Il y a guerre et guerre
Les propos de M. Geagea, comparant la résistance acharnée contre l’agression israélienne au Liban-Sud et notamment des localités martyrisées de Bint-Jbeil, Maroun el-Ras et Khiam aux batailles fratricides de la guerre civile libanaise, ont choqué et blessé les habitants du Sud et tout particulièrement les familles des martyrs et des victimes civiles de ces localités. Avec tout le respect que j’ai pour les victimes innocentes de la guerre civile, il ne faudrait pas se tromper d’ennemis et oublier les funestes alliances de cette époque.
Non, M. Geagea, les habitants de Bint-Jbeil, Maroun el-Ras et Khiam n’avaient rien à voir avec votre guerre de libération. Ils étaient déjà, à l’époque, victimes des agressions quotidiennes de l’armée israélienne et de ses alliés. Vous n’avez pas le droit de stigmatiser les chrétiens pour les montrer en alliés objectifs d’Israël, en comparant leur rôle dans une guerre civile, dont ils étaient les premières victimes, à la résistance héroïque contre un ennemi déclaré qui n’a cessé d’occuper notre terre et tuer nos familles.
Laissez, M. Geagea, les gens du Sud enterrer leurs enfants et panser leurs plaies. Dieu merci, ils n’ont besoin de personne pour défendre leur terre et j’espère qu’ils n’auront besoin de personne pour reconstruire leurs villages.
Dr Georges DIAB
Fier d’être libanais
Je suis surpris que l’on parle de victoire. Victoire au nom de plus de 1 000 morts, de plus de 4 000 blessés, d’un pays dont la région sud est détruite ! Ce ne sont pas 20 000 roquettes qui défendront le Liban. Nous aurons encore eu droit à une guerre qui ne nous concerne pas et qu’aucun Libanais n’aurait souhaité après 15 ans de guerre.
Le leader du Hezbollah s’était engagé à remettre les armes à l’armée libanaise. Il n’a pas tenu parole. Les risques d’une nouvelle guerre, à travers les propos agressifs du chef de cette milice, sont encore très grands.
Il faut que nous soyons solidaires du gouvernement de Fouad Siniora, qui a montré beaucoup de courage face à l’agression d’un État disposant d’un armement moderne. Il ne faut pas minimaliser les capacités de l’armée libanaise. Certes, elle est mal équipée pour défendre notre territoire. Il n’est pas nécessaire d’avoir une armée puissante pour vivre en paix.
Je suis fier d’être libanais et que mon pays soit gouverné par un Premier ministre comme Fouad Siniora. Il représente pour moi la droiture et la loyauté. Il est difficile d’avoir ces deux qualités dans le milieu politique.
Assad FAKHOURI
Paris
Richesse du patrimoine
« Il y a des jardins qui n’ont plus de pays
Et qui sont seuls avec l’eau
Des colombes les traversent bleues et sans nids. »
Ainsi s’exprimait Georges Shehadé, notre grand écrivain, qui avait émigré du Mont-Liban pour vivre en France en gardant l’odeur de pin de son pays natal dans ses œuvres. Et si l’on est fier de traduire les œuvres de poètes qui ont aimé le pays du Cèdre, à l’instar d’Astrid Gateau qui vient elle aussi de nous quitter, sa lutte contre sa maladie nous rappelle celle de Nadia Tuéni, cette femme qui participa dans les années soixante, avec Ounsi el-Hajj, Talal Haïdar et Youssef el-Khal, à la création d’un des cercles littéraires les plus actifs de son temps.
Nadia, en sentant un jour sa mort proche, écrivit dans Le Jour :
Elle : Tu crois que l’on ne meurt qu’une fois ?
La voix : Ce serait trop facile.
Nadia Tuéni réalisa ainsi qu’elle est morte plusieurs fois, avec les morts vécues avec sa fille tout d’abord, puis avec les victimes de la guerre libanaise.
Hommage donc à tous nos écrivains immortels, qui se sont exprimés en diverses langues, et à nos actuels jeunes poètes qui continuent le message de leurs ancêtres au service du patrimoine.
Antoine SABBAGHA
Se méfier de la foule
Je ne sais pourquoi, j’ai toujours eu la méfiance des foules, des slogans déclamés en chœur, la foule compact où seul le nombre compte, la foule qui réagit comme une seule personne, où l’individu n’est rien sans ceux qui l’entourent, juste une unité de l’ensemble, juste un écho de la pensée d’un leader charismatique qui sera suivi quoiqu’il dise, qui sera acclamé quoiqu’il fasse.
Faute de véritable démocratie, les rassemblements de ce genre se suivent au Liban : 14 février, 8 Mars, 14 Mars, 22 septembre, nos hommes politiques cherchent une légitimité dans la rue, une légitimité contre quelque chose, jamais pour construire, toujours pour s’affirmer face aux autres, ces adversaires qui partagent la même terre, le même destin, les mêmes guerres, mais qu’on ne tolère pas, qu’on accuse de traîtrise et de corruption.
Pas de dialogue, pas de débats, pas de projets, des manifestations encore et toujours, une logique de guerre. Il faut étaler sa force dans ces référendums « live », brandir ces drapeaux tantôt rouges, tantôt blancs, tantôt jaunes, tantôt oranges. Jamais des couleurs n’auront pris autant d’importance dans la vie politique d’un pays, jamais le marketing idéologique n’a pris ces proportions.
Marc KALOUSTIAN
La bombe et la petite fleur
Comment oses-tu frêle et insolente petite fleur
Survivre à tant de bruit et de fumée ?
Certes tu as tremblé, mais tu n’as pas eu peur
Et même tu as gardé tes couleurs et ta livrée
Et si la poussière des bombes te ternit,
Tu attendras la pluie qui te rajeunit.
Et si la mort te détruit, tu attendras la prochaine saison
Pour renaître avec plus d’éclat et combien tu avais raison :
On ne détruit pas la vie impunément
Elle est bien plus forte que l’homme
apparemment
Même sous ses aspects les plus frêles
Elle est toujours présente, imposant avec elle
L’idée que la vie est plus forte que la mort
Et que de la mort renaît la vie, c’est là notre sort :
Si le grain ne meurt !
Professeur Pierre RISCALLAH
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