Tout est faux dans la situation que nous vivons. Des éclairs de raison, vite noyés dans un océan d’irrationalité, d’incohérence, voilà finalement le genre de « paix » que nous vivons. Sachant que cette paix n’en est pas une, mais qu’il s’agit d’un cessez-le-feu qui exige un suivi rigoureux s’il doit déboucher sur quelque chose de permanent qui ressemble à la paix.
La politique est l’art du possible, dit-on. Elle est aussi l’art du bien commun. Et cet art exige de nous que cette situation de trêve précaire évolue, se consolide.
Les discours que nous avons entendus vendredi et dimanche derniers ne sont pas rassurants, d’abord parce qu’ils ne font pas de place à la paix. C’est la grande faiblesse du discours de sayyed Hassan Nasrallah, car un chef de guerre doit savoir qu’en encerclant l’ennemi, il faut lui laisser une voie libre qui serait celle de la retraite, qu’on ne peut proposer à l’ennemi rien d’autre que la guerre et l’extermination.
En l’occurrence, cette voie de retraite qui doit rester libre et ouverte, c’est celle d’une paix éventuelle. Même si, de la part d’Israël, cette offre ne suscite qu’indifférence, elle doit être faite, ne serait-ce que pour rendre justice à ses propres forces, auxquelles on ne peut offrir, sans danger, la perspective d’une guerre de mille ans.
La réponse au discours du Hezbollah qui appelle le plus de commentaires n’est pas celle de Walid Joumblatt, mais des Forces libanaises. C’est elle qui reflète les clivages les plus fondamentaux, car elle met face à face non pas seulement deux milices, non pas seulement deux résistances, mais deux pans fondamentaux de la population libanaise.
Mobilisateur, destiné à satisfaire la soif d’affirmation d’une certaine « rue chrétienne », le discours de Samir Geagea aurait gagné lui aussi à être moins abrupt, à offrir à l’adversaire une porte de sortie, une voie de paix.
Oui, si nous avons le sentiment que tout est faux dans la situation que nous vivons, c’est parce que tout est faux quand nous entretenons un climat de guerre, quand nous nous dirigeons vers la guerre. La guerre, c’est le triomphe de l’irrationnel, de l’instinct grégaire, de la soif de pouvoir, du désir d’anéantissement de l’autre. Or un discours rationnel, rassurant, est indispensable pour garder les Libanais au Liban. À ceux qui l’ovationnent, Hassan Nasrallah doit présenter un avenir, et le discours de Samir Geagea devrait calmement le lui rappeler.
Dans un documentaire filmé en 2003 au Liban-Sud qui passait sur Télé-Lumière, Staffan de Mistura disait l’autre soir des choses très sensées. « À quoi bon la Finul ? » lui demandait-on. « À empêcher les petits feux de devenir de grands feux », répondait-il gentiment. « Mais la Finul, ajoutait-il, n’est pas la solution. La paix est la solution. »
On ferait bien de s’en souvenir, alors que la Finul Plus s’installe. Nous ne pouvons pas vivre ni tabler sur l’avenir, si nous continuons à vivre sur des éclairs de raison. Ce jeune pays de soixante ans doit enfin répondre à la soif de dignité, de paix, de rationalité de sa majorité silencieuse. Une majorité qui n’en peut plus d’attendre que sa classe politique atteigne enfin, elle aussi, sa majorité.
Fady NOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Tout est faux dans la situation que nous vivons. Des éclairs de raison, vite noyés dans un océan d’irrationalité, d’incohérence, voilà finalement le genre de « paix » que nous vivons. Sachant que cette paix n’en est pas une, mais qu’il s’agit d’un cessez-le-feu qui exige un suivi rigoureux s’il doit déboucher sur quelque chose de permanent qui ressemble à la paix.
La politique est l’art du possible, dit-on. Elle est aussi l’art du bien commun. Et cet art exige de nous que cette situation de trêve précaire évolue, se consolide.
Les discours que nous avons entendus vendredi et dimanche derniers ne sont pas rassurants, d’abord parce qu’ils ne font pas de place à la paix. C’est la grande faiblesse du discours de sayyed Hassan Nasrallah, car un chef de guerre doit savoir qu’en encerclant l’ennemi,...