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Actualités - Opinion

Rapports de proximité

Tous les trois mois depuis l’ouverture d’une enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, c’est invariablement au même et frustrant exercice que doivent s’adonner les Libanais. Ils s’escriment en effet à débusquer, dans un texte aussi touffu que rigoureusement technique – un document forcément tenu à la discrétion qu’exigent les besoins de l’enquête – des débuts de preuves, des brins de certitudes : des pans de cette vérité anxieusement attendue mais qui est si dure à extraire, si lente à apparaître dans toute sa terrible splendeur. Du neuf, on peut en trouver cependant, bien qu’à petites doses, dans le rapport d’étape que vient de remettre à l’ONU le magistrat Serge Brammertz et qui sera examiné vendredi par le Conseil de sécurité. Il est désormais établi ainsi que l’explosion du 14 février 2005 à Aïn Mreïssé était le fait d’une phénoménale charge – près de deux tonnes de TNT, pas l’ombre d’une chance d’en réchapper malgré les plus formidables des blindages ! – actionnée au passage du convoi de Hariri. De l’individu posté à bord ou à côté du véhicule et qui a procédé à la mise à feu, n’ont naturellement été retrouvés, comme on sait, que quelques fragments, dont une dent : providentiel morceau d’ivoire présentant en effet une particularité biologique permettant de supposer – prodige de la science médico-légale – que cet homme n’était pas libanais. N’aurait-on donc là qu’un vulgaire attentat terroriste comme la nébuleuse d’el-Qaëda est capable d’en commettre, comme le suggérait la vidéocassette d’Abou Adass, comme voudraient le faire accroire les premiers suspects et leurs amis quand ils ne mettent pas en accusation l’ennemi israélien ? Tout en faisant état de pistes fraîches, le rapport Brammertz prend bien garde d’en éliminer d’autres, plus classiques disons, bien au contraire. Car il n’échappe pas aux limiers de l’ONU que par ces temps de délire idéologique et religieux, rien n’est plus facile pour les virtuoses de la manipulation que de recruter un volontaire pour le suicide, quelque aspirant au paradis des kamikazes : lequel ne saura jamais pour quelle cause en réalité – pour quoi, pour qui – il a assumé son criminel martyre. Les enquêteurs n’excluent pas d’ailleurs que plusieurs parties, obéissant à des motivations diverses, aient constitué une sorte de cartel (ennemis du Liban, unissez-vous !) pour se débarrasser d’une personnalité politique et financière d’une telle envergure locale, régionale et internationale que Rafic Hariri. Reste le fait cependant qu’il ne s’agit plus, et cela depuis longtemps, du seul Hariri. La principale innovation du rapport Brammertz en effet, c’est le lien (déjà évident aux yeux de l’opinion, mais que confirment désormais les progrès de l’enquête) qu’il établit formellement entre l’attentat de Aïn Mreïssé et tous ceux qui l’ont précédé ou suivi. Ce qui veut dire, sans évidemment le dire en toutes lettres, que toutes les victimes de ces actes, disparues ou miraculeusement vivantes, partageaient une même et profonde opposition à la poursuite de la tutelle syrienne sur le pays. En définitive, et même si Serge Brammertz crédite Damas d’un degré de coopération satisfaisant dans l’ensemble, il est clairement souligné dans son rapport que les entrevues, interrogatoires et autres investigations appelés à se poursuivre en Syrie seront déterminants pour l’aboutissement d’une enquête déjà parvenue à un stade fort avancé. C’est la toute première fois en effet, depuis qu’il a succédé au défricheur Detlev Mehlis, que le magistrat belge laisse entendre qu’il possède d’ores et déjà assez d’éléments pour constituer un dossier. Remarquable exploit, il aura surtout réussi, à force d’orthodoxie procédurale, à couper court aux tergiversations et autres manœuvres obstructionnistes syriennes observées naguère. Encore un mot, pour finir, sur cette coopération satisfaisante dans l’ensemble (c’est le classique pourrait faire mieux) dont se trouve crédité le régime baassiste. Car si les Syriens sont bien acculés à montrer patte blanche en Syrie même, c’est au Liban qu’ils ne coopèrent décidément pas, malgré la menace de sanctions agitée hier par Washington : c’est sur notre terrain qu’ils espèrent toujours, à l’évidence, faire capoter le cours de la vérité, éloigner le spectre d’un tribunal international, imposer à ce pays des priorités autrement plus pressantes que l’épilogue de l’affaire Hariri. Après les féroces campagnes officielles contre la majorité parlementaire – et populaire – libanaise, après les infiltrations de combattants et d’armements, après toute la mauvaise volonté déployée par rapport à la délimitation de la frontière et à l’instauration de relations diplomatiques, c’est l’exigence d’un gouvernement libanais d’union nationale qui, par procuration, est brandie aujourd’hui. Sans même parler d’unité, c’est d’un gouvernement tout court que la Syrie ne veut pas en réalité. Mais tout cela, hélas, n’est pas l’affaire du juge Brammertz. Issa GORAIEB
Tous les trois mois depuis l’ouverture d’une enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri, c’est invariablement au même et frustrant exercice que doivent s’adonner les Libanais. Ils s’escriment en effet à débusquer, dans un texte aussi touffu que rigoureusement technique – un document forcément tenu à la discrétion qu’exigent les besoins de l’enquête – des débuts de preuves, des brins de certitudes : des pans de cette vérité anxieusement attendue mais qui est si dure à extraire, si lente à apparaître dans toute sa terrible splendeur.
Du neuf, on peut en trouver cependant, bien qu’à petites doses, dans le rapport d’étape que vient de remettre à l’ONU le magistrat Serge Brammertz et qui sera examiné vendredi par le Conseil de sécurité. Il est désormais établi ainsi que...