Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

IMPRESSION Qu’est-ce qu’on attend…

Allez ! après l’adrénaline, les vitamines. Allons-nous encore longtemps, gauche-droite, gauche-droite, compter ces balles qui volent – toujours plus bas – d’un camp à l’autre ? Non, la vie est trop courte pour être vécue en pointillé, et le temps est venu pour nous de faire ce que nous sommes les seuls à savoir faire : danser sur le volcan. Nous avons eu peur, nous avons eu mal. Maintenant que c’est dit, il nous faut retrouver notre pugnacité légendaire et faire redémarrer la machine. Non, tout le monde n’est pas parti, il y a bien vous et moi ? Il ne tient qu’à nous, contre vents et marées, contre les désastres qu’on nous promet et la lassitude qui nous accable, de faire à nouveau pleuvoir les paillettes. Au temps de la guerre de Cent Ans, les artistes peignaient des vanités. Sur ces toiles réalistes, grenades éclatées et blondes grappes côtoyaient des têtes de morts en toute familiarité. La mort ne se trouvait pas là comme une menace, mais bien au contraire comme une invitation à jouir de l’instant. « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? » chantait Ray Ventura en 1937, moins de vingt ans après la colossale boucherie de la Première Guerre mondiale. En ce trouble entre deux, il y avait donc des gens comme nous qui luttaient contre la nausée et le désespoir à coup de tsoin-tsoin. Maintenant, je peux vous comprendre, me disait Lola depuis peu. Lola n’avait jamais connu de guerre. Ça l’exaspérait, notre manie de brûler tous les feux. Ça l’intriguait, notre propension à tout importer, à ne pas prendre le temps de fabriquer des choses, à ne pas laisser au grain la chance de germer. Elle a bien vu que le temps nous était compté. Plus que jamais, nous qui savons remplir les places quand on touche à notre liberté, nous qui savons comme personne ouvrir les bras, donner du cœur et de la voix, et faire caracoler le panache, plus que jamais nous avons besoin de joie. Notre économie a besoin de joie, nos plages, nos montagnes, nos veuves, nos orphelins, nos écoliers, nos étudiants, nos enseignants, nos médecins, nos avocats, nos architectes, nos artisans, nos bougainvillées, nos jasmins, nos oliviers, nos vignes, nos villes, nos commerces, nos rues ont besoin de joie. Il nous faut un grand fou rire obscène et récréatif, une fête pour rien, un bal de fous pour célébrer la vie restante, la vie qui a bien voulu rester. Avant que nos têtes basses et nos gueules de carême ne finissent de la décourager. Alors, Lola, tu verras le bonheur que l’urgence allume, et l’euphorie qui rameutera les blasés de ce monde en mal de sensations. Sur les planches vermoulues de ce pays qui n’abdique pas, Venise de feu que rien ne consume, tu comprendras comme la frivolité nous est vitale. Et comme il nous est nécessaire, alors que nous manquons de l’essentiel, de ne pas être privés du superflu. Parce que la légèreté est notre fonds de commerce, The show must go on. Mais oui, qu’est-ce qu’on attend… Fifi ABOU DIB
Allez ! après l’adrénaline, les vitamines. Allons-nous encore longtemps, gauche-droite, gauche-droite, compter ces balles qui volent – toujours plus bas – d’un camp à l’autre ? Non, la vie est trop courte pour être vécue en pointillé, et le temps est venu pour nous de faire ce que nous sommes les seuls à savoir faire : danser sur le volcan. Nous avons eu peur, nous avons eu mal. Maintenant que c’est dit, il nous faut retrouver notre pugnacité légendaire et faire redémarrer la machine. Non, tout le monde n’est pas parti, il y a bien vous et moi ? Il ne tient qu’à nous, contre vents et marées, contre les désastres qu’on nous promet et la lassitude qui nous accable, de faire à nouveau pleuvoir les paillettes.
Au temps de la guerre de Cent Ans, les artistes peignaient des vanités. Sur ces toiles...