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Actualités - Opinion

LE POINT Le syndrome irakien

Ces Irakiens n’en feront jamais d’autres... Première ligne de la dépêche : « Le Parlement a adopté la loi créant un État fédéral. » Et au paragraphe suivant : « Ce système ne pourra pas s’appliquer avant dix-huit mois, pour donner le temps de procéder parallèlement à une révision de la Constitution visant à apporter des apaisements aux sunnites. » Depuis avril 2003, soit quelques jours à peine après le déclenchement par les Américains et les troupes alliées de l’opération « Shock and Awe », que l’on parle de cette formule hybride, ni carpe ni lapin, la principale partie lésée n’a cessé de manifester son inquiétude. De préférence à coups d’assassinats et d’attentats, le plus récent ayant été, dans la nuit de mardi à mercredi, l’attaque d’un dépôt de munitions sur la base Falcon de l’armée US. Ces derniers quarante-deux mois, la tension a continué de monter un peu plus chaque jour, et avec elle les mises en garde contre les dangers représentés par toute cette violence. Ainsi, dès janvier 2004, la Central Intelligence Agency faisait état verbalement, auprès de la Maison-Blanche, de ses craintes, démarche relayée en juillet de la même année par la presse nationale qui, à la question : « Peut-on appréhender, dans un avenir plus ou moins lointain, des affrontements fratricides ? », répondait , faussement candide : « Mais la guerre civile est déjà là ! » Une affirmation confirmée à l’époque, le plus solennellement du monde, par les sénateurs Richard Lugar (républicain) et Joe Biden (démocrate), membres tous deux de la toute-puissante commission des Relations extérieures. Englués dans une guerre dont ils ne savent pas comment se dépêtrer, les Américains ont désormais la nette impression d’être poursuivis par la malédiction mésopotamienne. Qu’adviendrait-il s’ils choisissaient aujourd’hui de se retirer ? Une terrible catastrophe, prédit James Baker. Sur la chaîne ABC, celui qui fut le bras droit puis le secrétaire au Trésor de Ronald Reagan, avant de servir George Bush père en tant que secrétaire d’État (et, à ce dernier titre, d’être le principal artisan de « Desert Storm » en 1990), brosse un tableau apocalyptique de la situation qui prévaudrait alors : « Tous les pays voisins voudront s’impliquer, chacun à des fins personnelles. Il y aura ainsi la Turquie, l’Iran, la Syrie et même nos amis du Golfe. » Et l’éclatement de l’ancienne entité en trois parties distinctes, sunnite, chiite et kurde ? Parler de créer trois régions autonomes, estime-t-il, reviendrait à donner le signal d’une gigantesque guerre civile car les principales villes du pays abritent des populations où se mélangent les trois grandes communautés. Le dilemme, on le voit, est terrible pour Washington, quelle que soit l’option retenue. Les deux termes de l’alternative sont les suivants : le départ des armées de la coalition, qui provoquerait des combats semblables à ceux que la Bosnie a connus dans un passé récent ; ou bien le maintien de ces troupes, ce qui servirait de prétexte aux diverses milices locales pour poursuivre leurs attaques contre l’étranger. Avec la certitude, dans un cas comme dans l’autre, de voir l’Irak continuer d’être un terreau fertile pour le « jihad ». Dans la capitale fédérale, un groupe d’études vient d’être mis sur pied pour élaborer les grandes lignes d’un projet d’issue. Ses membres ont déjà rencontré des dirigeants syriens et ils comptent s’entretenir bientôt avec des officiels iraniens. Leurs conclusions figureront dans un rapport qui sera adressé au chef de l’Exécutif ainsi qu’au Congrès, mais pas avant les élections du 7 novembre. Des fuites savamment calculées permettent d’en avoir un avant-goût. Ainsi, il serait question d’un redéploiement des quelque 150 000 hommes présents sur le terrain, qui se replieraient des grandes cités, où ils représentent une cible facile pour les combatttants de tous bords, pour prendre position le long des frontières ainsi que dans le Nord kurde, considéré comme « amical » à l’Occident. Point n’est besoin de préciser que des dissensions sont d’ores et déjà apparues dans les rangs de cet organisme, qui apparaît plus divisé encore que les Irakiens eux-mêmes, avec néanmoins une nette tendance à un départ échelonné ou à tout le moins à un repli stratégique vers le Koweït et la Jordanie. Ce qui pourrait contribuer à hâter le choix de l’Administration républicaine, c’est une étude établie par l’école de santé publique US Johns Hopkins Bloomberg, selon laquelle 655 000 décès sont directement imputables à l’invasion du 18 mars 2003, soit 2, 55 pour cent de l’ensemble de la population. À ce chiffre s’ajoute celui des pertes de l’occupant, dont 2 700 GI. Jugement d’un groupe texan de consultants en matière de sécurité : « Nous sommes parvenus à un stade où toute solution serait inapplicable. Le peuple américain devra trancher». Plus facile à dire qu’à obtenir. Christian MERVILLE

Ces Irakiens n’en feront jamais d’autres... Première ligne de la dépêche : « Le Parlement a adopté la loi créant un État fédéral. » Et au paragraphe suivant : « Ce système ne pourra pas s’appliquer avant dix-huit mois, pour donner le temps de procéder parallèlement à une révision de la Constitution visant à apporter des apaisements aux sunnites. » Depuis avril 2003, soit quelques jours à peine après le déclenchement par les Américains et les troupes alliées de l’opération « Shock and Awe », que l’on parle de cette formule hybride, ni carpe ni lapin, la principale partie lésée n’a cessé de manifester son inquiétude. De préférence à coups d’assassinats et d’attentats, le plus récent ayant été, dans la nuit de mardi à mercredi, l’attaque d’un dépôt de munitions sur la base Falcon...