Électriciens, informaticiens, artisans, médecins, policiers ou boulangers apprennent les rudiments de la littérature au Centre Onelio Jorge Cardoso de La Havane, dans une atmosphère de « liberté créative totale », dans les « limites » toutefois du contexte cubain.
« Ce fut une idée d’Eduardo Galeano de créer un centre pour former de jeunes talents aux techniques du conte et du roman », a expliqué à l’AFP Yvonne Galeano, cousine de l’écrivain uruguayen et coordinatrice du centre dirigé par le romancier cubain Eduardo Heras Leon. En huit ans, ce « vivier » d’écrivains, souvent récompensés par des prix nationaux et internationaux, a accueilli gratuitement près de 500 jeunes, venant de La Havane et des provinces, sélectionnés sur la base de leurs écrits.
« Les techniques (choix du temps, lieu de l’action, narrateur..) apprises ici, aucun autre centre ne les enseigne. La colonne vertébrale, ce sont les théories de Mario Vargas Llosa sur la langue espagnole », a précisé l’un des professeurs, l’écrivain Raul Aguiar. Vargas Llosa est considéré à Cuba comme un ennemi juré de Fidel Castro.
Le centre reçoit des auteurs prestigieux et parfois critiques de la politique cubaine, comme Galeano, l’Argentin Mempo Giardinelli ou le prix Nobel de littérature portugais José Saramago. Des écrivains cubains connus, comme Senel Paz ou Leonardo Padura, y tiennent aussi des séminaires.
Aux élèves, le centre « n’impose aucune limite, ni les thèmes choisis, ni l’esthétique (roman policier, science-fiction ou hyperréalisme), ils ont leur idéologie et on ne les oblige pas à changer, ce qui compte, c’est d’accroître l’intensité de leurs écrits », selon M. Aguiar. « La liberté créative est totale », affirme la plaquette de présentation du centre, même si, interrogé à ce sujet, Heras Leon admet qu’« il existe des limites à Cuba, mais comme dans tous les pays du monde ». Selon lui, « comme en Espagne ou en France, ce sont les éditeurs qui les fixent, et pourtant, jamais en France on ne dirait qu’il s’agit de censure ». Il en voit pour preuve de cette liberté l’octroi cette année du prix Maison des Amériques à Angel Santiesteban, formé au Centre Onelio Cardoso, pour un roman contant sa dure expérience de prisonnier de droit commun.
Pour Heras Leon, la situation s’est assouplie en 40 ans, « depuis l’interdiction de mentionner l’homosexualité dans les années 60, l’apparition du sujet dans les années 70 et le défoulement des années 80 avec des thèmes comme la participation des Cubains aux guerres de décolonisation africaines, les zones marginales de la jeunesse ou l’homosexualité ». Le Centre de formation littéraire ne produit pas que des écrivains, a souligné Yvonne. Après huit mois de cours, un bon nombre abandonnent ce rêve, mais tous réutilisent, selon elle, les enseignements reçus, comme conseillers de centres culturels, collaborateurs de maison d’édition ou jurés de prix littéraires. L’important, c’est qu’« ils sortent meilleurs lecteurs parce qu’ils lisent à partir des éléments créateurs du livre, et meilleurs êtres humains, plus tolérants et capables de critiques constructives », a ajouté Heras.
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