impopulaires. Je doute que la communauté internationale soit de nouveau prête à injecter des fonds qui ne serviront qu’à financer les déficits publics. À mon avis, la tendance est à la conditionalité. Depuis Paris II, quand l’État avait promis de se réformer, la BDL et le secteur bancaire ont connu un certain nombre de mutations alors que l’État n’a pris aucune initiative. Il s’agit pas que cela ne se reproduise pas. « Il faut avant tout envisager une réforme du secteur de l’énergie, l’EDL coûtant à elle seule près d’un milliard de dollars par an au Trésor et la hausse internationale des produits pétroliers n’ayant pas été répercutée sur le marché local. En outre, il faut impérativement réduire la taille du secteur public et allouer les ressources générées au désendettement. » Enfin, qu’en est-il des chantiers d’avant-guerre de la BDL ? « Les priorités de la BDL n’ont pas changé. La régionalisation et l’expansion des banques reste l’un de ses objectifs pour 2006. Tout comme l’application des critères de Bâle II. Je suis confiant que le secteur bancaire est à même d’y faire face sans que sa solvabilité ne passe sous le seuil des 10 %. Nous poursuivons, avec une assistance italienne, la mise en place d’un réseau technologique permettant de relier les banques entre elles et de les relier à la BDL. « Le développement des marchés financiers reste également en tête des priorités de la BDL et de l’État. Le projet de loi à ce sujet est actuellement en discussions au Parlement. » François Bassile, président de l’Association des banques : « Les banques veulent participer à la reconstruction à travers le secteur privé » Pour le président de l’Association des banques, François Bassile, les institutions financières du pays ont résisté aux dernières secousses, comme elles l’ont fait ces deux dernières années. Les banques ont été aidées par la bonne gestion des autorités de tutelle, souligne-t-il, mais aussi grâce à une bonne gestion personnelle, forgée par l’expérience. En effet, « depuis 1992, les banques libanaises ont cherché à avoir une plus grande liquidité. Aujourd’hui, elles bénéficient d’un taux de liquidité situé entre 50 à 55 % du total des dépôts, alors que dans les autres pays cette moyenne s’établit autour de 20 à 25 %. Dans d’autres pays, comme l’Égypte, le taux est bien en deçà de ce seuil », indique M. Bassile. Les banques ont avant tout cherché à se prémunir contre la situation politique précaire qui prévaut dans le pays depuis des décennies. Mais cette situation s’explique également par « le volume très important de dépôts qui ne trouvent pas de placements, de l’ordre de 2,6 % du PIB, bien que 20 % des dépôts soient placés dans le secteur privé et 30 % dans le secteur public », relève le président de l’association. Plutôt que de réduire les risques, les banques libanaises les diversifient pour diminuer leur vulnérabilité, puisque de nombreuses institutions ont choisi de se positionner sur des marchés régionaux non moins risqués, comme l’Irak, rappelle M. Bassile. Reste que c’est surtout « l’ingénierie financière de la Banque du Liban et sa politique, appréciée d’ailleurs par toutes les banques centrales du monde, qui ont permis au secteur bancaire de surmonter la crise à un coût moindre que l’année dernière, au lendemain de l’assassinat de Rafic Hariri », estime-t-il. Mais aujourd’hui, il est temps de s’atteler à la reconstruction. À ce propos, M. Bassile refuse de parler de situation de faillite du secteur privé, et c’est en cela qu’il avait contesté le plan présenté par les organismes économiques. « Les secteurs productifs n’ont pas de problèmes que les banques ne peuvent pas aider à résoudre. Toutes les banques sont disposées à traiter très positivement avec leurs clients qui n’étaient pas classifiés dans le passé. On ne les laissera pas tomber. Nous renforcerons la liquidité de nos partenaires, pour contribuer à relancer l’économie libanaise », affirme-t-il, avant d’ajouter : « Il ne s’agit pas toujours de mendier à l’étranger. » En réalité, le rôle des banques est d’autant plus crucial que l’État n’a pas les moyens d’indemniser tout le monde, estime M. Bassile, qui se dit prêt à renouveler toutes les dettes existantes de l’État, mais par forcément à accorder de nouveaux fonds. Les banques préfèrent désormais les acheminer vers la reconstruction à travers le secteur privé. « L’État est un mauvais gestionnaire et un mauvais commercial, miné par les tiraillements politiques, notamment par le régionalisme, le confessionnalisme et les intérêts privés », affirme M. Bassile, qui croit davantage à la force du secteur privé. « Nous sommes en revanche prêts à participer à la dérégulation du secteur public, notamment celui de l’électricité, des infrastructures et autres. » Mais le secteur privé ne peut pas se développer en l’absence d’un État, à qui il est urgemment demandé de restaurer son autorité sur l’ensemble du territoire et d’appliquer la loi à l’ensemble des citoyens. Pour M. Bassile, la reprise économique est compromise par la poursuite des tiraillements politiques, qui menacent les projets de réforme, sans quoi l’État se dirigerait vers la faillite. « Il est temps de dépasser les clivages politiques pour mettre en œuvre des réformes visant à restaurer la confiance internationale dans le Liban », estime-t-il. M. Bassile veut croire en des réformes plus courageuses que celles présentées avant la guerre, plus détaillées aussi. « Le besoin de réformes est plus urgent que jamais. Et je pense que la communauté internationale va forcer le gouvernement à plus de transparence. » À ce propos, le président de l’Association des banques plaide pour une implication du Fonds monétaire international, qui sera chargé de superviser la mise en œuvre des réformes, la priorité étant une réforme administrative. Il envisage par exemple le financement des départs des fonctionnaires surnuméraires par des prêts à taux d’intérêt bonifiés à très long terme, et le recrutement de personnel qualifié pour assurer les services de l’État. Balayant les critiques à l’encontre du FMI, parfois taxé de libéralisme à outrance, M. Bassile estime désormais que l’institution a changé. « Il y a dix ans, le FMI conseillait au Liban de libéraliser le taux de change. Aujourd’hui, il prend en compte les spécificités de l’économie libanaise et fait preuve d’une plus grande flexibilité à l’égard du Liban », conclut-il. Adnane Kassar, PDG de la Fransabank : « Il faut plus que jamais dépolitiser les enjeux économiques » Le secteur bancaire a apporté à plusieurs reprises, et au cours de toutes les guerres