Courant électrique
En refusant de payer ma dernière facture d’électricité non à l’EDL, mais au fournisseur du quartier (une facture, soit dit en passant, qui a quadruplé), j’ai eu droit à une réponse qui ressemblait à un jugement sans appel : « Je coupe ou vous payez. » Puis ce monsieur, indispensable de nos jours, me confirma le plus sérieusement du monde qu’il songeait avec d’autres personnes fonder un nouveau courant politique, très actif, qui s’appellera probablement Courant électrique.
Il pourra ainsi défier le Courant du futur, qui avait promis d’assurer à la capitale 24 heures sur 24 heures de courant continu, mais qui n’a pu tenir parole. Aux jeunes Forces libanaises, ce parti assurera à l’approche de l’hiver des soirées illuminées, sans aucun cauchemar durant les nuits sombres. Au Courant patriotique libre, il redonnera le goût du patriotisme en leur faisant miroiter une lueur d’espoir pour ne plus songer à l’émigration. Aux ouvriers enfin, il octroiera plus d’énergie et de continuité dans le travail.
Ainsi donc, tous ceux qui réclament des élections législatives anticipées devraient se méfier de ces concurrents tant il est vrai que la politique dans notre pays n’a jamais réussi à assurer une seule lampe qui éclaire...
Antoine SABBAGHA
La calamité Bush
Voici ce que je relève dans votre quotidien, très exactement dans l’éditorial de L’Orient-Le Jour du mercredi 19 mars 2003, intitulé « Bêtes de guerre » : « Oui, par tous les diables de l’enfer géopolitique, cet homme est éminemment dangereux et il doit partir. Sa mégalomanie, sa colossale armée... en font une menace pour la planète tout entière. Cet homme ment comme il respire, il se moque littéralement du monde. Oui, George W. Bush, car il s’agit bien de lui, est une calamité pour l’humanité. »
Plus de trois ans plus tard, ce jugement ne fait que se renforcer. Il faut demander aux Américains de juger et de condamner ce président, qui a déshonoré leur pays, à la prison à vie et l’enfermer à Guantanamo. Quant à Condoleezza Rice, elle ferait mieux de démissionner de son poste dès à présent.
E.M.
Ingénieur
Grandir autrement
La pensée a besoin d’oxygène, et la guerre a remplacé cela par des tonnes de produits polluant notre ciel et notre terre. Une pollution d’un genre nouveau va prendre le relais : celle des gens qui parlent pour parler, accusent pour blesser et culpabilisent afin de réveiller la responsabilité de certains et diminuer leur crainte d’exprimer leur irresponsabilité en tant qu’humains et citoyens.
Nos infrastructures physiques et sociales ont été secouées par le séisme de cette guerre. Notre état mental, souvent relégué à une seconde priorité, devient désormais le seul vrai pilier de reconstruction durable. Pour rester, il faut d’abord le vouloir et faire surtout notre possible pour que le Liban reste celui de chacun. Se reconstruire dans la perspective d’un être humain meilleur afin de ne plus être uniquement dépendant de cette situation politico-économique et vivre réellement concerné par ce présent auquel nous participons, cela est une réelle urgence !
Il est encore temps de nous réveiller au fait que grandir est encore possible. L’acte de réfléchir peut nous permettre de réconcilier notre autocritique avec cette fougue typiquement libanaise de se passionner pour quelqu’un ou quelque chose croyant avoir toujours raison.
Et enfin, un cri :
Décidons-nous à engager dans un projet commun, celui de l’élaboration d’une charte qui définirait les points communs des Libanais sans mentionner leurs points de désaccord. Il s’agira surtout de privilégier et de préserver par ce projet les liens harmonieux qui nous unissent quelles que soient nos appartenances religieuses, politiques et sociales.
Discutons sans peur ni tabou, à travers tous les médias et en face-à-face, mettant en priorité non plus le pourquoi de nos tendances et objectifs, mais le comment faire pour concrétiser une coexistence renouvelée par un quotidien relationnel vécu.
Joe ACOURY
La pieuvre libanaise
Dans ses relations avec le monde extérieur, le Liban est comme une pieuvre aux tentacules multiples, par lesquels les diverses composantes du pays se rattachent à des puissances protectrices. Ces tentacules agissent en toute indépendance les uns des autres et il n’y a aucun cerveau central qui les contrôle. Ce système a une longue histoire. Il remonte à l’Empire ottoman, d’heureuse mémoire, et aux interventions des puissances occidentales pour la protection des minorités chrétiennes. La création du Grand Liban en 1920 a eu pour effet de faire de toutes les composantes socioreligieuses du pays des minorités qui ont besoin de « protection ». Toutes les communautés souffrent donc d’un complexe qui les pousse à s’affirmer par le truchement d’alliances avec des pays voisins ou lointains. Dès lors, il ne faut pas s’étonner si des pays étrangers interviennent en permanence dans nos affaires nationales.
Le remède, puisqu’il faut bien en trouver un, serait d’amputer les tentacules de notre pieuvre. Cela reviendrait à adopter la méthode radicale qui consiste à traiter une tumeur au cerveau par le recours à la décapitation. Les communautés ont droit à leurs tentacules respectifs et aux relations qu’elles ont avec le monde extérieur. Mais ces relations doivent être circonscrites dans les limites de leurs compétences constitutionnelles et sans porter aucun préjudice aux compétences de la république. Dans le domaine communautaire qui est celui de notre spécificité religieuse, il sera permis de subordonner le politique au religieux. Mais dans le domaine national, qui est celui de notre spécificité politique, la politique sera émancipée des exigences religieuses. Elle sera subordonnée, par contre, aux exigences spirituelles qui sont en train de devenir des exigences universelles dans le monde qui nous entoure. Une fois les communautés intégrées dans l’État au niveau qui leur est propre et dans les limites de leurs compétences constitutionnelles, il y aura un cerveau central capable de contrôler l’ardeur des tentacules communautaires.
Joseph CODSI
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