Le bras de fer entre le ministre de l’Intérieur par intérim, Ahmad Fatfat, et le directeur général de la Sûreté, le général Wafic Jezzini, traduit bien le conflit aigu qui oppose le camp du 14 Mars aux forces du 8 Mars. Et revêt, fort malheureusement, une connotation confessionnelle plaçant face à face les sunnites et les chiites. Élément d’autant plus inquiétant qu’il est à l’origine même de deux conceptions, diamétralement opposées, du projet politique pour le pays. De plus, les points de vue sur le sens concret qu’une entente devrait prendre, et par conséquent sur une nouvelle formule de dialogue à la libanaise, semblent inconciliables.
Le manque d’équilibre dans le montage d’une combinaison de pouvoir reste sans doute l’une des principales causes des tensions ambiantes. Certaines dérives verbales attisent le climat d’hostilité dû au déséquilibre. C’est pourquoi un politicien soutient qu’il faut tout d’abord un traitement de fond, pour ainsi dire théorique ou idéologique, avant de parler d’un gouvernement d’union nationale.
Cependant, la détente garde des défenseurs déterminés. Le président Berry multiplie les contacts préparatoires en vue d’une nouvelle formule de dialogue. Il laisse entendre, à travers ses proches, qu’une éventuelle démission des ministres chiites, loin de précipiter une solution, ne ferait qu’envenimer la crise, d’en rendre le règlement quasi impossible. Dans le même esprit, M. Berry précise que ses fonctions mêmes lui interdisent, à lui et à son bloc, de boycotter éventuellement une séance d’élection d’un nouveau chef de l’État. Comme le souhaiterait, toujours éventuellement, le 8 Mars. M. Berry souligne que la situation est grave et se promet de rencontrer sous peu le patriarche Sfeir, autre chantre de l’apaisement.
En effet, un ministre confirme, après une visite à Bkerké, que le patriarche Sfeir souligne la nécessité, l’urgence même, d’un arrangement sortant le pays de la situation tendue, pénible et préjudiciable, dans laquelle il se trouve. Il relève que le communiqué des évêques a été explicite au sujet des qualifications d’un nouveau président. Et il répète qu’il faut une présidentielle rapprochée. Certains croient savoir qu’il va bientôt proclamer une position avancée sur ce plan.
Toujours au sortir du siège patriarcal, des cadres du 14 Mars répètent qu’il faut une élection présidentielle accélérée, précédant la formation d’un cabinet d’union nationale, une nouvelle loi électorale qui soit juste et des législatives anticipées. Au passage, ces cadres relèvent que les aounistes, qui avaient réclamé la mise au ban de la loi 2000, en deviennent aujourd’hui des adeptes.
Les forces du 8 Mars s’opposent pour leur part à la feuille de route défendue par le camp du 14 Mars, c’est-à-dire la priorité à la présidentielle. En continuant de soutenir qu’il faut d’abord un cabinet d’union nationale et des élections, afin que ce soit la nouvelle Chambre qui élise le président.
Reste, en filigrane, la controverse sur le quorum. Nombre de juristes soutiennent que le texte constitutionnel n’exige pas expressément un quorum des deux tiers pour élire le président de la République. Mais en 1982, le président de la Chambre, alors Kamel el-Assaad, et le bureau de l’Assemblée avaient publié un communiqué affirmant qu’il fallait bien la présence des deux tiers des députés pour élire le chef de l’État.
Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le bras de fer entre le ministre de l’Intérieur par intérim, Ahmad Fatfat, et le directeur général de la Sûreté, le général Wafic Jezzini, traduit bien le conflit aigu qui oppose le camp du 14 Mars aux forces du 8 Mars. Et revêt, fort malheureusement, une connotation confessionnelle plaçant face à face les sunnites et les chiites. Élément d’autant plus inquiétant qu’il est à l’origine même de deux conceptions, diamétralement opposées, du projet politique pour le pays. De plus, les points de vue sur le sens concret qu’une entente devrait prendre, et par conséquent sur une nouvelle formule de dialogue à la libanaise, semblent inconciliables.
Le manque d’équilibre dans le montage d’une combinaison de pouvoir reste sans doute l’une des principales causes des tensions ambiantes. Certaines dérives...