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Actualités - Opinion

Écrits de (grande) muette

L’armée sur la ligne frontalière sud, pour la première fois depuis près de quatre décennies : une journée qui s’écrira en lettres d’or dans l’histoire du Liban. La formule, comme on sait, est de Fouad Siniora. Et, comme tous les slogans politiques, elle peut paraître un tantinet grandiloquente, s’agissant après tout d’une institution militaire qu’on a longtemps détournée de sa vocation naturelle ; et qui n’est finalement sur place, là où elle doit être, que par l’effet d’un épouvantable cataclysme ayant entraîné à son tour un acte d’autorité quasiment planétaire. Elle revient de loin, en vérité, la Grande Muette, même si par définition elle ne peut pas le dire. Cette armée, en effet, on l’a longtemps dénigrée, diabolisée, pour cause de sectarisme. Par la plus grande des ironies, elle n’a enfin eu droit au qualificatif de nationale que quand elle a été infiltrée, noyautée, phagocytée et endoctrinée par le tuteur syrien. Et comble du paradoxe, elle n’aura jamais été autant dévalorisée que par ceux-là mêmes qui tirent gloire de sa reconstitution au sortir de la guerre de quinze ans. De l’armée, enfin réunifiée, on a voulu faire seulement un instrument de pouvoir, d’intimidation, de répression. De l’armée interdite de Liban-Sud, comme l’exigeait Damas, on a prétendu faire – c’était le monde à l’envers ! – un pâle auxiliaire de la résistance islamique : sa place est à l’arrière, ne craignait-on pas de nous assurer, car autrement, elle ne serait plus que le vil gardien de la sécurité d’Israël... Les temps ont changé bien sûr, et avec eux les discours officiels, mais à quel prix ! Cela étant, et si l’armée est bien partie pour écrire ou réécrire l’histoire tourmentée du Sud, ce n’est pas en termes de conquête militaire qu’elle entend le faire. Elle n’est pas déployée à la frontière pour essayer de récupérer un bout de Galilée, pour renverser Ehud Olmert ou pour libérer Jérusalem. Avec ses modestes moyens, son équipement désuet, avec ses blindés rouillés et brinquebalants, mais avec une assurance et un moral renouvelés, elle est là tout simplement pour accomplir, selon les mots du général Michel Sleimane, sa mission sacrée de défense, de sécurité et de développement : c’est-à-dire, plus simplement encore, pour protéger les citoyens peuplant cette région. Par sa seule présence au Liban-Sud en effet, l’armée est un facteur capital de stabilisation : surtout quand elle se trouve assistée d’une Finul survitaminée et prête – elle a explicité hier ses règles d’engagement – à user de la force au-delà des cas de légitime défense. Une armée à la frontière, cela signifie en effet un État en charge, conscient de ses devoirs mais aussi de ses responsabilités et obligations internationales, et même pour un voisin aussi porté sur la violence qu’Israël, il n’est pas toujours commode d’agresser un tel État. Cela, on l’avait bien constaté durant la vingtaine d’années qui ont suivi l’armistice de 1948. Implantée au Liban au lendemain de la défaite arabe de 1967, la guérilla palestinienne n’a pas manqué en son temps, c’est vrai, d’admirateurs, d’amis, de chauds partisans ; mais elle n’a jamais réussi à soustraire les habitants aux terribles excès des représailles israéliennes. Bien au contraire, c’est la guérilla qui attirait irrésistiblement la foudre, qui appelait les deux invasions de 1978 et 1982. Or, et comme si le miraculeux retrait unilatéral israélien de l’an 2000 n’avait jamais eu lieu, c’est le même et désastreux phénomène qui vient de se reproduire. Le Hezbollah s’est battu comme un lion certes, il a même stupéfait le monde par sa capacité de résistance à la machine militaire la plus puissante du Proche-Orient ; mais pas plus que les fedayin palestiniens, il n’a été en mesure de défendre effectivement, de protéger littéralement, dans leurs vies et leurs biens, les habitants du Sud. Ceux-ci le savent bien, qui, par-delà les fidélités partisanes, ont spontanément réservé le plus enthousiaste des accueils à la troupe : la troupe qui remporte ainsi une première et décisive bataille, celle des cœurs ; la troupe dont il est clair qu’elle n’est pas là pour tirer la queue du dragon, mais pour éloigner la foudre. Pour mettre un point final au sinistre rituel des massacres sous les bombes, des destructions, des exodes. Pour démentir les sombres prophéties de guerres à venir qui nous viennent, avec un bel et déconcertant ensemble, de Damas et de Tel-Aviv. Issa GORAIEB

L’armée sur la ligne frontalière sud, pour la première fois depuis près de quatre décennies : une journée qui s’écrira en lettres d’or dans l’histoire du Liban. La formule, comme on sait, est de Fouad Siniora. Et, comme tous les slogans politiques, elle peut paraître un tantinet grandiloquente, s’agissant après tout d’une institution militaire qu’on a longtemps détournée de sa vocation naturelle ; et qui n’est finalement sur place, là où elle doit être, que par l’effet d’un épouvantable cataclysme ayant entraîné à son tour un acte d’autorité quasiment planétaire.
Elle revient de loin, en vérité, la Grande Muette, même si par définition elle ne peut pas le dire. Cette armée, en effet, on l’a longtemps dénigrée, diabolisée, pour cause de sectarisme. Par la plus grande des ironies, elle...