successives, la preuve de sa solidité, estime le PDG de la Fransabank, Adnane Kassar. Même si l’agression israélienne a provoqué des pressions sur la livre libanaise, « la politique adoptée par le gouverneur de la BDL, Riad Salamé, a opéré en soupape de sécurité, absorbant les chocs négatifs », considère M. Kassar. Elle a notamment amorti le transfert de près de deux milliards de dollars en dehors du Liban. La guerre a également occasionné des conversions de la livre en dollars d’un montant de 2,2 milliards de dollars, sans oublier la pénurie de billets de banque causée par le blocus, et le bombardement d’un certain nombre d’agences. Ainsi la Fransabank a été contrainte de fermer ses agences de Marjeyoun et Bint Jbeil, mais les clients ont continué a être servis par les agences les plus proches. Aujourd’hui encore, les banques subissent l’impact du rétrécissement de l’activité dans tous les secteurs économiques ainsi que la perte d’opportunité des investissements programmés pour l’année en cours. Toutefois, le mot d’ordre demeure « la souplesse pour permettre aux entreprises de redémarrer et recommencer à produire ». Mais les banques ont également un rôle à jouer pour attirer les capitaux et les investissements arabes et internationaux, et pour rétablir la confiance de la communauté d’affaires. Pour M. Kassar, la politique monétaire suivie depuis plusieurs années, sous l’égide de Riad Salamé, en termes de stabilisation monétaire, de souplesse des taux d’intérêt, de modernisation du secteur bancaire et de développement des marchés financiers, a prouvé son efficacité et réussi à drainer l’investissement étranger. « Ce qui a largement contribué, dès l’adoption de la résolution 1701 de l’ONU, à un renversement de la tendance, la BDL intervenant désormais pour vendre la livre et non pour la soutenir », explique le président des organismes économiques, sans oublier la solidarité et l’appui financier apporté au Liban par les pays arabes. « Cette aide a permis d’enclencher le processus de reconstruction et de poursuivre la politique monétaire. Ces manifestations d’appui financier au gouvernement ont amorti plus d’un impact négatif et ont réconforté les déposants arabes auprès des banques libanaises », souligne M. Kassar. Désormais, il faut aller plus loin et établir un sorte « de pacte d’honneur en vue de libérer l’économie du diktat des politiciens, et de l’impact négatif des tensions politiques », poursuit M.Kassar, qui regrette que la cohésion des Libanais pendant la guerre ait été remplacée par un climat politique tendu ne pouvant qu’affaiblir et décrédibiliser l’image du pays. « Il faut, plus que jamais, dépolitiser les enjeux économiques et engager des projets de privatisation et de réhabilitation des infrastructures que les banques seraient disposées à financer », affirme-t-il. Mais pour cela, il faut commencer par engager un processus global de réforme, à commencer par la lutte contre la corruption. Parallèlement, il faut optimiser l’appui international à la reconstruction. « À ce propos, je soutiens le projet, proposé à Stockholm, de création d’un fonds pour le Liban destiné à recueillir tous les montants de l’aide, dont le PDG serait nommé par le gouvernement, et dont les membres du conseil d’administration représenteraient les pays donateurs. Le contrôle de ce fonds serait assuré par deux des quatre plus grandes compagnies d’audit au monde, qui seraient chargées d’effectuer le recensement des dégâts sur le terrain. Le secteur privé doit également être représenté dans ce fonds au moins en qualité d’observateur. » Farid Raphaël, PDG de la Banque Libano-Française : « Une grande partie des transferts a atterri dans les filiales » Pour le PDG de la BLF, Farid Raphaël, si les banques ont réussi à surmonter les effets de la guerre, c’est avant tout parce qu’elles ont pris l’habitude de gérer les crises. Au lieu de s’attarder sur les mouvements de conversion et de transfert de fonds de l’ordre de 3,5 à 4 %, M. Raphaël préfère insister sur le fait que la grande majorité de clients ont conservé leurs dépôts dans la banque. Aussi une grande partie des transferts ont-ils atterri dans les filiales de la BLF, a-t-il indiqué. Ainsi, jusqu’à présent, l’impact de la guerre n’aura été que limité sur les résultats de la banque. Mais, comme le reste du secteur, M. Raphaël ne s’inquiète pas des dégâts immédiats ni matériels subis par la banque, facilement supportables, mais des pertes indirectes subies par les secteurs productifs. Les entreprises, notamment celles du secteur touristique, clientes de la BLF, ont été les premières à être touchées par la guerre. Pour ces dernières, M. Raphaël a assuré que la banque faisait preuve de « beaucoup de flexibilité ». « Nous prenons en compte leur situation en terme de modalités de remboursement des dettes, ainsi qu’au niveau des taux d’intérêt », affirme-t-il. Toutefois, pour relancer réellement l’économie libanaise, des réformes profondes s’imposent. « Les banques sont prêtes à apporter leur concours au secteur privé. En revanche, elles ne soutiendront pas le secteur public en l’absence de réformes », prévient-il. Selon lui, ces réformes, longtemps attendues par le secteur bancaire, tardent à voir le jour. Le PDG de la BLF ne cache pas son inquiétude concernant la tension politique qui prévaut dans le pays et qui menace tout projet de réformes. « Nous assistons à une joute verbale politique inacceptable, a-t-il estimé, et nous craignons que cela ne dure. » Selon lui, sans réformes structurelles, l’économie libanaise ne pourra pas surmonter cette énième crise. Et même si les éventuels donateurs octroient des montants importants, les fonds risquent d’être détournés de leur but premier, celui de relever l’économie, s’ils n’entrent pas dans le cadre d’un plan de relance global. Et pour M. Raphaël, il y a réellement urgence. « Déjà la situation économique du pays n’était pas bonne avant la guerre, souligne-t-il. C’est le moment ou jamais de profiter de l’élan de sympathie de la communauté internationale en faveur du Liban. Cette occasion risque de ne pas se reproduire. » En attendant, la BLF attend des propositions concrètes de la Banque du Liban et de l’État, concernant les mécanismes d’aides au secteur privé, excluant toutefois d’éventuelles indemnisations aux entreprises endommagées. Selon M. Raphaël, un premier contact a été établi entre la BLF et la Société financière internationale (SFI), bras droit privé de la Banque mondiale, en vue de créer un projet pour soutenir les entreprises, et plus particulièrement les PME. Freddie