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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE Benzodiazépines

Trente-neuvième semaine de 2006. La réputation de ce pays qui attendait, avant le kidnapping par le Hezbollah des deux bidasses israéliens, une saison touristique hallucinante et des promesses d’investissements économico-financiers, mais aussi culturels, sociaux, humains, extrêmement précieux, s’est doublement avariée, carrément sclérosée : on n’y vient plus, certes, et, bien plus grave à court, moyen et long terme, on en part. Létale, scandaleuse hémorragie, que même les muscles des boys de la Finul Plus et l’hyperactivité/ubiquité de Fouad Siniora ont à peine réussi à endiguer. Polyhémorragie, surtout : ça s’en va de partout, de toutes les classes sociales, de tous les âges, des deux sexes, toutes tendances politiques confondues, de toutes les communautés. À ce propos, il serait d’ailleurs absolument inconvénient, voire désobligeant, stupide même, de se cacher derrière un petit doigt : les chrétiens déguerpissent beaucoup plus vite et en bien plus grand nombre que les autres, et quiconque pense qu’un Liban sans chrétiens resterait le Liban se fout du monde et, surtout, de lui-même. Tout le monde s’en va donc, et personne ne sait quand, s’ils le faisaient, ils reviendront. C’est vrai que si le Hezbollah désarmait, si Lahoud émigrait, si un audit international était imposé sur le moindre dollar reçu et géré par le gouvernement, sur la plus petite des institutions (dont, naturellement, le Conseil du Sud...), si la justice s’émancipait et devenait terrifiante pour tous, si la loi et le droit prévalaient en despotes éclairés, si le terrorisme (notamment intellectuel) cessait d’être pratiqué à chaque fois que quelqu’un ouvre la bouche, si Israël et la Syrie étaient sommés de ne plus toucher, de près ou de loin, au Liban, si la loi (électorale) Boutros était instaurée à vie, si Taëf était appliqué puis amélioré, si les fantasmes des uns et des autres étaient oubliés, c’est vrai que cela pourrait contribuer à un retour plus rapide, au Liban, de l’étranger et du Libanais. Que cela pourrait contribuer à rééquilibrer un minimum cette réputation d’un pays finalement châtié pour excès d’orgueil : il n’est pas simple, il n’est pas évident, peut-être même qu’il n’est pas possible d’être, impunément, un pays-message, un pays-modèle. Cela aiderait, donc, mais cela resterait nettement insuffisant, tant que les Libanais ne s’entendent pas sur la nature et la culture du Liban, sur sa raison d’être, sa mission et sa définition, sur ce qu’il doit être, sur ce qu’il a à faire. Sinon, ce ne sera jamais que du raccommodage, de l’aspirine, de la rustine, celle qu’on met sur un pneu crevé au lieu de le changer. Rester qu’en attendant de trouver l’abracadabra, qu’on s’occupe, au moins, de ceux qui, par délicatesse, par amour, par pitié, par conviction, par nécessité ou par obligation, ont décidé de ne pas partir. Ceux-là, d’où qu’ils viennent, quels que soient leur éducation, leurs revenus, leurs sympathies politiques, leur âge, leurs ambitions, commencent, pas vraiment lentement et certainement sûrement, et dans leur très grande majorité (il restera toujours quelques irréductibles souriants à voir dans l’insurmontabilité et la variété des défis, d’édifiantes vertus érectiles) à entrer dans une espère de somnolence, d’abdication, une espèce de bulle, fanée, résignée, avachie, éthylée et éminemment xanaxée. Il suffit d’ouvrir n’importe quel œil, même myope, même défait par quelque glaucome, pour voir, partout, ce mélange hyperTNT, ce mélange insensé, pire que toutes les pilules abortives réunies, ce mélange inédit et dantesque d’indifférence et d’anxiété. Un peuple qui dort n’est pas un peuple mort, certes, mais un peuple qui n’y croit plus et qui a peur, un peuple à la recherche de n’importe quelle sensation ébrieuse, un peuple fatigué par son activité cérébrale, un peuple glouton d’amnésie, a déjà quelques orteils dans, au mieux, n’importe quel (porte-)avions(s). Peu importe de savoir (c’est tellement facile...) à qui profiterait donc ce génocide qui ne dira jamais son nom, ce libanicide dont beaucoup rêvent – surtout éveillés. Ce n’est décidément, définitivement plus de dialogue dont ce pays a, pour l’instant, besoin, mais de vie. Pour que la vie grouille, il faut des retours, des investisseurs, des étudiants, des unions, des naissances, des touristes, des concerts, des expositions, des Sommets, des happenings, des métissages, des chrétiens et des musulmans réconciliés entre eux et avec les autres, égaux devant le Liban, il faut une sud-africanisation de ce pays, il faut un avènement. Pour qu’il y ait un avènement, une prise de conscience, pour que cesse, ici, la consommation de tous les Xanax du monde, quel que soit l’anxiolytique, il faut un Mandela, un Kennedy, un Juan Carlos : quand il n’y a plus d’envie(s), l’homme-providence a de nouveau l’hypercote. Ziyad MAKHOUL

Trente-neuvième semaine de 2006.
La réputation de ce pays qui attendait, avant le kidnapping par le Hezbollah des deux bidasses israéliens, une saison touristique hallucinante et des promesses d’investissements économico-financiers, mais aussi culturels, sociaux, humains, extrêmement précieux, s’est doublement avariée, carrément sclérosée : on n’y vient plus, certes, et, bien plus grave à court, moyen et long terme, on en part. Létale, scandaleuse hémorragie, que même les muscles des boys de la Finul Plus et l’hyperactivité/ubiquité de Fouad Siniora ont à peine réussi à endiguer. Polyhémorragie, surtout : ça s’en va de partout, de toutes les classes sociales, de tous les âges, des deux sexes, toutes tendances politiques confondues, de toutes les communautés. À ce propos, il serait d’ailleurs...