La blague est effectivement bonne ; pour qu’elle le reste, il faudrait qu’il y soit mis un terme au plus vite, les plus courtes étant toujours les meilleures.
Rien, absolument rien, ne nécessite, n’appelle un GUN : il n’y a pour l’instant, dans tous les cas et certainement pas avant l’élection d’un vrai président de la République, aucune démarche, aucune entreprise fondatrices à effectuer, à mener et qui exigeraient cette espèce de cabinet fourre-tout ; rien qui dise ou qui montre que démocratie consensuelle et majorité au pouvoir ne peuvent pas faire bon ménage, bien au contraire, elles se marieraient merveilleusement bien à condition qu’on dynamite les mauvaises foi et autres calculs politiques retors, et que l’on relise calmement la Constitution.
Sauf que le Hezbollah, le CPL, les alliés de la Syrie et… la Syrie elle-même naturellement s’époumonent à appeler à la chute du gouvernement Siniora, le premier réellement issu de la volonté populaire telle que traduite dans l’hémicycle ; à appeler à la formation, finalement, de ce qui ressemble beaucoup plus à de l’anarchie pure qu’à une saine conception de la démocratie : un GUN – un gouvernement d’union nationale. Mais un GUN sacrément reloaded, un GUN Plus au sein duquel devrait primer, dit et redit le Hezbollah, une minorité de blocage.
Sauf que le Hezb semble n’avoir rien compris au principe d’une minorité de blocage, qui est, dans son acceptation pleinement démocratique, par essence, toujours mouvante, jamais la même, variable en fonction du sujet, on ne peut plus saine lorsque, encore une fois, il n’y a aucune volonté cachée de dynamiter le concept de démocratie et d’État de droit. Le Hezb a bizarrement attendu que le gouvernement Siniora, auquel il appartient et qu’il n’a pas hésité à prendre en otage – après l’assassinat de Gebran Tuéni par exemple, lorsqu’avait commencé à poindre l’urgence, l’incontournabilité d’un tribunal international –, fête son premier anniversaire pour commencer à ressasser ses appels au GUN. En s’appuyant, c’était prévisible, sur cette divine victoire contre Israël, pour prétendre en encaisser les dividendes politiques – une divine victoire qui, rappelons-le, s’est soldée par l’avènement de tout ce que le Hezb a toujours refusé d’accepter. C’est-à-dire le déploiement de l’armée au Sud, son renforcement en équipements et en munitions modernes par la communauté internationale, son appui sur une impressionnante Finul Plus et sa mission, entre autres, de confisquer toute arme illégale visible, toute arme qui ne serait pas celle de la troupe, toute arme hezbollahie donc.
À défaut d’être divine, loin de là, la victoire indéniable du Hezb sur Israël a été absolument psychologique, mais à peine cette performance enregistrée, voilà la formation de Hassan Nasrallah déterminée à faire payer le prix de tout le reste… au gouvernement Siniora. Les justifications des caciques du parti pour un GUN flanqué d’une imbécile minorité de blocage étant totalement irrecevables – elles ne convaincraient pas un gamin de quatre ans, surtout que Mohammad Fneich et Trad Hamadé participent activement et fièrement à l’exercice du pouvoir –, restent trois possibilités : soit le Hezb veut prendre une revanche sur la majorité au pouvoir, responsable de l’arrêt de la guerre (résolution 1701), et du démarrage de l’édification de l’État de droit et de la souveraineté (déploiement de l’armée au Sud) ; soit il agit sur objurgation (encore !) d’une puissance étrangère ; soit il est infiniment nostalgique de l’avant-26 avril 2005, lorsque l’immobilisme était le maître mot au sein d’un Exécutif auquel il avait toujours refusé de participer.
Une quatrième : empêcher la formation du tribunal à caractère international, qui nécessite un consentement gouvernemental, ou, du moins, faire abroger le troisième article de ce projet, un cauchemar pour toute la famille Assad, puisqu’il permet, par le truchement de cette accusation ultime de crime contre l’humanité, de briser toute immunité, fût-elle religieuse, présidentielle ou dictatoriale. Pour aboutir à cela, le Hezbollah, avertissent les observateurs, est prêt, dès la fin du ramadan, à toutes les manifestations, toutes les grèves et autres sit-in, toutes les pressions, sans pour autant avoir – l’espoir fait vivre – l’inconscience de recourir à une quelconque force, synonyme de sauts de l’ange directs dans le plus glauque des inconnus. L’ONU, Nicolas Michel, Serge Brammertz et le gouvernement Siniora ont vivement intérêt à accélérer au maximum la formation de ce tribunal avec le paragraphe 3 ; quant à Charles Rizk, qui ne sait plus sur quel pied danser, il serait fort inspiré de peser, en ce sens, de tout son poids de ministre de la Justice – et quand il veut, il en a.
On a beau jeu, revenant de Ryad ou pérorant à Beyrouth, de multiplier les scenarii : d’accord pour un GUN, mais l’on élit un président d’abord, ou alors l’on fait comme avec Frangié à l’époque Sarkis, ou alors on marchande un peu sur le tribunal, on bazarde, pour que les autres se taisent, ou alors on brandit des 73 % qui pourraient très bien être devenus aujourd’hui 98 % ou, plutôt, 35 %, ou alors on menace : un GUN, sinon…, ou alors… Le problème, c’est qu’avant de fantasmer sur des GUN, avant de s’employer, un peu pathétiquement, à leurrer l’opinion publique, à essayer de la convaincre des bienfaits d’un gouvernement d’union nationale, la moindre des choses serait de s’entendre sur ce que peut bien vouloir dire ce slogan aujourd’hui gravement éculé, ce cache-sexe qui autorise toutes les dérives, cette vue de l’esprit, ce petit doigt derrière lequel se cachent les plus perverses des manipulations : l’union nationale.
Ziyad MAKHOUL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La blague est effectivement bonne ; pour qu’elle le reste, il faudrait qu’il y soit mis un terme au plus vite, les plus courtes étant toujours les meilleures.
Rien, absolument rien, ne nécessite, n’appelle un GUN : il n’y a pour l’instant, dans tous les cas et certainement pas avant l’élection d’un vrai président de la République, aucune démarche, aucune entreprise fondatrices à effectuer, à mener et qui exigeraient cette espèce de cabinet fourre-tout ; rien qui dise ou qui montre que démocratie consensuelle et majorité au pouvoir ne peuvent pas faire bon ménage, bien au contraire, elles se marieraient merveilleusement bien à condition qu’on dynamite les mauvaises foi et autres calculs politiques retors, et que l’on relise calmement la Constitution.
Sauf que le Hezbollah, le CPL, les alliés de la Syrie...