Baz, conseiller du PDG de la Bank Audi : « Les clients ont une perception de plus en plus évidente de la solvabilité des banques libanaises » Pour la Bank Audi, les derniers « évènements », comme se plaît à les appeler Freddie Baz, conseiller du PDG, ont certes été difficiles mais pas insurmontables, loin de là. Dès les premiers jours de la guerre, la banque a mis sur pied un comité de crise, composé des principaux dirigeants du groupe, chargé de superviser les mécanismes exceptionnels mis en place pour faire face à la crise. Des locaux sécurisés ont même été envisagés pour poursuivre les activités en toutes circonstances. Malgré la fermeture de huit agences, quatre situées dans des régions à risques et quatre endommagées par les bombardements, le mot d’ordre était de maintenir les services aux clients. La logistique a été assurée pour ne jamais interrompre les opérations, afin de ne pas envoyer un « mauvais message au marché ». Une attitude qui n’a pas été adoptée par toutes les institutions financières, déplore M. Baz, qui a désapprouvé la fermeture de la Bourse pendant la guerre et le retard pris dans sa réouverture. Toutefois, la Bank Audi a dû faire face à des transferts de près de 4 % de ses dépôts vers l’étranger. « Mais près de la moitié de ces transferts ont atterri dans les filiales de la banque », se félicite M. Baz. En effet, la politique d’expansion régionale menée par la Bank Audi depuis quelques années lui a permis d’augmenter son immunité globale au Liban et ailleurs, en diversifiant ses actifs. « Aujourd’hui, près de 90 % des actifs sont encore générés au Liban, mais dans cinq ans, cette part devrait atteindre 50 % », indique-t-il. Les marges restant plus importantes au Liban, la part des profits générés dans le pays devrait toutefois rester de l’ordre de 60 %. Cette structure permettrait de réduire le risque, d’augmenter la notation de la banque et de changer la perception du risque de la part des analystes externes, estime M Baz. Aussi, « avec des actifs représentant près de 55 % du PIB, les perspectives d’élargissement de la Bank Audi au Liban sont-elles limitées », souligne-t-il. Pour M. Baz, si les transferts de capitaux ont été contenus c’est parce que les clients ont une perception de plus en plus évidente de la solvabilité des grandes banques libanaises, notamment de la Bank Audi. « Leur solidité, en termes de croissance, d’actifs et de fonds propres est entrée dans l’inconscient collectif, réduisant leur méfiance en cas d’évènements politiques », estime-t-il. Finalement, « les évènements vont certainement amputer les résultats globaux du groupe. Des provisions ont d’ailleurs déjà été effectuées, mais cela ne va pas empêcher la banque de continuer à soutenir le secteur privé », assure M. Baz, qui réfute l’idée selon laquelle les banques libanaises ne financent pas suffisamment le secteur privé. Il rappelle que le portefeuille des crédits bancaires au secteur privé représente près de 90 % du PIB libanais, un chiffre élevé par rapport à une moyenne de 60 à 70 % dans les autres pays. Toutefois, M. Baz reconnaît une certaine concentration des crédits aux grandes entreprises, mais « cette concentration est en cohérence avec la contribution de ces entités à la formation du PIB », ajoute-t-il. Et pour que les PME, qui bénéficient aujourd’hui de près de 30 % des crédits, puissent avoir accès à plus de fonds et participer davantage à la richesse nationale, les efforts ne doivent pas uniquement provenir du secteur bancaire, estime M.Baz. Les autorités financières doivent de leur côté encourager les PME à appliquer les principes de bonne gouvernance, qui les rendraient plus éligibles aux crédits bancaires. « Plus que jamais, les banques sont disposées à soutenir le secteur privé pour relancer l’économie, plutôt que de financer l’État », affirme-t-il. Certes, le futur proche semble incertain, mais M. Baz affiche sa confiance dans l’avenir. Dans l’immédiat, au niveau qualitatif, la Bank Audi a dû réévaluer son portefeuille de crédits en fonction des derniers développements. Mais au niveau quantitatif, M. Baz craint que les crédits dans la durée ne soient affectés par le climat économique morose. « La perception de l’économie libanaise est aujourd’hui neutre-négative. La première étape consiste à passer au neutre, puis au neutre-positif », dit-il. À cette fin, les réformes sont incontournables à terme. « Mais pour la première fois, indique-t-il, il y a une réelle volonté internationale d’aider le Liban, sous l’impulsion de la France et indépendamment du contexte politique. La communauté internationale a pris conscience du contexte politique actuel et de l’impossibilité de faire adopter dans l’immédiat un plan de réforme global. » Selon lui, la priorité est d’abord de mettre en place un mécanisme transparent des dépenses publiques pour éviter le gaspillage et la corruption dans la gestion des fonds qui seront octroyés à la conférence de Beyrouth. Ensuite, le gouvernement devra adopter des réformes progressives, qui auraient un effet de levier sur la croissance, sans être tributaires d’un programme de réforme global. Car « le moment n’est pas encore propice à l’adoption d’un programme global, les synergies requises au sein du pouvoir faisant encore défaut », conclut le conseiller du PDG. Communiqué de presse de la Banque Libano-Française La BLF présente en avant-première sa nouvelle image institutionnelle au palais de l’Unesco Près de 800 employés de la Banque Libano-Française se sont réunis au palais de l’Unesco sous le thème: « Ensemble, c’est possible », mercredi 27 septembre 2006, à l’occasion du lancement en avant-première de la nouvelle image institutionnelle de la banque. En présence de Farid Raphaël, président-directeur général, Élie Nahas, directeur général, Jamal Mansour, directeur général adjoint, Walid Raphaël, directeur général adjoint, et Raya Nahas, secrétaire générale, ainsi que de ses directeurs, cadres et employés, la Banque Libano-Française a dévoilé sa nouvelle signature : « La Banque Libano-Française, partenaire de vos ambitions », ainsi que son nouveau positionnement image. M. Raphaël a ouvert la cérémonie en évoquant les conséquences de la période trouble que le Liban vient de traverser et a insisté sur la nécessité néanmoins de toujours regarder le futur avec confiance et optimisme. M. Nahas a ensuite pris la parole pour insister sur la notion d’appartenance ainsi que sur les valeurs de la Banque Libano-Française. Il a affirmé, une fois de plus, que les « BLFiens » « ont certainement les compétences adéquates pour faire face à