Quarante et unième semaine de 2006.
Idéale pour impressionner l’autre lorsque vient le temps d’un dîner aux chandelles, idéale parce qu’elle permet à la tête de ne plus travailler pendant au moins deux heures, idéale parce que aigre-douce, parfaite et (pour une fois) plausible union nationale entre le sucré et le salé, la pintade aux bananes pourrait être le must des soirées automnales, avec ou sans feu de cheminée. Ainsi, pour deux personnes, il faut une demi-pintade prête à cuire, un verre de pineau des Charentes (remplacer, pour ceux qui n’aiment pas l’alcool, par du amareddine, c’est-à-dire du jus d’abricot), 2 jaunes d’œuf, le jus d’un demi-citron, trois bananes jaunes, une demi-cuillère à café de fond de veau dilué dans un verre d’eau chaude, deux pincées de gingembre, soixante grammes de beurre et, naturellement, du sel et du poivre.
Il s’agit d’abord de découper la pintade en morceaux et de vérifier qu’elle est propre et bien plumée, surtout au bout des ailes. Dans une sauteuse, il faut faire fondre la moitié du beurre et, dès qu’il est chaud, ajouter les morceaux de pintade, à faire dorer pendant dix minutes. Dès que toutes les faces sont colorées, le pineau doit être ajouté, ainsi que le bouillon, le tout saupoudré de sel, de poivre et d’une pincée de gingembre. Et puis couvrez et continuez la cuisson à feu doux pendant quinze minutes. Pendant ce temps, il faut couper les bananes en biais ou en rondelles épaisses et les faire sauter rapidement en deux minutes dans une poêle où aura fondu le reste du beurre. Réservez donc ensuite les bananes au chaud.
Pour la préparation de la sauce, cela se complique un tantinet. Mettez avant toute chose les morceaux de pintade dans un plat de service, ajoutez-y les bananes et réservez au chaud, à l’intérieur d’un four au minimum ou en couvrant le plat d’un papier d’aluminium. Vous pouvez alors filtrer (tout) le jus de cuisson. Laissez reposer quelques instants, puis enlevez avec une cuillère la couche de graisse du dessus que vous utiliserez pour une autre séance de cooking. Maintenant, montez la sauce : versez le jus de citron, du sel, du poivre et le reste de gingembre dans le jus de la volaille, et remuez. Puis versez les jaunes d’œuf dans le jus (vous pouvez garder les blancs, surtout si vous êtes économes, pour une autre utilisation). À feu très doux, mélanger rapidement au fouet ou à la cuillère en bois. La sauce va épaissir ; il faut qu’elle ait la même consistance qu’une crème anglaise. Rectifiez l’assaisonnement, puis servez-la dans une saucière ou versez-la sur la pintade. Et n’oubliez pas le riz nature en accompagnement. Un Nuits Saint-Georges accompagnera aussi parfaitement cette pintade. Ou du champagne. Ou du amareddine.
Petite astuce : la difficulté de cette recette est la réalisation de la sauce, si vous la faites trop cuire, elle va tourner et il n’y aura pas de rattrapage possible. Vous pouvez ainsi verser une demi-cuillère à café de maïzéna dans un peu d’eau froide et ajoutez-la en même temps que le citron.
Bon appétit.
Ziyad MAKHOUL
PS : Cette recette est aussi idéale pour :
– ne pas indisposer ceux qui ont élevé la pensée unique et les menaces, directes ou anonymes, au rang d’art de vivre ;
– rassurer, conséquemment, les gens qui vous apprécient peu ou prou ;
– éviter que A, sans aucun doute très intelligent, ne vous accuse d’être en première place du payroll de B tout simplement parce que vous n’êtes pas d’accord avec sa politique (la politique de A…) ;
– éviter que C ne vous accuse de parti pris parce que vous défendez des valeurs que D s’avère défendre également (à moins que C soit totalement antipintade et qu’il ne préfère le faisan, dans ce cas, il n’y a plus rien à faire) ;
– faire comprendre à A et C qu’ils sont nuls, de mauvaise foi et pas réglos, et à B et D qu’ils ont intérêt à faire quelque chose avant de perdre le crédit, pas énorme, qu’ils ont su amasser ;
– tenter – mais vraiment tenter… – de faire comprendre à A, B, C et D qu’ils sont en train de devenir, de moins en moins lentement et de plus en plus sûrement, particulièrement lassants ;
– passer effectivement une bonne soirée à deux et, surtout, bien manger – il n’y a plus que ça à faire.
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