C’est de très bon augure, encore qu’il ne faille pas vendre la peau de l’ours avant de le tuer. Pour la première fois depuis des dizaines d’années, l’armée libanaise a pu hisser l’emblème national tout le long de la ligne de séparation avec l’État hébreu. Ou presque. Car l’ennemi conserve des positions dans la zone de Ghajar, en attendant que les dispositions qu’il réclame soient prises. De même, le chef d’état-major israélien précise que l’aviation de guerre continuera à survoler le Liban tant que les deux soldats retenus en otages, selon ses termes, ne sont pas relâchés. Et tant que les armes continueront d’affluer pour le Hezbollah à partir de la Syrie, ajoute-t-il.
Cependant, le général Michel Sleimane a tenu à participer à la cérémonie de premier lever du drapeau libanais organisée à Labbouné. Expliquant que c’est là que, jeune lieutenant, il avait reçu sa première affectation d’officier. Il a harangué la troupe, l’exhortant à contrer les agressions et les transgressions israéliennes, avec les moyens du bord disponibles actuellement. En attendant que le gouvernement tienne ses promesses de renforcement de l’équipement et de l’armement. Il a souligné que les militaires ont déjà prouvé, sans conteste, leur capacité à éradiquer l’infiltration d’armes, la contrebande par terre ou par mer. Donnant de la sorte corps à la présence effective d’un État capable, souverain, indépendant.
En tout cas, le déploiement réussi au Sud vient réfuter la thèse de certains politiciens le rejetant au titre que l’armée servirait de garde-frontière à Israël. L’approbation populaire de ce mouvement est aussi certaine que la demande internationale à ce propos. Pour que l’État étende son autorité sur l’ensemble du territoire, il est évident en effet qu’aucune zone ne peut rester interdite d’accès à l’armée nationale. Il est nécessaire que les îlots d’insécurité soient tous abolis.
Cet objectif n’est pas encore atteint, on le sait. Mais l’armée agit dans ce sens. Elle a pu de la sorte établir son contrôle tout le long des frontières, que cela soit avec la Syrie ou avec Israël. Ce qui fait l’objet de l’appréciation des Libanais comme des Arabes ou des étrangers. Les émissaires de ces derniers jours ont tous mis l’accent sur le rôle de l’armée au niveau de la sécurité, de la stabilité et du calme, en dépit des conflits qui opposent les pôles politiques. Ils ont rendu hommage à son efficacité technique comme à sa solide unité et à la discipline dont elle fait montre. Elle a ainsi déployé sans encombre 16 000 hommes dans la région frontalière. En bénéficiant, certes, du concours de la Finul Plus, dont les effectifs doivent arriver à 15 000 Casques bleus.
Michèle Alliot Marie, lors de sa visite, rencontrant Élias Murr et le général Sleimane en vue de préciser en détail l’apport et l’aide militaire français, a demandé justement si les tiraillements politiques n’affectaient pas la cohésion de la troupe et sa discipline. Elle a même demandé s’il n’y avait pas des désertions. Le commandant en chef a répondu qu’il existe une position bien nationale qui reste le fondement sur lequel s’appuie l’armée. Une ligne qui inspire ses propres ordres du jour explicatifs adressés à la troupe, ainsi que les bulletins réguliers de la direction de l’orientation au sein de l’armée. Institution qui se trouve immunisée dans ses convictions contre les querelles politiques, surtout à caractère confessionnel. Les militaires sont tous convaincus d’appartenir à un corps qui lui-même appartient à toute la nation, à tout Libanais. Le général a ajouté que la ligne du nationalisme bien compris ne suffit pas à elle seule. Dans ce sens que l’armée veille à respecter la loi et les règles, en obéissant fidèlement aux instructions du pouvoir politique. Il a procédé à un rappel des étapes franchies depuis deux ans, à savoir, les affrontements de Denniyé, la neutralisation rapide des effets sécuritaires de l’assassinat du président Hariri, ou de l’instabilité qu’auraient pu causer les disputes politiques. Revenant également sur la relève, sans chocs, des forces syriennes en avril 2005. Le déroulement sans incidents des rassemblements du 8 et du 14 Mars, grâce à la présence de l’armée, enfin déploiement au Sud.
Philippe ABI-AKL
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Cependant, le général Michel Sleimane a tenu à participer à la cérémonie de premier lever du drapeau libanais organisée à...