leurs défis ». Walid Raphaël a, quant à lui, réaffirmé la vision, la mission et le positionnement de la BLF. Il a également présenté la stratégie de la BLF et abordé la question de son développement interne et externe, la diversification de ses domaines d’activité ainsi que la distribution à travers ses différents canaux de distribution et l’expansion de son réseau. De son côté, Mme Raya Nahas a présenté les moyens, ressources et mesures mis en place depuis deux ans dans le but d’accomplir la vision et le positionnement souhaités pour la BLF. Puis Mme Rizk-Nacouz, directrice de la communication, a présenté la stratégie de communication de la Banque Libano-Française ainsi que son nouveau positionnement image et les éléments de la campagne publicitaire institutionnelle. Georges Zard Abou Jaoudé, PDG de la Lebanese Canadian Bank : « Une politique monétaire à la fois conservatrice et innovatrice a permis au secteur de conserver un taux de liquidité élevé » «Après l’assainissement du secteur bancaire et grâce à ses liquidités élevées, ce secteur a pu subvenir à ses obligations sans aucune difficulté même dans les moments les plus difficiles », relève Georges Zard Abou Jaoudé, PDG de la Lebanese Canadian Bank. Selon lui, les banques libanaises bénéficient d’une très grande confiance auprès de leurs déposants et investisseurs et surtout de la confiance de leurs correspondants à l’étranger. « Vu la situation économique qui prévaut dans le pays depuis un certain temps et qui a empiré après l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, les banques libanaises se sont tournées vers l’étranger et spécialement les pays arabes et les pays du Golfe où le volume d’affaires est plus grand. Ce qui a permis de créer des groupes bancaires solides avec des capitaux plus larges », explique-t-il. Selon lui, cette solidité est le fruit d’une politique monétaire à la fois conservatrice et innovatrice, qui a permis aux banques de conserver un taux de liquidités élevé. Le contrôle intérieur requis par la Commission de contrôle des banques, qui a maîtrisé l’emploi des procédures, et l’augmentation des capitaux bancaires dans le cadre de l’application des règles de Bâle II dans ses premières phases, figurent aussi parmi les facteurs qui ont contribué à la solidité du secteur. La politique innovatrice appliquée par la BDL, qui a créé de nouvelles ingénieries bancaires telles que les opérations de swap, ou l’émission des certificats de dépôt en dollars, ont consolidé la valeur de la livre libanaise et assuré une atmosphère sereine dans le marché monétaire libanais. « Tout cela a été réalisé dans un environnement politique instable sur le plan interne », souligne-t-il Durant la guerre, « les mesures prises par le gouvernement, la Banque centrale et l’Association des banques ont été très bénéfiques. Elles ont permis aux banques de franchir le cap de cette guerre destructrice sans trop de problèmes, ni dans les retraits de fonds ni dans la vente de la monnaie nationale, qui a gardé la valeur de son pouvoir d’achat », relève M. Abou Jaoudé. De son côté, la LCB a mis en application un plan de continuité de travail, pour continuer à opérer de façon normale dans les agences qui n’ont pas été touchées par la guerre. Une fois la crise passée, les banques demandent aujourd’hui au gouvernement « d’adopter d’urgence un plan de sauvetage bien détaillé pour relancer l’économie ». « Ce plan doit comprendre des décisions radicales, telles que l’arrêt immédiat et total des fuites de fonds dans les différentes institutions de l’État, l’élimination des administrations non productives, l’application des réformes administratives au niveau des fonctionnaires, un contrôle adéquat des dépenses, et la privatisation des institutions déficitaires », explique M. Abou Jaoudé. Mais pour obtenir un budget équilibré et des réformes productives, il est nécessaire d’arriver à une entente entre les Libanais autour d’une politique de réforme. « Le bon chemin à prendre pour y arriver est la reprise du dialogue national qui constituerait une bonne base pour aller de l’avant dans ces réformes. Sinon, le déficit budgétaire s’accentuera davantage, avec la hausse spectaculaire des dépenses et le coût de la reconstruction de l’infrastructure, totalement endommagée par la guerre, cela combiné à une baisse des revenus du Trésor », prévient-il Selon lui, pour sauver les finances publiques, « il est indispensable que le secteur bancaire participe à la conférence de Beyrouth, dont l’objectif principal est de franchir la prochaine étape sans problème. La participation du secteur bancaire à la conférence de Beyrouth sera conditionnée par la mise en place par l’État d’un plan de redressement économique efficace et détaillé susceptible de réduire le déficit budgétaire ». L’instabilité sécuritaire et l’absence d’un plan global de reconstruction transparent font que la décision finale des banques sur leur éventuelle participation à la conférence de Beyrouth sera prise au sein de l’Association des banques. Cependant, M. Abou Jaoudé prévient que « la réussite de cette conférence est devenue plus que nécessaire pour que l’État remonte la pente ». Sur les huit premiers mois de l’année, la tendance reste positive Légère baisse de l’activité bancaire en juillet et en août Durant les huit premiers mois de 2006, le total bilan des banques commerciales (actif/passif) a augmenté de plus de 2,4 %, pour atteindre 108603 milliards de livres libanaises fin août. Par rapport à la même période de l’année dernière, où il s’établissait à 108 603 milliards de livres, le total bilan est en hausse de 7,15 %. Toutefois, l’offensive israélienne a légèrement inversé la tendance. Au mois de juillet, le total bilan a reculé de 2,37 %. Mais, en août, la baisse a été plus modérée, de l’ordre de 1,61 %. Recul des dépôts en août Sur les huit premiers mois de l’année, le total des dépôts des banques commerciales est demeuré relativement stable, en hausse de près de 0,8 %, à 86 753 milliards fin août 2006. Par rapport à la même période de l’année dernière, les dépôts ont enregistré une croissance de 5,67 %. Mais, en août, les dépôts ont reculé de 1,59 % contre 3,56 % en juillet. Les dépôts en livres libanaises ont baissé de près de 8,8 % depuis le début de l’année, pour atteindre 21 565 milliards de livres fin août. Par rapport à la même période de l’année dernière, ils sont en baisse de 1,40 %. Sur le seul mois d’août, ils ont reculé de 2,90 %, alors qu’ils avaient chuté de 10,80 % en juillet. Les dépôts en monnaie locale représentent désormais 24,86 % du total alors