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Actualités - Opinion

Clapotis d’espoir

Le problème, c’est qu’ils n’écoutent pas, ils entendent mais n’écoutent pas ; le problème, c’est qu’ils ne voient pas, ils regardent mais ne voient pas. Un même refus, un même rejet de l’évidence, un aveuglement délibéré, un parcours tracé à coups de slogans où les intérêts de clans, les intérêts personnels priment sur tout le reste, ce reste dût-il représenter une nation entière prise en otage. 1975-2006 : tout a commencé, vous en souvenez-vous ? par des rounds ; premier round, une trêve, deuxième round, un second cessez-le-feu, des rounds sanglants où les catcheurs s’arrangeaient toujours pour s’en sortir indemnes, mais où l’assistance payait inévitablement les pots cassés. Des guerres ont suivi, intestines, multilatérales, des rencontres du troisième type, des invasions, des occupations, des libérations, de nouvelles occupations... et toujours, sans arrêt, comme une damnation, des occasions manquées, des opportunités inespérées, brûlées, gaspillées, une fascination morbide de l’autodestruction. Et, en arrière-plan, immanquablement, les intérêts de clans, les intérêts personnels, une nation entière prise en otage. Toujours le même constat amer, accablant : des leçons qu’on s’évertue à ne pas retenir, des agendas éculés qu’on remet sur le tapis, une foule aveugle qui applaudit aux surenchères, aux discours confessionnels et qui, sur un claquement des doigts, un déclic, se mobilise contre l’autre, réclame des comptes, exige des excuses. Des dérives conduisant à un surcroît de cassures, davantage de haines. Il est des indices qui ne trompent pas, des situations de faits accomplis qui se créent alimentées par des discours populistes, des propos irresponsables. La dispersion des rangs chrétiens, chaque jour plus cruelle, chaque jour plus humiliante, les incidents à Mazraa, rapidement étouffés, la flambée quasiment préméditée à Raml el-Aali, tout cela n’est pas innocent, tout cela est le reflet d’une aliénation des esprits, la conséquence de polémiques venimeuses. L’intérêt national dans tout cela ? Un simple prétexte à des joutes intercommunautaires, une portion congrue dans des discours nombrilistes. Elle a fait irruption dans mon bureau, tout en pleurs, mais l’air déterminé. « Je m’en vais. » Elle m’a lancé cette phrase à la figure comme une gifle, comme un défi. « J’en ai assez, je quitte, je ne veux plus rester dans ce pays, je vous laisse à vos Aoun, Nasrallah, Joumblatt et autres empêcheurs de tourner en rond. » La dissuader ? Inutile, sa décision, me semblait-il, était prise. Et cette phrase assassine en conclusion, en guise d’adieu : « Ne vous inquiétez pas pour le remplacement, les sans-emploi sont légion et ceux qui restent sont prêts à travailler pour une bouchée de pain. » Ils entendent, mais n’écoutent pas, ils regardent, mais ne voient pas. Une lassitude profonde, sournoise, s’installe dans les âmes, une souffrance indicible étreint les cœurs, mais rassurez-vous : des meetings sont aussitôt organisés pour galvaniser les foules, leur faire oublier leurs petites misères. Un million par-ci, trois cent mille par-là, cinq cent mille ailleurs, toujours des centaines de milliers rassemblés comme un seul homme sur l’autel de la nation, une nation hypothéquée, modelée à la mesure de chaque clan, chaque communauté. L’un ressort ses missiles, « 20 000 au bas mot », martèle-t-il, l’autre dégaine son verbe pour promettre une vie sans repos au gouvernement et tous se disent totalement, inconditionnellement, pour un État fort, un État qu’ils auront pris soin, entre-temps, de vider de sa consistance, de saigner à blanc. « Mon cœur se déchire pour le Liban, j’ai bien peur qu’il ne bascule dans la guerre civile. » Des rives du Barada, du palais présidentiel qui voit venir le dernier rapport Brammertz, cette compassion sonne comme un camouflet, une sommation, une manière de dire : « Vous voyez, sans nous vous n’êtes même pas capables de vous autogouverner. » Les grands manitous de la politique politicienne n’ont pas relevé, trop occupés, semble-t-il, à faire le compte de leurs partisans en prévision des meetings à venir. Elle est revenue le lendemain à mon bureau, plus calme,moins péremptoire : « Je regrette pour mes propos d’hier, j’ai été impulsive, j’ai passé une nuit blanche à discuter avec des amis. Ils ont tenté de me convaincre, en vain. Je quitte la mort dans l’âme, mais je ne romps pas le cordon ombilical. Quand les dirigeants se décideront à gouverner, quand les opposants agiront en opposants et non en dépeceurs, je reviendrai alors. » Devant mon air dubitatif, comme pour me rassurer, elle a ajouté : « Selon mes amis, une troisième voie est en train d’émerger, de se faire une place au soleil. Des jeunes, des cadres déterminés à faire entendre leur voix, à la rendre progressivement plus forte, plus véhémente. » Une goutte d’eau dans un océan de bêtises, un balbutiement dans un monde de requins, mais la tâche n’est pas impossible : plus la bêtise fera des dégâts, plus la goutte d’eau grossira, fera des clapotis, des vagues. L’espoir est peut-être là, et les médias, tous les médias, devront, un jour ou l’autre, en faire état, en répercuter le message, le catapulter à la face de ceux qui ne veulent ni écouter ni voir… Nagib AOUN
Le problème, c’est qu’ils n’écoutent pas, ils entendent mais n’écoutent pas ; le problème, c’est qu’ils ne voient pas, ils regardent mais ne voient pas.
Un même refus, un même rejet de l’évidence, un aveuglement délibéré, un parcours tracé à coups de slogans où les intérêts de clans, les intérêts personnels priment sur tout le reste, ce reste dût-il représenter une nation entière prise en otage.
1975-2006 : tout a commencé, vous en souvenez-vous ? par des rounds ; premier round, une trêve, deuxième round, un second cessez-le-feu, des rounds sanglants où les catcheurs s’arrangeaient toujours pour s’en sortir indemnes, mais où l’assistance payait inévitablement les pots cassés.
Des guerres ont suivi, intestines, multilatérales, des rencontres du troisième type, des invasions, des...