qu’ils représentaient 26,64 % des dépôts en août 2005. En revanche, sur les huit premiers mois de l’année, les dépôts en devises ont connu une hausse de près de 4,5 %, pour s’établir à 43243 millions de dollars. Par rapport à fin août 2005, il s’agit d’une hausse de 8,24 %. Mais depuis l’offensive israélienne, les dépôts en devises étaient en baisse de 0,85 % en juillet puis de 1,15 % en août. D’autre part, les dépôts des banques d’affaires ont reculé de 7,73 % en août contre une hausse de 0,81% en juillet. Sur les huit premiers mois de l’année, ils se sont élevés à 2 923 milliards de livres, contre 3273 milliards un an plus tôt, soit une baisse de 10,69 %. Les crédits stables Parallèlement, durant les huit premiers mois de l’année, les crédits des banques commerciales au secteur privé ont augmenté de 3,2 % pour atteindre 25 638 milliards de livres. En variation annuelle, les crédits au secteur privé ont augmenté de 7,29 % par rapport à août 2005. Pendant la guerre, les crédits sont restés stables, en baisse de 0,06 % en août et en hausse de 0,50 % en juillet. Fin août, les crédits libellés en livres libanaises se sont établis à 4 631 milliards de livres, en hausse de 6,3 % par rapport au début de l’année et de 6,67 % par rapport à la même période de l’année dernière. En août, ils ont reculé de 0,52 %, contre une hausse de 0,84 % en juillet. Les crédits en livres libanaises représentent désormais 18,06 % du total des crédits bancaires, contre 18,17 % l’année dernière. Quant aux crédits libellés en devises étrangères, ils sont passés de 12 972 millions de dollars en août 2005 à 13 935 millions cette année, soit une hausse de 7,42 % sur un an, et de 2,5 % depuis janvier. Ils étaient stables en juillet et août (+ 0,04 %, et + 0,43 %). Concernant les crédits des banques d’affaires, ils ont renoué avec la croissance au mois d’août, avec une légère hausse de 0,40 %, contre une baisse de 5,73 % le mois précédent. Sur les huit premiers mois, les banques d’affaires ont accordé des crédits d’une valeur de 1 203 milliards de dollars, 23,41 % de plus qu’à la même période de l’année dernière. En termes de ratio, les crédits ont représenté 29,55 % du total des dépôts à la fin du mois d’août, 21,47 % des dépôts en livres libanaises et 32,23 % des dépôts en dollars. Répartition des crédits au secteur privé Sur les huit premiers mois, l’essentiel des crédits bancaires à été alloué au secteur commercial et à celui des services. Alors qu’ils représentent 19,16 % de la clientèle des banques, ils ont obtenu 42,33 % des crédits bancaires accordés au secteur privé. Le secteur du bâtiment et de la construction, qui représente 2,98 % de la clientèle, a obtenu 15,60 % des crédits. Près de 18 % des crédits ont été accordés aux particuliers, qui représentent 65,53 % des clients. Le secteur industriel, qui compte pour 4,04 % de la clientèle, a obtenu 14,10 % des crédits. Les intermédiaires financiers ont obtenu 4,36 % des crédits alors qu’ils représentent 1,13 % des clients. Et enfin le secteur agricole a obtenu 1,16 % des crédits répartis sur 1,45 % des clients. La grande majorité des crédits ont été alloués à la région de Beyrouth et sa banlieue, sachant que les clients de cette région représentent 67,30 % de la clientèle des banques. Ainsi, 81,80 % des crédits sont allés dans la capitale, 8,23 % au Mont-Liban, 3,43 % au Nord, 2,91 % au Sud et enfin 2,83 % dans la Békaa. Hausse des crédits au secteur public Depuis le début de l’année, les prêts du secteur bancaire à l’État sont en hausse de 8,3 %. Le total des prêts accordés au secteur public s’est élevé à 29 593 milliards de livres libanaises, contre 26 696 milliards à la fin de l’année dernière. Ils étaient en baisse de 1,60 % en août après une baisse de 1,62 % en juillet. Hausse de la dollarisation Suite à l’offensive israélienne, le taux de dollarisation des dépôts a augmenté de 33 points de base en août pour atteindre 75,14 %, après avoir atteint 74,81 % en juillet, contre 72,52 % au début de l’année et 73,36 % fin août 2005. Le taux de dollarisation des crédits a également augmenté de 8 points de base pour atteindre 81,94 % en août, après 81,86 % en juillet, contre 81,83 % un an plus tôt. Par ailleurs, le compte des capitaux des banques commerciales s’est établi à 8 412 milliards de livres, fin août, en hausse de 46,07 % par rapport à la même période de l’année dernière. Sur le seul mois d’août, il a augmenté de 1,12 %, après une hausse de 1,02 % en juillet. (Source : Banque du Liban) Sélim Sfeir, PDG de Bank of Beirut SAL : Le rétablissement de la confiance est tributaire de la stabilité politique «Dans les années 50 et 60, le Liban était à l’avant-garde de la région dans les domaines économique et social. Il est désolant de voir qu’aujourd’hui, il est à la traîne mondialement », déplore le PDG de la Bank of Beirut, Sélim Sfeir. Malgré cela, il estime qu’il est tout à fait naturel que les banques aient pu tirer des enseignements des événements passés survenus dans le pays. Le principal enseignement étant la nécessité de mener une politique conservatrice de gestion du risque, notamment le besoin de conserver un taux de liquidités élevé. La Bank of Beirut a entrepris depuis quelque temps déjà d’appliquer les critères internationaux de gestion de risque, notamment ceux de Bâle 2, conformément aux circulaires de la BDL. « La banque a décidé de mettre en œuvre les recommandations de Bâle 2 à travers une approche standardisée, et ce à partir du 1er janvier 2008 », indique M.Sfeir. « Bank of Beirut est également une des seules banques à appliquer tous les critères de bonne gouvernance, sous le contrôle de son conseil d’administration », ajoute-t-il, soulignant qu’il ne s’agit pas d’une banque familiale. Par ailleurs, la banque avait prévu un plan d’urgence qui lui a permis de continuer à assurer tous les services aux clients durant la guerre. « Ce plan a prouvé son efficacité », affirme-t-il. Mais, à plus long terme, il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences réelles de la guerre sur le secteur bancaire, estime M. Sfeir. En termes de dégâts directs, l’impact reste minime sachant que les régions les plus touchées par les bombardements n’étaient pas des centres économiques importants. Toutefois, selon lui, il faudra attendre six mois avant de saisir l’ampleur des dégâts en termes de pertes de croissance et surtout en immigration. Car « la principale richesse du pays est son capital humain, qu’il serait regrettable de voir partir faute de perspectives d’avenir », souligne le PDG de Bank of Beirut. Le plus grand défi est actuellement de rétablir la confiance des Libanais résidents et expatriés, d’une part, et des investisseurs arabes et internationaux, d’autre part. Si M. Sfeir se dit confiant dans la capacité du pays, et notamment de son secteur bancaire, à surmonter la crise, il conditionne cet espoir à une stabilité politique interne, voire régionale. « Nous avons besoin de stabilité pour reconstruire la confiance, sans quoi il est impossible de développer l’économie », insiste-t-il. Pour lui, il est naturel que le secteur bancaire participe à la relève du secteur privé. Mais si le climat des affaires et des investissements reste morose, les banques n’auront plus aucun rôle à jouer auprès des entreprises. « Les banques sont toujours disposées à proposer leur aide au secteur privé, mais les banques ne peuvent en aucun cas octroyer des prêts ou des facilités sans avoir au préalable évalué la faisabilité du projet, et sans respecter à la lettre les standards internationaux de gestion du risque de crédit », souligne M. Sfeir. Dans ce cadre, les banques peuvent envisager au cas par cas un rééchelonnement des prêts pour des termes plus lointains et avec de nouvelles conditions. En tout cas, il est impératif que l’État et la BDL proposent eux aussi leur aide à ce niveau. Les banques sont également prêtes à contribuer à leur manière pour assurer le succès de la conférence dite de Beyrouth, prévue avant la fin de l’année, mais seulement dans le cadre d’un « plan global, clair et étudié en collaboration avec l’État et la BDL pour relancer l’économie libanaise ». Toutefois, « tout programme de réforme économique ou financière est tributaire d’une décision politique, qui ne sera prise que lorsque tout le monde sera conscient de la nécessité de sortir de cette crise. Or le temps presse. Nous espérons que les solutions qui s’imposent seront rapidement adoptées », conclut-il. En attendant, la Bank of Beirut continuera de s’étendre à l’étranger conformément à sa politique d’expansion, menée depuis quelques années, « un choix stratégique, conforté par les efforts entrepris en ce sens par les autorités monétaires du pays », estime M. Sfeir. Saad Azhari, vice-président et directeur général de la BLOM Bank : « Les banques doivent jouer un rôle de catalyseur dans la reconstruction » Pendant la guerre, la BLOM Bank a transféré provisoirement les locaux de six agences situées dans les régions bombardées vers des quartiers plus sûrs, mais finalement, « les dégâts matériels n’ont pas été importants et nous avons rouvert ces agences directement après la fin du conflit », indique le vice-président, Saad Azhari. Quant à l’impact sur notre clientèle, les créances que nous estimons douteuses sont faibles et nous étudions le cas de chaque client à part afin d’envisager un programme de remboursement convenable ». Concernant les virements à l’étranger, effectués pendant les évènements, il assure que « la plus grande partie des transferts de dépôts a eu lieu vers nos banques affiliées. Les dépôts transférés sont donc restés consolidés au niveau du groupe. La diversification géographique de notre banque constitue d’ailleurs un de ses avantages compétitifs. BLOM Bank est la banque libanaise qui possède le réseau d’agences le plus large à l’étranger. Nous sommes présents en France, en Suisse, en Grande-Bretagne, aux Émirats arabes unis, en Syrie, en Jordanie, à Chypre, en Égypte, en Roumanie. Cela constitue une soupape de sécurité en temps de crise ». Et d’ajouter que les dépôts transférés sont actuellement en voie de retour. Globalement, pour M. Azhari, le secteur bancaire libanais se caractérise par son excès de liquidité au niveau des actifs (réserves auprès de la Banque centrale et autres liquidités), qui couvre plus de 30 % des dépôts. « Cette liquidité en devises et en livres libanaises a permis aux banques d’instaurer une confiance solide et récurrente auprès des déposants, qui restent essentiellement les principaux pourvoyeurs de financement du secteur bancaire. Ces dépôts sont stables et permettent aux banques de financer l’économie libanaise d’une façon croissante », considère le directeur général de la BLOM. Aujourd’hui, les banques doivent jouer « un rôle de catalyseur dans la reconstruction, poursuit-il. Étant donné sa solidité et la confiance dont il jouit au niveau international, le secteur bancaire pourrait servir d’intermédiaire entre les organismes internationaux qui sont prêts à participer à la reconstruction du pays sous forme de prêts aux entreprises endommagées, à faible taux d’intérêt. Les banques jouissent aussi d’un taux de liquidité élevé et peuvent accorder des prêts à moyen et long terme pour la reconstruction ». Selon lui, la participation des banques pourrait aussi consister à restructurer les échéances des remboursements dus par les entreprises et créanciers lésés par la guerre en leur accordant une période de grâce et des périodes de remboursement plus longues. « Le cas de chaque créancier sera étudié à part, selon l’ampleur des dégâts encourus et la situation financière de chaque client », indique M. Azhari. Les banques apporteront également tout le soutien nécessaire pour la réussite de la conférence de Beyrouth I, « mais les modalités seront étudiées en temps voulu », ajoute-t-il. Mais pour le moment, l’essentiel consiste à assainir le climat politique ambiant. « À mon avis, ce qui compte maintenant, c’est de créer au niveau politique interne un climat favorable en vue de profiter rapidement des promesses internationales d’appui au Liban et d’aide à sa reconstruction. Il ne faut pas laisser échapper cette occasion en or. Les réformes doivent suivre cette entente pour donner plus de crédibilité aux institutions publiques et augmenter la confiance dans le Liban », estime M. Azhari. Pour lui, il est clair que les réformes et la croissance économique ne sauraient se réaliser qu’à partir d’une stabilité et surtout d’un consensus politique entre les différences parties libanaises. « Il faudrait une volonté politique à long terme ainsi qu’un accord politique durable pour commencer à effectuer des programmes de privatisations, de restructuration des entités publiques et de la situation monétaire et fiscale, ainsi que des réformes administratives, explique-t-il. Si consensus politique il y avait, la privatisation devrait se faire en urgence, mais seulement dans le cadre d’un plan global tenant compte du contrôle du déficit et de la réduction de la dette. La privatisation à elle seule ne suffirait pas à résoudre le problème. » Semaan Bassile, directeur général de la Byblos Bank : « La diversification permet d’amortir le choc sur le marché de base » «Si l’on songe aux destructions importantes qu’ont subies les infrastructures du pays, notamment au Sud, et à l’impact psychologique dont a été victime le peuple libanais, le secteur bancaire a pu assurer une continuité relativement normale de ses activités opérationnelles (transactions aux guichets, transferts internationaux, accès aux Bourses étrangères, compensation de chèques, etc.) sauf durant les tout premiers jours de la guerre », résume le directeur général de la Byblos Bank, Semaan Bassile. Pour lui, la crise ayant été une sorte de « déjà-vu », l’adaptation à ces conditions difficiles d’un point de vue opérationnel a été relativement rapide. Bien avant les événements, la Byblos Bank avait déjà mis sur pied un plan de crise, à mettre en œuvre en cas de situation d’urgence. « La guerre nous a, dans un certain sens, permis de “tester” ce plan, et même d’y apporter certaines améliorations », affirme-t-il. M. Bassile souligne à l’occasion le rôle primordial joué par la Banque du Liban, en assurant aux banques tous les besoins en liquidités nécessaires au bon fonctionnement des guichets, mais également en veillant au bon fonctionnement de la chambre de compensation des chèques ainsi que de la cotation des devises. « Il est également important de mentionner que notre présence à l’étranger par l’intermédiaire de nos filiales, agences ou bureaux de représentation (Bruxelles, Paris, Londres, Chypre, le Soudan, la Syrie et les Émirats arabes unis), ainsi que la diversification de nos activités dans des pays tels que l’Iran, la Syrie, la Libye, le Yémen, l’Angola, l’Éthiopie, le Nigeria et bien d’autres, nous ont permis de maintenir la continuité de nos affaires et de générer des revenus supplémentaires en dehors de notre marché de base qui est aujourd’hui encore le Liban », ajoute-t-il. Selon lui, bon nombre des clients de la banque sont actuellement à la recherche de nouveaux marchés pour écouler leurs produits et aussi pour diversifier leurs « risques pays ». Quant à ceux qui restent dans le pays, la Byblos Bank est prête à leur apporter une aide adéquate. « La Byblos Bank a également souhaité apporter un soutien supplémentaire à la population du Liban, ayant été la première banque à offrir aux habitants de deux provinces économiques importantes de notre pays, le Mont-Liban et Kesrouan-Jbeil (qui représentent aujourd’hui environ 60 % de la population libanaise), la reconstruction du pont de Fidar », ajoute M. Bassile. À partir de là, les perspectives de relance économique restent toutefois limitées. M. Bassile a dit espérer que les prochaines fêtes du Fitr (marquant la fin du jeûne de ramadan) et de Noël pourront amortir en partie les pertes économiques subies durant la saison d’été. « Mais, en premier lieu, il faut œuvrer à assurer une stabilité politique », ajoute-t-il. Pour qu’ensuite les projets de réformes administratives et de privatisations puissent voir le jour. Optimiste, M. Bassile estime que « nos dirigeants actuels semblent prendre à cœur tous ces projets de réforme, et je suis convaincu que le soutien international dont bénéficie le Liban servira en grande partie à faciliter leur mise en œuvre ». Pour lui, le rôle des entreprises libanaises et des établissements de crédit est d’insister sur l’établissement d’un climat politique sain et stable afin de permettre au secteur privé de contribuer pleinement à l’essor économique du pays. Il dit être confiant « quant aux concessions et sacrifices que sauront faire les principaux acteurs du paysage politique actuel (le gouvernement ainsi que les opposants) afin de permettre au Liban de bénéficier de cette manne étrangère ». Il faudrait sans tarder s’atteler à la tâche et construire des “ponts de confiance” entre les différentes factions, dans l’intérêt de tous », dit-il. La conférence de Beyrouth, dont l’objectif principal sera d’assurer les aides nécessaires ou prêts subventionnés à l’État libanais afin de l’aider à reconstruire le pays et renforcer ses institutions, contribuera à motiver les banques et grandes entreprises du Liban, et permettre de nouveaux investissements qui, à leur tour, généreront des créations d’emplois pour les jeunes. Par conséquent, « afin d’assurer une crédibilité au Liban, et de lui permettre de bénéficier de ces aides à long terme, le gouvernement et l’opposition devront œuvrer de manière concrète, et non plus par le biais de simples discours, à l’établissement d’institutions publiques solides pour la mise en place de systèmes politique et économique efficaces », conclut M. Bassile. Nadim Moujaess, directeur de la Société Générale de Banque au Liban : « L’appartenance à un groupe mondial permet de mieux résister à une crise » Comme les autres banques, la Société Générale de Banque au Liban avait prévu un plan de continuité lui permettant de poursuivre ses activités en temps de crise. « Durant toute la guerre, nous avons continué à servir nos clients, qu’ils soient dans les régions sinistrées ou à l’étranger », se félicite le directeur de la SGBL, Nadim Moujaess. Globalement, il estime que les sorties de fonds n’ont pas été « significatives ». De plus, la majorité de ces capitaux a atterri dans les filiales de la région, notamment à Chypre (SGC, banque sœur) ou en Jordanie (SGBJ). « Depuis, une grande partie de ces dépôts sont retournés », ajoute-t-il. Les mouvements de conversion ont également été limités, poursuit M. Moujaess. Selon lui, s’il n’y a pas eu la pression attendue sur la livre libanaise, c’est en raison de « la gestion prudente exercée par la BDL qui a permis d’amortir les ondes de choc en temps de crise depuis l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri ». Dans le cas de la SGBL, trois facteurs ont particulièrement permis de surmonter la crise. Le premier facteur étant l’engagement de sa direction dans la gestion quotidienne de la crise. Le deuxième facteur étant la stratégie de régionalisation adoptée par la banque, qui permet de réduire le risque sur le marché interne et qui a prouvé son efficacité, estime M. Moujaess. Le troisième facteur est l’appartenance de la SGBL à un groupe mondial qui a contribué à sa solidité. Citons à l’occasion qu’en pleine guerre du Liban, la Société Générale a été nommée « banque de l’année » par le magazine financier Euromoney. Implantée dans 76 pays, la Société Générale a été distinguée pour sa forte croissance, ses performances – notamment le doublement de sa taille au cours des six dernières années –, ainsi que sa rentabilité élevée et sa gestion des risques rigoureuse. Selon le magazine Euromoney, la « Société Générale a su exploiter pleinement son autonomie en mettant en œuvre une stratégie qui s’appuie sur les revenus récurrents de la banque de détail en France, pour développer de nouvelles activités à forte croissance sur les marchés émergents et dans la banque d’investissement ». Mais pour en revenir au Liban, la SGBL estime que les conséquences de la guerre sur le portefeuillle de crédit resteront « contrôlables », même si « la SGBL est impliquée dans les régions du Sud dans le cadre de son programme de microcrédit », estime son directeur. En effet, en 2004, la banque avait remportée l’adjudication par le Conseil du développement et de la reconstruction pour mettre en œuvre un programme de microcrédits financé par l’Union européenne et destiné dans une première phase aux régions du Sud, de Nabatiyé et du Nord. En 2005, ce mandat a été reconduit pour l’ensemble du pays. « Un certain nombre de ces clients se retrouvent aujourd’hui dans une situation très difficile, reconnaît M. Moujaess. Mais on va essayer de trouver des solutions, en concertation avec l’Union européenne et l’ESFD. » La SGBL traitera avec ses clients « au cas par cas », mais la flexibilité sera de mise, assure-t-il. En revanche, pour les particuliers, le traitement est égal. En ce qui concerne les crédits auto, immobilier et autres, la banque accorde des facilités à toutes les personnes ayant subi des dégâts directs dans les régions sinistrées, affirme-t-il. Finalement, les résultats de la banque seront affectés, mais dans une mesure « largement acceptable », estime M. Moujaess. Un problème postguerre dont n’a pas à se préoccuper la SGBL est celui de la solvabilité de l’État. « Traditionnellement, la banque ne participe pas beaucoup aux bons du Trésor, rappelle-t-il, un choix stratégique qui s’inscrit dans le cadre de la gestion prudentielle selon les normes internationales de risque adoptée par les actionnaires de la banque. » Depuis toujours, la SGBL a axé ses activités sur le secteur privé libanais, sur lequel elle mise pour relancer la croissance. « Nous croyons à la force du secteur privé, porteur de l’économie libanaise et de l’espoir à moyen terme. Évidemment, si cela s’accompagne de programmes de réajustements macroéconomiques et de fonds internationaux, les perspectives seront meilleures et les délais seront réduits. » Toutefois, si l’arrêt des hostilités continue d’être respecté, M. Moujaess se dit confiant dans la capacité du pays à surmonter la crise. « Sans doute pas en 2006, mais si le climat politique interne et régional s’assainit, le Liban renouera avec la croissance dès le début de 2007 », conclut-il. La cote des banques en Bourse : l’avis de FFA BLOM GDR : La BLOM, première banque du Liban en termes d’actifs, a connu une croissance de ses profits de 47 % au premier semestre 2006 (comparé au premier semestre 2005) pour atteindre les 88 millions de dollars. La progression des bénéfices par actions, compte tenu de l’augmentation du nombre d’actions, est plus modérée à 25 %, ce qui reste une progression très honorable. En termes de ratios, l’action est encore bon marché comparé aux autres actions bancaires. À noter la politique d’expansion de la BLOM en Égypte, à travers l’acquisition de Misr Romanian Bank. AUDI GDR : Bank Audi, dont l’action se traite aux alentours de $66, a connu une croissance spectaculaire de 97 % de ses profits semestriels à 85,8 millions de dollars par rapport à la même période de 2005. Par action, et compte tenu de l’augmentation de capital, la croissance est tout de même de 34 %. La comparaison qui paraît défavorable par rapport à la BLOM en termes de ratios boursiers (P/E et P/B) s’explique essentiellement par ce taux de croissance élevé et un plus grand dynamisme dans la politique d’expansion régionale qui semble susciter l’intérêt de grands investisseurs de la région. BYBLOS BANK : L’action Byblos traite aux alentours de $1,85. Avec un P/E de 10, le titre peut paraître bon marché comparé aux deux banques précédentes. Néanmoins, l’augmentation des résultats semestriels, en croissance de 40 %, ne compense pas la dilution due à l’augmentation de capital qui a eu lieu en 2005. Par conséquent, le résultat semestriel par action est en baisse par rapport au premier semestre 2005. À noter que Byblos a initié une stratégie d’expansion au Soudan, Syrie, Irak et en Algérie qui devrait porter ses fruits dans l’avenir. BANK OF BEIRUT : Bank of Beirut a enregistré une croissance de 74 % de ses profits au premier semestre 2006 atteignant les 19,5 millions de dollars. La BoB poursuit son plan de développement à l’étranger : la banque a reçu l’accord des autorités libanaises et omanaises pour l’ouverture d’une branche à Oman. L’implantation de la banque à l’étranger se traduit par des bureaux de représentation à Dubaï et au Nigeria ainsi qu’une filiale à Londres. BLC : Le titre BLC est en hausse de 42 % depuis le début de l’année suite à l’acquisition de la banque par une holding appartenant au gouvernement du Qatar en fin 2005. Alors que la BLC avait été estimée à 150 millions de dollars, elle a été vendue à 236 millions de dollars. De plus, la banque a opéré une augmentation de capital en août 2006 afin de compenser les pertes cumulées lors des années « noires ». BEMO : Le titre BEMO se caractérise par une absence de liquidités sur le marché, mais pourrait présenter un intérêt compte tenu de la gestion familiale et conservatrice de la banque qui n’empêche pas un développement soutenu et des résultats financiers qui ont plus que doublé. BSEC (BEMO Securitization), filiale de la banque, spécialisée dans les opérations de titrisation, a récemment établi un bureau à Paris afin de développer ses activités vers l’Europe.
Les banques
ont résisté à la crise

Liquides et diversifiées, soutenues par la BDL, les banques libanaises ont relativement bien résisté à la crise. Encore une fois. Rodée aux secousses politiques, la majorité du secteur bancaire avait préparé un plan de continuité pour parer à toute éventualité. De plus, le secteur n’avait pas attendu le 12 juillet pour réduire son exposition aux risques internes. Largement développées à l’extérieur des frontières, et en forte croissance, les banques sont désormais moins vulnérables aux chocs politiques. La stratégie de stabilisation monétaire menée par la BDL depuis l’assassinat de Rafic Hariri, avec un niveau de réserves historiquement élevé, et son intervention pendant la guerre pour soutenir la livre libanaise, aidée en cela par les dépôts arabes, ont...